‹ Elizabeth Seton et les commencements de l'église catholique aux États-Unis (volume 2)Chapitre 25 sur 94 · MÊME LETTRE · texte numérisé non relu

MÊME LETTRE

(Reprise le 22 octobre.)

« Je suis devenu très-inquiet, tout à la fois pour vous et pour moi-même; et je déplore, plus que je ne l'avais fait d'abord , votre imprudence et la mienne : la vôtre, pour avoir résisté à la lumière qui vous montrait le précipice ouvert sous vos pieds; la mienne, pour vous avoir exposée au péril, en modérant votre premier zèle. Lorsque vous nous avez quittés, aucun doute ne demeurait dans votre esprit. Quelle imprudence cela a été de soumettre votre détermination à la censure de ceux qui ne pouvaient évidemment manquer de la combattre , ni d'introduire le trouble et l'inquiétude dans votre conscience , en s'efforçant de vous faire changer de conseil!

« Dans une affaire toute spirituelle, vous avez écouté la prudence humaine, que l'Évangile appelle folie. Vous avez agi comme si vous aviez cru que Dieu ne devait pas être obéi sans le consentement et sans l'approbation de vos amis ; vous êtes allée au-devant de la punition que vous avez méritée. Au lieu de la sérénité de votre cœur que vous aviez trouvée dans la connaissance de la vérité, l'agitation et l'angoisse se sont euiparées de votre esprit; votre cœur est devenu pusillanime, vos résolutions se sont évanouies, votre raison s'est couverte de nuages, votre entendement s'est rempli d'obscurité. Souvenez-vous de la réponse que donna Jésus-Christ à cet homme qui avait agi

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comme vous agissez : Un autre lui dit : Seigneur, je vous suivrai; mais permettez qu'auparavant je prenne congé de ceux qui sont en ma maison. Et Jésus lui répondit : Nul aijant mis la main à la charrue, s'il regarde ensuite en arrière de soi, ne sera propre au royaume de Dieu. »

ELIZABETH A AMABILIA FILICCHI

3 novembre 1804.

M Je n'en puis plus , Amabilia;je ne parviens pas à faire pencher la balance du côté où cette pauvre âme pourrait rencontrer la paix ; elle souffre beaucoup , et le corps aussi. Je dis tous les jours, avec une grande confiance d'être enfin exaucée, le psaume 119\ ne me lassant jamais de le répéter. Je lis A-Kempis, qui, soit dit en passant, est un auteur catholique, et. comme dit notre préface protestante , un auteur consommé dans la connaissance des saintes Écritures. Je lis aussi beaucoup saint François de Sales, si zélé pour tout attirer au sein de l'Église catholique, et je me dis : « Est-ce que jamais je connaîtrai mieux le secret de plaire à Dieu que ceux-ci ne l'ont connu?» — Puis

' C'est le Psaume 118 dans la Ynlgate : Beati inimaculati in via. Ce chant du prophète royal est l'un des plus beaux parmi ceux que lui a dictés l'Esprit-Saiat. Les cent soixante-deux versets qui le composent sont une ardente et persévérante prière pour demander à Dieu la connaissance de sa divine loi et la grâce d'en observer tous les préceptes.

La sainte Église romaine met chaque jour le Psaume H8 dans la bouche de ses prêtres.

iOH ELIZABETH SETON

je me mets à genoux, pour épancher mes larmes devant eux , et pour leur demander de m'obtenir le don de la foi. Je le sens, cette foi est un don de Dieu. Il fiiut le demander avec ardeur, le désirer de toute sa force, et gémir en silence pour l'obtenir, puisque Notre- Seigneur a dit : JVul ne peut veriir à moi, si mon Père ne le tire. J'en ai la confiance, peu à peu cette tempête cessera. Combien elle m'est douloureuse, dans quelle agonie elle me jette, celui-là seul le sait, qui peut et qui veut la calmer au temps qu'il choisira.

c( M"" S"*, cette amie depuis si longtemps éprouvée, me disait ce matin que j'étais soumise à une pénitence assez rude, sans avoir besoin d'aller chercher d'autres pénitences chez les catholiques. — a II est vrai , lui ai-je répondu ; mais chez nous on porte sa peine sans en avoir le mérite ; au lieu que je m'efforce sincèrement de faire tourner la mienne au profit de mon âme; plus j'aurai souffert en cette vie, plus j'espère être épargnée dans l'autre, car je crois que Dieu acceptera mes peines en expiation de mes péchés. » — Elle me dit que c'était là une doctrine bien consolante, et qu'elle souhaiterait de pouvoir la croire. — En vérité, c'est bien là toute ma consolation, trèschère Amabilia, réduite comme je le suis, presque à l'état de squelette , à demi mourante sous l'étreinte d'une telle lutte... Il n'appartient qu'à Dieu de la faire cesser.

