‹ Elizabeth Seton et les commencements de l'église catholique aux États-Unis (volume 2)Chapitre 23 sur 94 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

du catholicisme qui se trouve renversé, depuis que le olergé de l'église épiscopalieune m'a donué des preuves décisives, des preuves certaines, qui ne me permettent plus de douter que cette Église ne soit la vraie. Je vous avoue que je ne vois |>lus qu'un rhang(;ment de religion me soit nécessaire.

« J'ai bien à cœur que vous sachiez quelle anxiété profonde me fait éprouver le sentiment de ma situation. Comme mère et seule tutrice de cinq enfants, j'ai réfléchi sérieusement devant Dieu ; je puis dire que j'y réfléchis sans cesse. L'unique et suprême désir de mon âme est d'arriver à la vérité. Sans parler des erreurs d'une nature pécheresse , sujette au mal , je sais que j'ai ajouté bien des offenses au compte que j'ai à rendre à Dieu. En vérité , si je n'avais craint de détourner sa miséricorde d'une âme dont le plus grand désir est de le servir, et dont le plus grand regret est de l'avoir offensé, je crois que je me serais laissée aller à penser, tant la lutte a été violente en cette âme, que j'avais justement mérité d'être abandonnée de lui. Mais je me sens si pénétrée de ce regret de mes offenses, que toute autre peine est joie à côté. Dans les épreuves sévères et multipliées qu'il a plu à Dieu de m'envoyer, je n'ai jamais redouté qu'une seule chose, le malheur de perdre sa grâce. Avec la même sincérité qui me porte à vous ouvrir mon cœur , je dois vous dire que maintenant je me sens affermie dans mes premiers sentiments touchant ma religion .

« M. Filicchi, qui m'a accompagnée en Amérique, m'a demandé de vous faire cet aveu, et je lui ai promis d'ajourner toute démarche jusqu'à ce que vous

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ayez bien voulu m'accorder une réponse. Je vous supplie de considérer dans quel douloureux état je suis, n'appartenant plus à aucune communion. Vraiment c'est plus que je n'en puis supporter; et ce sera de votre part le plus grand acte de charité que de me faire connaître votre pensée, sitôt que vous le permettront vos loisirs. »

La lettre que nous venons de lire était écrite depuis plusieurs jours et n'avait pas encore été envoyée. Henry Hobart redoutait le moment où Elizabelh entrerait en communication avec l'évêque de Baltimore. Il redoublait de soins et d'assiduité auprès d'elle, lui conseillant non plus d'appliquer son esprit à la recherche de la vérité, mais travaillant à l'éloigner de toute recherche. Ses efforts atteignirent leur but. Il gagna sur elle qu'elle cesserait de se tourmenter par la fatigue des controverses. Dès lors, à quoi bon s'adresser à M. CarroU? Elizabeth cependant ne détruisit pas ces pages où son âme s'était épanchée dans une sincérité si complète. Elle les abandonna à Antonio Filicchi , le laissant libre d'en faire tel usage qu'il voudrait. Il n'est pas besoin de dire ce qu'en fit Antonio, sitôt qu'il les eut. Il les envoya à l'évêque de Baltimore. En même temps il lui écrivait : « J'attends avec anxiété vos bons conseils sur une affaire si importante, et je ne doute pas que vous n'y apportiez votre attention la plus sérieuse. Je ne doute pas non plus que ne fassiez une réponse directe et irréfutable aux différentes assertions que vous trouverez dans les écrits que les ministres protestants ont opposés aux écrits

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que mon frère Filippo avait donnés à madame Selon. Je pense qu'il est à propos que je vous envoie les uns et les autres dans l'original , avec prière de vouloir bien me les renvoyer lorsque vous les aurez examinés ^ D'après le conseil du révérend M. O'Bricn^, j'ai mis sous les yeux de madame Seton l'ouvrage intitulé Conversion et Réforme de l' Angleterre, composé et imprimé à Dublin; elle le lira certainement avec l'attention qu'il mérite; son seul désir, l'unique objet de ses efforts, est de connaître le droit chemin pour le suivre ensuite, elle, avec ses enfants, sans être arrêtée par aucune considération humaine. »

Antonio, d'autre part, faisait appel à la conscience d'Elizabeth ; il la priait de ne rien précipiter, de consulter M. Carroll, et de ne pas perdre de vue les engagements qu'elle-même avait pris. Nous avons sa lettre, elle est datée du 26 juillet :

« Ma céleste sœur ,

« Je suis et je serai, toujours et partout, réellement prêt à rendre justice de cœur et d'âme devant qui que ce soit, fût-ce devant saint Pierre lui-même, dont décidément on a réussi à vous faire nier la primauté; je suis et serai toujours prêt à rendre justice à la sincérité qui conduit votre cœur dans le parti que vous désirez prendre au sujet de votre religion. Mais en

1 Le plus important des écrits envoyés par Filippo Filicchi à Elizabelh SetOD se trouve aux notes à la fia de ce volume. Voir note 7.

