‹ Elizabeth Seton et les commencements de l'église catholique aux États-Unis (volume 2)Chapitre 24 sur 94 · CHAPITRE VIII I9f · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII I9f

cupation , le constant désir de mon cœur est de lui plaire; de lui plaire à lui seul, et d'être étroitement unie à lui dans cette vie et dans l'éternité; lui qui sait qu'aux heures de la nuit la plus profonde , — c'est bien vrai, Amabilia, ce que je vous dis là! — je suis souvent demeurée les yeux ouverts, regardant à travers mes larmes, accablée sous le poids de ma détresse; m'attendant à voir le doigt de Dieu écrire sur la muraille pour me soulager, plutôt que de croire qu'il voulût jamais abandonner ou délaisser une créature si malheureuse ! »

ELIZABKTH A ANTONIO FILICCHI

27 septembre 1804.

« Ma pauvre âme est de plus en plus incertaine et troublée. Ce n'est pas qu'elle manque de prier et de s'entretenir avec son Dieu; — mes prières sont, au contraire, plutôt multipliées que négligées; — mais elle est comme un oiseau pris dans un filet, qui ne peut s'empêcher de trembler, et se sent mourir de frayeur.

« Cette après-midi, après que j'eus envoyé mes petits enfants à leurs jeux, je me suis jetée à genoux; et alors, toute seule devant Dieu, j'ai considéré ce que je devais faire , ce que m'indiquait mon devoir le plus sacré. Devais-je encore relire les premiers livres que m'avait remis M. Hobarl? Mais mon cœur s'est révolté à cette pensée : car c'est là que sont entassées toutes leurs accusations et toutes les noirceurs ; et les voir

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reproduites ainsi m'est une désolation et un supplice. Ou bien devais-je encore revoir ceux de mes livres qui traitent de la doctrine catholique, bien que toutes leurs pages, une à une, me soient familières, et que ma mémoire me retrace l'une après l'autre toutes les instructions qui s'y trouvent , avec tous les développements et les répliques? Depuis votre départ, j'ai lu le livre que votre frère m'avait donné, dans les commencements, pour m'instruire. J'ai lu aussi celui que vous m'avez donné, et toujours avec l'application la plus attentive; non -seulement avec application, mais avec supplication à Dieu et prière incessante. C'est là maintenant ce que je dois regarder comme mon unique refuge : prière en tout temps , prière en tout lieu.

ce Réellement, Antonio, mon frère très-cher, à qui je puis confier tous les secrets de mon âme, je prie, je prie si continuellement que chacune de mes pensées est, pour ainsi dire, une prière. Quand je me réveille, après quelques courts instants de sommeil, il me semble que mon esprit n'a pas dû cesser de prier. Mes pauvres yeux sont presque aveugles à force d'avoir pleuré ; car le moyen d'implorer une faveur pareille à celle que je demande, sans verser des torrents de larmes et sentir tressaillir tout son cœur? Mes enfants me disent continuellement : (c Pauvre maman! pauvre maman! » Réellement ils sont plus gentils que jamais , parce qu'ils ne veulent pas ajouter à ma tristesse. Elles sont douces cependant ces larmes; elles sont douces ces peines; et grande est ma consolation , de voir que si la source toute- puissante de la lumière ne me visite pas encore

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de ses bienheureuses clartés, elle ne me laisse toujours pas satisfaite et insensible au milieu de mes ténèbres I »

ELIZABETH A ANTONIO FILICCHl

30 septembre 1804.

« Vous auriez aimé aujourd'hui entendre les questions de mes enfants sur l'archange saint Michel. Comme ils écoutaient avidement le récit que je leur faisais des soins qu'ont pour nous les saints anges, et l'histoire de saint Michel chassant Lucifer du ciel ! Après leurs prières, ils attendent toujours à genoux que je les bénisse chacun avec le signe de la croix ; ce que je ne manque jamais de faire , en élevant mes yeux vers Dieu, dans l'humble attente qu'il ne nous abandonnera pas.

« J'aurais beaucoup de choses à vous dire , mon frère; mais j'aime mieux attendre jusqu'à l'heure trèsdésirée où nous nous retrouverons assis devant notre gros livre, ouvert sur la table. Je crierais volontiers maintenant, comme faisait mon pauvre William : «Antonio, Antonio, Antonio! » Mais je me reprends, et mon âme crie : «Jésus, Jésus, Jésus! » Elle trouve là une paix céleste. Ce cher nom calme mes tourments, comme mon chant près du berceau de mon petit enfant apaise ses chagrins. Le Psautier de Jésus, dans le petit livre que vous m'avez donné, est ma prière de prédilection ; le nom de Jésus y revient si souvent !