2 M. William O'Brien, prêtre irlandais, pasteur de la petite congrégation catholique de New-York.

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même temps, ce qui demeurera toujours un fait clair à mes yeux, c'est que votre esprit est influencé outre mesure par la terreur sans bornes que vous inspirent les amis que vous avez dans votre ancienne communion.

« Touchée uniquement du désir de connaître la vérité, vous é^ez disposée à écrire, vous avez en efïet écrit, à l'évêque Carroll , comme à celui qui était le plus capable d'éclairer votre esprit. Vous aviez compris qu'il était convenable de lui envoyer l'original du manuscrit qui avait opéré le changement de vos dispositions. Mais voici que vos anciens amis sont survenus — ils n'en sont assurément pas pour cela vos meilleurs amis, — ne voulant pas que votre esprit fut désormais exposé aux rayons d'une lumière plus pure. Ils vous ont dit qu'il ne leur convenait pas d'entrer en aucune discussion. Immédiatement ils ont gagné sur vous que vous abandonniez à leurs obsessions votre âme et votre volonté.

« Vous le savez, vos nouveaux amis , maintenant mis à l'écart, avaient suivi un système tout à fait opposé, ainsi qu'il convient à ceux qui marchent dans les voies de la vérité. Us ne vous ont, en aucune sorte, ni pressée ni retenue. Dans le cas où ils n'eussent pas agi ainsi, on aurait pu facilement les excuser, s'il était vrai , comme vos prétendus amis l'insinuent, que notre Église défend l'examen et commande une foi aveugle. Mais que vos amis qui réclatuent à grands cris l'examen, qui ne reconnaissent aucune autorité au-dessus de la raison individuelle donnée à chaque être humain, que ceux-ci puissent vous persuader que c'est pour

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VOUS un devoir sacré de décliner tout examen, voilà assurément ce qui surpasse toute compréhension.

« Elle a, dit cet ami qui prévaut aujourd'hui, elle a pris S07Î parti. Elle est tranquille sur ce qui lui donnait des doutes auparavant; cela suffît pour le repos de sa conscience.

« Je pourrais peut-être souhaiter que cela pût suffire aussi pour le salut de votre âme, ma chère sœur ; ce qui est certain , c'est que cela ne devrait pas suffire à la conscience de vos conseillers.

« Je prends part du fond de mon cœur aux angoisses de votre situation. Votre esprit torturé, votre cœur déchiré, avaient été également soulagés à Livourne, mais en une façon toute différente. Est-ce que votre propre expérience ne vous fait pas apercevoir qu'elle est fausse probablement cette sécurité où vos anciens prétendus amis voudraient vous retenir à toute force? C'est pour moi personnellement une vraie affliction de réveiller ainsi vos anxiétés; mais avec les principes qui me sont sacrés , et avec une si profonde affection, comment pourrais -je vous épargner, ma digne sœur?

« Je vous donne ici par écrit ma promesse solennelle de demeurer, à tout événement, votre sincère ami jusqu'à mon dernier soupir; prêt à faire toute chose en mon pouvoir pour assurer votre bien-être en cette vie, notre misérable et mortelle vie. Mais comme votre vie corporelle, si chère qu'elle me soit, doit, selon mes principes chrétiens aussi bien que selon les vôtres , être sacrifiée au salut de votre âme spirituelle, vous me pardonnerez , j'en ai la con-

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fiance , mon amie bien-aimée , si à chaque occasion qui viendra s'offrir, n'oubliant jamais le sujet en question, je ne manque jamais de livrer combat à vos sentiments les plus intimes ; conservant cet espoir qu'il plaira au Dieu miséricordieux et tout- puissant de vous envoyer, au moins au dernier moment de votre séjour en cette vallée de larmes, son Saint-Esprit, et qu'il lui plaira de nous réunir tous dans son royaume céleste. Pour me faire agir autrement, il faudrait que vous m'interdissiez , de la manière la plus positive , de vous voir et de vous parler désormais. »

Antonio Filicchi avait à bon droit compté sur l'intérêt que l'évêque de Baltimore prendrait à l'état d'une âme sincère et tourmentée comme était l'âme d'Elizabeth. Il avait demandé des conseils pour elle et pour lui. L'évêque les donna, à Antonio d'abord, dans une réponse qui lui parvint le 22 août; puis à Elizabeth, presque en même temps, dans une première lettre qu'il lui écrivit de son propre mouvement, n'attendant pas qu'elle la lui eût demandée. Ce vrai pasteur des âmes sut trouver pour la persuader et la consoler, des accents touchants. L'impression qu'elle en reçut se laisse aisément entrevoir dans quelques mots d'elle à Antonio :

« Vraiment, Antonio, je ne puis penser à mon âme sans penser à vous; et comme assurément la plus grande partie de mes jours et de mes nuits se passe dans l'inquiétude et le trouble pour cette pauvre âme , je puis dire que vous êtes constamment associé à mes pensées et à mes prières. Cette après-midi, comme je commençais les litanies de Jésus, ces mots priez pour

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nous m'ont donné la pensée de ne pas prier pour moi seule, mais pour moi et pour vous. Et après que j'ai eu récité mes litanies avec beaucoup de ferveur, je me suis dit que je devrais bien écrire à mon cher frère. « Pendant tout le temps que je venais de passer en prière, j'avais tenu la réponse de l'évèque^ appuyée contre mon cœur, suppliant Dieu , prosternée devant lui, qu'il daignât m'éclairer, afin que je pusse voir la vérité. Tons les jours je lis les promesses faites à saint Pierre, et le sixième chapitre de l'Evangile de saint Jean; et après, je demande à Dieu s'il est possible que je l'offense en croyant à des paroles si formelles^. Je lis mon cher saint François de Sales , et je me demande s'il est possible que j'ose me permettre de penser autrement que lui , et de chercher, pour arriver au ciel , un autre chemin que celui qu'il a pris. J'ai lu votre

' On se souvient qu'à cette époque il n'y avait pas dans les États-Unis d'autre évèque que M. CarroU.

2 C'est dans le sixième chapitre de l'Évangile de saint Jean que sont renfermées les promesses de la divine Eucharistie que Notre - Seigneur établit la veille de sa passion et de sa mort. Plus tard , quand les évangélistes rapportent comment ces promesses de Notre- Seigneur furent réalisées, ils citent les paroles sacramentelles que lÉglise catholique met dans la bouche de ses prêtres au moment le plus solennel du sacrifice de la messe : paroles toutes puissantes , dont Luther disait -. Ces mots-là m'étranglent.

Le même Luther, défenseur de la présence réelle, écrivant à ses frères de Francfort, et opposant aux dissidents ce sixième chapitre de l'Évangile de saint Jean , s'écriait : « Qu'ils nous montrent donc une « version où soit écrit : Ceci est le signe de mon corps. S'ils ne peuvent « la montrer, qu'ils se taisent. L'Écriture ! l'Écriture! exclament-ils « sans cesse ; mais la voilà l'Écriture ! elle crie assez haut et assez clai- « rement ces paroles qui aboient contre eux : Ceci est mon corps\ Il « n'y a pas un enfant de sept ans qui ne comprenne ce texte, et qui « lui donne une autre interprétation. »

Réforme d' Angleterre , et j'y ai trouvé des arguments si concluants, qu'ils n'admettent pas de réplique. Dieu ne m'abandonnera pas, Antonio. Je sais qu'il me réunira à son troupeau. Et, bien que ma foi soit encore hésitante, je suis certaine qu'il ne trompera pas mon espérance, car elle est appuyée sur sa propre parole. N'a-t-il pas dit o^il ne dédaignerait jamais le cœur humble et contrit, le cœur qui serait prêt à regarder \^'s, pertes de ce monde comme un gain, pourvu qu'il fût assez heureux que de lui plaire?

ELIZABETH A .UIABILIA FILICCHI.

6 septembre 1804.