« Vous me recommandez de ne pas oublier mes

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Vies des saints. Est-ce que je pourrais les oublier, quand même je le voudrais? Elles m'intéressent tellement , que le peu de moments que je puis dérober à tant d'occupations, pour les donner à la lecture, je le leur consacre tout entier. Elles sont un repos pour mon esprit ; elles adoucissent toutes mes peines et les réduisent à rien, en comparaison de ce qu'elles pourraient être. Quand je lis que saint Augustin fut si longtemps incertain entre la vérité et l'erreur, je me dis à moi-même : « Aie patience , Dieu finira par t' amener au bercail. » Quant aux leçons de renoncement , aux leçons de pauvreté volontairement acceptée, lors même que saint François de Sales et la Vie de notre cher Seigneur ne m'auraient pas appris déjà de quelles grâces nombreuses et de quelles vertus elles sont accompagnées, je ne laisserais encore pas de souhaiter leurs rudes avertissements, tant mon désir est grand de ressembler à ces chers saints par quelque côté. Antonio, Antonio, comment se fait-il que ma pauvre âme ne puisse encore se tenir pour satisfaite , quand elle sait que votre religion est la même qu'a été la leur? Comment peut-elle hésiter? Pourquoi fautil qu'elle se débatte? C'est le Tout-Puissant, lui seul, qui la déterminera. Les protestants disent que je suis tt en état de tentation ». Vous allez le penser comme eux. Quoi qu'il arrive, le Tout-Puissant sera mon défenseur; non pour aucun mérite de ma part, mais pour le nom de .Jésus-Christ. »

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ANTONIO FILICCHI A ELIZABETH SETON

Boston, 8 octobre 1804.

« Chère amie et sœur,

« J ai sous les yeux vos deux dernières lettres, celles du 17 et du 30 septembre; elles me paraissent admirables, exquises de raison, et écrites avec tant d'élégance ! Comme telles , elles sont faites pour découraj^er complètement mon faible esprit et mon style, qui voudraient leur donner une réponse digne d'elles. Je les ai montrées toutes les deux à mon digne évêque , M. Carroll, lui demandant aide et direction. Plaise à Dieu d'accorder que cela lui soit facile ! Pour ma part, je sens l'effet des bonnes prières que vous faites pour moi; car jamais, à ce que je crois, je n'ai été moins mauvais de toute ma vie que je ne le suis maintenant, et depuis que j'ai quitté New -York. Mardi dernier, qui était l'anniversaire de mon mariage, et le jour de la fête des saints Anges Gardiens, j'ai été à l'église et à confesse. Oh ! chère sœur, quel digne clergé est le clergé catholique ici! Quels prêtres! leur attitude, leur conduite, leurs doctrines obtiennent de la plupart des protestants eux-mêmes un témoignage d'enthousiasme. Ils se rendent en foule dans notre église les dimanches pour entendre les sermons de notre savant Cheverus. Des conversions ont lieu de temps en temps, et elles ne provoquent pas le moindre murmure

M Dans un mois, — un peu plus d'un mois — je serai de retour à New-York ; alors nous nous entretiendrons sérieusement, — puisque d'ici là vous ne voulez pas que nous en parlions, — d'un sujet qui me donne une grande inquiétude; je veux dire l'inaction trop prolongée de votre âme et de votre esprit. Vous me trouverez toujours prêt à vous prouver la parfaite estime et le parfait attachement qui animent votre frère et ami, »

ELIZABETH A ANTONIO FILICCHI

n octobre 1804,

« Rien de nouveau. Cette pauvre âme se traîne toujours dans la même voie. Elle est comme une barque à la dérive, qui flotte au milieu de l'Océan, sans paraître approcher en aucune façon du port de son repos; mais ce qui la soutient, c'est l'espérance qu'elle a mise en son Dieu qui ne la laissera pas périr.

« Vous trouverez ici une lettre que j'ai préparée pour notre évêque CarroU. Elle ne me satisfait pas; aussi j'espère que l'entretien que vous avez eu avec lui vous dispensera de la lui donner. De ceci, toutefois, mon cher Tonino en sera le juge.