(c Je ressens maintenant une telle lassitude de la vie, que jamais je n'ai été soumise à une si dure épreuve. Mes délicieux petits enfants, autour de la table où ils étudient , ou près de mon foyer le soir, me font oublier un peu cet indigne abattement. Ce qui le cause, je le crois, c'est la continuelle application de mon esprit à tous ces livres qu'on m'apporte pour mon instruction, et surtout aux prophéties de Newton. Ce n'est pas que votre pauvre amie se trouble aisément des prédictions sur lesquelles ce livre s'appuie; mais c'est qu'ayant cru toute ma vie que ceux dont l'intention avait été bonne pourraient être sauvés, je suis pénétrée, jusqu'au fond de l'âme, de voir que les protestants en jugent tout différemment; d'accord sur ce point avec vos principes, que j'avais toujours trouvés si sévères et si durs. Ce livre, qu'ils estiment si fort,

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envoie dans l'abîme sans fond tous les sectateurs du Pape. 11 résulte , d'après les calculs que l'auteur a fait de leur nombre , à partir du temps des apôtres, que la plus grande partie des êtres qui ont vécu doit être plongée dans ce lieu il'horreur. Oh ! mon Dieu, entre l'adorateur des images, entre Yhomme de péché, et les chères âmes que j'ai connues à Livourne, il y a une telle différence, que mon esprit est bien rassuré à leur égard. Je sais si bien qui vous adorez , mon Amabilia ! Néanmoins il m'est resté dans le cœur une impression si pénible, si triste, que j'en suis tout assombrie et toute troublée. Je récite les psaumes de la pénitence, sinon dans l'esprit du prophète royal, du moins avec ses larmes. Celles que je répands se mêlent réellement à ma nourriture ; la nuit , elles baignent la couche de votre pauvre amie. En même temps je me sens remplie d'une telle confiance en Dieu, qu'il me semble qu'il n'a jamais été si véritablement mon Père et mon tout, se montrant tel pour moi, à tous les instants de ma vie. Anna me caresse doucement pendant que nous disons notre prière du soir, pour obtenir de moi que je dise le Je vous salue, Marie; et les autres enfants s'écrient tous ensemble : « Oh ! apprenez-le-nous, apprenez-le-nous, chère maman! » — Jusqu'à la petite Rebecca, qui essaie de le balbutier, elle qui peut à peine parler. Et moi, je demande à mon Sauveur : Pourquoi ne le dirions-nous donc pas? S'il est quelqu'un au ciel , assurément ce doit être sa mère. Les anges, qu'on nous représente si souvent comme s'intéressant si fort à nous sur la terre , sont-ils plus compatissants, plus puissants qu'elle ne l'est?

0 Marie, notre mère! oh! non, il n'en est pas ainsi. C'est pourquoi , avec la tendresse et la confiance d'une de ses enfants, je la supplie d'avoir pitié de nous, et de nous conduire à la vraie foi si nous n'y sommes pas. Je la supplie d'obtenir la paix pour ma pauvre âme , afin que je sois une bonne mère pour mes pauvres chéris enfants, car je sais bien que si Dieu m'abandonnait à moi-même après toutes mes offenses, il seraii justifié dans ses jugements. Depuis que j'ai lu ces livres, ma tête est toute bouleversée en pensant au petit nombre de ceux qui seront élus; aussi, je baise l'image de Marie que vous m'avez donnée, et je la supplie d'être une mère pour moi. yy

ELIZABETH A ANTONIO FILICCHl

8 septembre 1804.

« Jour de la Nativité de la sainte Vierge : j'ai fait mon possible pour le sanctifier; j'ai prié Dieu qu'il voulût bien lire en mon âme , et voir avec quelle joie je baiserais les pieds de celle qui a été sa mère , et lui prodiguerais les témoignages de mon respect, si seulement je pouvais le faire avec cette liberté d'esprit qu'inspire la connaissance de la divine volonté. M. Hobart est venu ici hier pour la première fois depuis votre départ. Il était si complètement hors de patience, qu'il ne me servit de rien de lui montrer la réponse de révê(|ue. Il m'a dit : Cette Église est corrompue. Nous, nous sommes revenus à la doctrine primitive, et que voulez-vous faire de plus, si ce n'est d'agir «sui-

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vantce qui vous semblera le uiieux, d'après votre propre jugement»?

« Sa visite a été courte , et également pénible de part et d'autre. Que Dieu me conduise, car je le vois bien, c'est en vain que je compterais sur nul autre que sur lui. »

LA MÊME AU MÊME

17 septembre 1804.

« Depuis que je vous ai écrit, je n'ai vu personne, si ce n'est M"^ Scott , de Philadelphie, dont la tendresse ne s'est pas refroidie ; M""^ Sadler, qui ne saurait comprendre ma situation, et enfin le capitaine Blagg, venu pour me demander si j'avais quelques commissions pour Livourne ou pour Paris. M. Hobart et tous les autres Misters^ m'(mt abandonnée à mes réflexions, ou plutôt à ce que « je juge rai le mieux, d'après mon propre jugement». Moi, je suppose, ou, pour mieux aire, j'espère qu'ils m'ont abandonnée à Dieu. Voilà ce que j'avais à vous dire en fait de nouvelles extérieures ; à quoi j'ajouterai seulement que je suis on ne peut mieux de santé , bien qu'accablée de fatigue à cause de mes pauvres petits enfants , qui sont tous à la fois malades d'une toux affreuse. Quant à ce qui regarde l'intérieur, je vous parlerai comme si je parlais à Dieu. A chaque moment je lui dis : « Quand donc mes ténèbres se changeront-

1 Messieurs.

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elles en lumière? Car réellement le malin esprit a établi sa demeure si près de mon âme , que rien de hon n'y peut plus entrer, sans que les suggestions du mal n'y aient leur part. J'ai lu ceci dans la vie de saint Augustin : « Lorsque l'esprit du mal se montre le plus actif, et que les obstacles semblent se multiplier pour contrarier notre désir de servir Dieu, nous avons sujet d'en conclure que le triomphe que nous remporterons sera plus glorieux. » — L'espérance de ce glorieux triomphe est tout mon soutien; mais, en vérité, mon esprit est parfois si rudement éprouvé, qu'il semble près de m'abandonner.

« Ce matin, je me suis jetée le visage contre terre en présence de Dieu, et je lui ai dit que je me soumettais à lui comme à mon juge plein de justice et de rigueur, si la dureté de mon cœur, si ma répugnance à m'instruire, ou quelque autre désordre de mon âme se mettaient entre moi et la vérité. Je lui ai demandé de me punir s'il n'était pas vrai que ce serait tout mon bonheur que de jeter mes innombrables chagrins dans le sein de sa mère , la bienheureuse Marie , et d'implorer l'intervention de tous ses anges et de tous ses saints, et de le prier pour les âmes qui me sont chères, encore plus que pour moi-même , si je savais seulement que cela put lui plaire. Ah ! cette certitude, ah! si je la possédais, comme ce serait tout mon bonheur que de mourir pour en afErmer la vérité! Je me rappelai tant de pieux exercices qui m'avaient consolée et charmée à Livourne. Toutes les pensées qui me les faisaient trouver, en ce temps-là, si doux et si raisonnables, revenaient à mon esprit; mais aussitôt mille

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doutes, mille objections s'élevaient comme autant de nuages sur ma pauvre âme, où tout redevenait conflit et obscurité. Bientôt il ne m'est plus resté que la force de crier : « Miséricorde, mon Dieu, pour une pécheresse! Pitié pour eUe, source de lumière, source de vie, source de vérité! Éclairez mes yeux. Seigneur, afin que je ne m'endorme pas dans la mort et dans l'erreur à laquelle je m'efforce d'échapper de toutes les puissances de mon âme,

« Je me mis à lire la vie de sainte Marie Madeleine, et, après l'avoir terminée, je me dis : Allons, mon âme, laissons ces agitations qui me jettent de çà et de là , et résolvons-nous paisiblement à aller à cette Église qui a du moins ceci pour elle, qu'elle possède en plus grand nombre les hommes sages et vertueux. Puis je me mis à réfléchir sur les premiers actes que j'aurais à faire. Le premier de tous ne serait-il pas de déclarer que je crois tout ce qui est enseigné dans le concile de Trente ? Mais si je disais que je 'e crois, Celui qui sonde les cœurs ne verrait-il pas que je mens, que je ne suis pas sincère? Puis-je dire qu'il suffît de recevoir le pain, et que la coupe qu'il nous a été dit de prendre aussi , n'est pas également nécessaire*? Puis-je dire que je regarde comme agréables à Dieu les prières et les litanies qu'on adresse à la sainte Vierge et aux saints, bien qu'il n'en soit pas question dans les Écritures, etc. etc.?... En m'interrogeant sur tout cela, je vis, et vous aussi, Antonio, — mais je crains bien que votre patience ne soit poussée à bout! — vous aussi, vous verrez que la

< Voir la note 8 à la fin de ce volume.

tradition de l'Église ne pèse pas encore du vrai poids de son autorité sur mon esprit. Ne vous fâchez pas ; mais plaignez-moi. Souvenez - vous de cet amas d'erreurs mêlées confusément avec la vérité , qui a si longtemps oppressé mon âme. Priez pour moi, plutôt que de me blâmer. »

ELIZABETH À AAIABILIA FILICCHI

25 septembre 1804.