« La secrète inclination de mon cœur m'a été révélée bien clairement samedi dernier, en une demi-heure que j'allai passer près de ce pauvre homme malade, ce catholique , pour lequel vous m'aviez donné dix dollars. Le bonheur que j'ai trouvé à le consoler, et à m'entretenir avec la pauvre et honnête famille chez

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(jni ildeiueiiro, m'a récompensée au centuple de la peine que j'avais eue à faire cette grande course à pied. Lorsqu'il m'a dit qu'il prierait pour moi et pour mon cher frère, j'ai senti que ses prières très-certainement seraient entendues. Comme je m'en revenais chez moi, en passant devant l'église romaine , je m'arrêtai à lire les inscriptions qui sont gravées sur les tombes; puis j'élevai mon cœur à Dieu, implorant sa pitié, le suppliant de considérer, lui qui voit tout à découvert , quelle joie ce serait pour moi, si je pouvais entrer là, et baiser les marches de son autel. Visiter tous les jours notre Siiuveur, répandre mon âme en sa présence, serait mon suprême désir. Mais, ô Antonio, pourrais-je oser jamais apporter ici un esprit hésitant, troublé, irrésolu, qui tremble devant son Dieu, qui se sent écrasé , anéanti , par la terreur d'offenser Celui à qui il voudrait uniquement plaire !

« Sincèrement, Antonio, dans le fond de votre cœur, n'est-ce pas que vous souriez de ce que votre pauvre sœur vous dit là? ses paroles vous semblent venir d'une imagination malade... Mais iongez donc que c'est mon âme qui est en jeu! Et mes enfants, ces enfants si chers à mon âme, qui devront partager mon erreur, soit que je change, ou que je demeure comme je suis!... Ma position est bien différente de celle des ignorants, qui n'ont reçu aucune lumière... Ce qui est désolant pour moi, c'est qu'avec un commencement d'instruction, tout, est confusion dans ma tête ; mon âme cherche eu vain la lumière qui lui montrera le but oii elle doit s'arrêter. A un tel mal il y ti encore un remède, un uniijue remède • c'est la prière

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constante et continuelle. Mon Dieu , enseignez- moi le chemin où je dois marcher. Je remets mon esprit entre vos mains; et encore, avec le pauvre pécheur de l'Évangile : Seigneur , que voulez-vous que je fasse? « Ceux de mes amis qui paraissaient il y a quelque temps s'intéresser si fort à ce qui se passait en moi , semblent m'avoir abandonnée à Dieu seul. Le fait est que je ne vois plus aucun d'eux. M. Hobart m'a écrit. Il m'a à peu près témoigné qu'il voulait aussi se tenir à l'écart. Cela ne m'a pas afïligée , au contraire ; je pense avec plaisir que je n'aurai plus à entendre ces conversations qui ne mènent à rien.

LÀ MEME AU MEME

17 octobre 1804.

« Quand vous écrirez à Livourue, rappelez-moi le plus aiîectueusemenl possible à tous vos chers bienaimés. Je crois qu'il ne faut pas que je leur écrive avant d'avoir reçu de nouvelles lettres.

« Que de fois ma pensée me ramène là- bas, sous votre toit, dans la chambre que vous m'aviez donnée ! c'est continuel. Il semble que je revois tout ce que j'avais alors sous mes yeux, devant ma fenêtre. .Je vois sourire le petit chéri Pat ', quand il se dressait sur la pointe de ses petits pieds, et qu'il faisait mille questions sur la Signora Seton. Souvent aussi je suis obligée de faire le signe de la croix , et je lève les yeux

1 Patrizio Filicchi, l'aîné des enfants d'Antonio.

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vors Dieu, en criant: « Pitié!... » — L'heure la [)liis heureuse que j'attende pour moi en ce monde, sera celle où j'apprendrai que vous êtes encore en ce cher endroit, dans les bras de ces chers objets de vos tendresses.

« J'espère que vous ne souffrez pas de la rigueur de notre hiver. Ici , nous nous trouvons déjà dans la saison des tempêtes. Le vent souillait tout à l'heure à croire qu'il allait éteindre la lumière près de laquelle je vous écris. Mais vent et tempête n'ont eu d'autre effet que de me ramener plus sensiblement aux ennuis de ce pèlerinage terrestre, et de me faire envoyer un soupir de plus vers ce printemps éternel qu'aucune tempête ne troublera.

Cl Se pourrait-il, Antonio, que Dieu voulût me laisser périr? Est-ce qu'il dira jamais pour moi le terrible mot : Retirez-vous? Certainement, selon les droits de sa justice, tel devrait être mon misérable destin ; mais sa justice, elle est toujours tempérée par sa miséricorde : Où en serais-je sans cela?... Souvent la pensée vient à mon esprit de ce figuier stérile qui fut épargné encore une annéeK Peut-être pour moi, c'est maintenant ici la dernière partie de l'année, et cependant, quelle stérilité en fruits!... Cette pensée retombe sur moi sans cesse et d'un poids bien lourd... Être bannie

I Un homme qui avait un figuier planté dans sa vigne, vint y chercher du fruit, et il n'en trouva point. — Alors il dit au vigneron : « Voilà trois années que je viens chercher du fruit à ce figuier sans en trouver. Coupe-le donc : pourquoi occupe-t-il encore la terre ?» — Le vigneron lui dit : «Seigneur, laissez-le encore cette année.» — S. Luc, ch. xui.

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loin de Lui ! . . . Ne plus rien entendre que des blasphèmes!... Ah! c'est là ce qui serait un intini tourment, même sans les ôammes dévorantes!... Qu'adviendrait-il de moi, si lui ne voyait pas mon cœur, s'il ne connaissait pas tous ses combats et tous ses désirs!... Mais il les voit , il les connaît ; comme il voit aussi la constante prière que je lui offre pour votre âme, Antonio, avec autant de ferveur que pour ma vraie âme. «

FILIPPO FILICCHI A ELIZABETH SETON

Livourne, 17 octobre 1804,

« J'ai reçu par le Mercury votre lettre du 27 juillet. ,Je vous assure qu'en la lisant, je n'ai pas eu le moindre mouvement d'indignation; seulement, mon cœur a été profondément affligé du danger où vous êtes. Je voudrais avoir été près de vous; j'eusse fait tous mes efforts pour calmer votre anxiété. Pourquoi es-tu triste, mon âme? Espère en Dieu : voilà ce que je vous aurais appris à redire avec le saint Roi -Prophète. Vous ne pouviez éviter de rencontrer ces contradictions. Je les attendais. J'espérais pourtant vous avoir pourvue d'un moyen de vous en défendre, en vous donnant cet excellent traité de la Consolation du chrétien. Je croyais surtout que vous compreniez que [)uisque nous sommes incapables de tout bien, incapables même d'une bonne pensée, nous devions nous jeter entièrement dans les bras de la miséricorde de Dieu. Lui seul a le pouvoir et la volonté de nous secourir. Tout nous est possible

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avec son secours. // ne permet jamais que nous soyons tentés au delà de nos forces, c'est saint Paul qui nous l'a assuré. J'espérais que vous auriez toujours présente à res])rit cette pensée, que Notre- Seigneur désire notre salut , plus encore que nous ne le désirons nousmêmes.

« Votre anxiété est déraisonnable, et votre trouble est une tentation. De tels sentiments n'étaient pas ceux de l'Enfant prodigue, ni ceux de sainte Marie Madeleine. Saint Paul, tombé de cbeval, et appelé par la voix de Celui qu'il ne connaissait pas, ne se troubla pas; il répondit paisiblement: Seigneur, que voulezvous que je fasse? Nous ne pouvons accomplir quelque bien que dans le calme et la tranquillité. Il n'y a que notre ennemi qui se complaise dans le trouble, parce que le trouble est son élément ; il sait bien qu'il ne pécherait pas le poisson au milieu de l'eau limpide. Vous êtes tourmentée , irrésolue : eh bien ! priez constamment, priez avec ferveur. Si vous vous troublez de votre propre trouble, jamais vous ne trouverez la paix.

« Les objections élevées par vos théologiens m'ont consolé, parce que je n'y ai rien découvert de neuf. C'est le vieux refrain , victorieusement combattu à toutes les époques. Je ne trouverai aucune difficulté à y répondre pour votre satisfaction ; il ne me sera même pas nécessaire d'étudier beaucoup. J'espère que vous comprendrez cependant que je ne puis commencer ma tâche aujourd'hui, voulant immédiatement répondre à votre lettre. J'éclaircirai vos doutes par le retour du Mercury. »

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