« Votre Antonio* n'aurait pas été content de moi aujourd'hui , s'il m'avait vue dans Saint-Paul , l'église protestante épiscopalienne. Mais le désir d'avoir la paix, joint à un certain sentiment de conserver les convenances, etc., l'a emporté. Toutefois j'ai été prendre place dans un banc de côté, d où je me trouvais tournée dans la direction de l'église catholique qui est justement en face, dans la rue?" plus proche. Je me suis surprise vingt fois m'entretenant avec le saint Sacrement, là tout à côté, au lieu d'avoir les yeux fixés sur l'autel nu et dépouillé devant lequel' je me trouvais , ou de prêter mon attention à la récitation des prières. Et puis des larmes sans fin, des soupirs profonds, silencieux..., comme le jour où j'entrai pour la première fois dans votre église bénie de rAnnunziata à Florence; tout en moi, larmes, pensées, soupirs, venant se perdre dans un seul et unique désir, celui de connaître la voie la plus agréable à mon Dieu, quelle qu'elle puisse être.

w J'entendis M. Hobart qui disait : « Comment pou-

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voir s'imaginer qu'il y ait autant de Dieux que de milliers d'autels , et autant que de dizaines de milliers d'hosties consacrées dans tout l'univers?» — Je ne puis m'empêcher de sourire encore du sérieux qu'il avait en disant ces paroles ; car tout ce que je comprends à ce sujet se réduit à cette seule pensée : C'est Dieu qui a fait cela; le même Dieu, qui a nourri tant de personnes avec les petits pains d'orge et les petits poissons ; les multipliant, et toujours les multipliant , dans les mains de ceux qui les distribuaient. Ma pensée ne s'arrête pas un seul instant sur moi ; je regarde droit à mon Dieu, et je vois qu'il n'est pas difficile de croire à ceci ou à cela , du moment que c'est lui qui le fait.

ce Ily a bien des années , je lisais cette pensée dans je ne sais plus quel vieux livre : « Lorsque vous dites qu'une chose est un mystère, et que vous ne la comprenez pas, vous ne dites rien contre le mystère luimême ; vous reconnaissez seulement les bornes de votre science et de votre entendement, qui ne saurait comprendre un millier d'autres choses dont vous tenez la certitude pour absolument incontestable. »

« 11 est une autre pensée qui me vient souvent à l'esprit : si , comme on veut me le dire , elle n'était pas vraie, cette religion qui a donné au monde les célestes consolations attachées à la foi en la présence réelle d'un Dieu s'offrant lui-même dans le sacrement de l'autel , pour être la nourriture des pauvres voyageurs errants au milieu de ce désert terrestre; de la même manière que la manne fut jadis offerte aux Hébreux pour leur servir de soutien à travers le désert

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de leur Chanaan; si elle n'était pas vraie, cette religion, si elle était une œuvre ou une invention humaine , Dieu ne nous aimerait donc pas , nous les enfants de sa rédemption , nous les rachetés du sang précieux de son cher Fils, autant qu'il a aimé ses enfants de l'ancienne loi? Il voudrait donc que nos églises restassent désertes avec leurs murailles nues , avec nos autels qui ne possèdent plus ni l'arche sainte sur laquelle sa présence divine reposait , ni aucun des anciens et précieux gages de son amour pour nous? On me dit que je dois honorer Dieu en esprit et en vérité; mais mon pauvre esprit s'assoupit sans cesse , ou s'en va de çà de là comme un voyageur égaré, faute de pouvoir se prendre à quelque objet qui fixe son attention. Pour dire la vérité, très-chère Amabilia, je trouve que je sens en moi une plus véritable union de cœur et d'àme avec Dieu, devant une image du crucifix que j'ai trouvée il y a quelques années dans le portefeuille de mon

père, que je n'en sens dans le

« Mais ce que j'allais dire est une folie; car la vérité ne dépend ni des gens qui sont autour de nous, ni du lieu 011 nous nous trouvons. Je puis dire seulement que je soupire et languis du désir d'adorer notre Dieu dans la vérité ; et que même , si je ne vous avais jamais rencontrés, vous autres catholiques, et que cependant j'eusse lu les livres que M. Hobart m'a apportés, ils m'auraient à eux seuls jetée dans un abîme de doutes et d incerlitude. Oh! mes doutes pourtant, ils me servent tant à calmer mon esprit devant Dieu, par la certitude qu'ils me donnent de toute la pitié qu'il doit avoir de moi; lui qui sait que l'unique préoc-

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