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FILIPPO FILICCni A tLlZABETll SETON

Livourne, 17 décembre 1804.

« Comme les paroles et les longs raisonnements ne sont d'aucun profit, si la grâce de Dieu ne leur donne pas la puissance de persuader; et comme cette puissance peut être accordée aux observations les plus simples, aussi bien qu'aux démonstrations les plus savantes; j'ai la confiance que ces quelques réflexions que j'ai essayé de vous présenter seront appuyées par la grâce que j'implore , et sans laquelle le traité le plus savant ne serait rien que le son d'une cymbale.

« Je vais répondre par ordre à vos questions :

1° Ils vous afîirment que la succession de l'Église protestante est régulière , attendu que les membres de votre clergé ont toujours été ordonnés par les évêques de l'Église catholique romaine ; et ils vous disent qu'ils s'appellent protestants parce qu'ils ont protesté contre les erreurs de l'Église de Rome , laquelle avait dévié de la primitive Église , en suivant ces mêmes erreurs , inconnues aux quatre premiers siècles du christianisme. En conséquence de ceci , ils admettent :

1° Que la véritable Église doit venir par succession directe des apôtres.

2° Que l'Église de Rome a été pendant les quatre premiers siècles la véritable Église.

3" Que l'Église protestante vient directement de l'Eglise catholique romaine.

« Vous vous souviendrez , et ils en sont eux-mêmes

convenus, que la véritable Église ne peut faillir, ne peut errer. La réforme protestante a eu lieu au XVI* siècle. Or, à partir du v^ siècle, l'Église romaine, selon leurs assertions , était tombée dans Terreur. Ils omettent de nommer une Église qui devrait remplir cet intervalle de onze siècles.

« Pour qu'ils eussent raison contre nous, il aurait fallu du moins que leurs protestations contre les prétendues erreurs de l'Église romaine eussent été faites au moment où ces erreurs se sont produites. Si cela avait eu lieu , ils auraient acquis un titre pour être considérés comme les disciples de la vérité , sans déviation ni interruption; et dans ce cas, ce ne serait plus eux qui devraient être censurés pour s'être séparés de l'Église universelle ; ce ne serait plus eux, mais nous.

« Lorsque les protestants commencèrent à paraître, et à déclarer que l'invocation des saints était une idolâtrie, la confession une invention humaine, le sacrifice de la messe une abomination, la présence réelle une superstition; l'invocation des saints, la confession, le sacrifice de la messe , étaient des dogmes avoués et d'une pratique constante dans l'Église; et la doctrine qui les enseigne était suivie par les évêques qui avaient ordonné les instigateurs de la réforme ; et ces derniers eux-mêmes, peu de jours auparavant, avaient entendu des confessions, et célébré la messe, etc. etc. Si toutes ces choses étaient des erreurs , les évêques qui avaient ordonné les réformateurs avaient erré , les réformateurs avaient erré , l'Église entière avait erré. Or l'existence supposée de ces erreurs dé-

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truit la possibilité de la succession non interrompue delà vraie Église.

« Il est doue vrai , et très-vrai , comme je vous l'ai déjcà dit, que si les descendants de la réforme reconnaissent que leur succession leur vient de l'Église romaine , — et ce fait ils ne peuvent le nier, — ils sont forcés d'avouer que si celte Église a erré pendant l'espace de onze siècles , elle n'a pu être l'Église de Jésus-Christ; en sorte que leur propre succession a une origine vicieuse, ce qui rend faux leur établissement.

c( Si, au contraire, l'Église catholique était la vraie Église, elle ne pouvait errer, et la réforme de sa doctrine était à la fois inutile et impie.

« Vous pourrez toujours remarquer que les protestants sont très-soigneux à éviter ce dilemme. Ils ne vous donneront jamais une réponse directe sur ce sujet; ils détourneront immédiatement la question, proposeront d'autres arguments , et donneront le change à votre attention pour l'attirer sur d'autres points, tandis que celui-là est le point principal.

« J'ai encore à vous dire qu'ils se sont prévalus de votre ignorance de l'bistoire de l'Église , lorsqu'ils vous ont affirmé que les quatre premiers siècles n'ont ni connu, ni pratiqué les choses qu'ils appellent les erreurs du papisme. Je me contenterai de vous démontrer l'inexactitude de leurs assertions relativement à quelques faits particuliers. Vous verrez qu'ils sont des guides trompeurs; et le peu que je vous dirai suffira pour vous éclairer, si Dieu donne cette puissance à ma parole.

« Votre clergé a en abomination le sacrifice de la messe. Saint Justin, qui vivait cinquante ans environ après la mort de l'apôtre saint Jean , park avec louange du sacrifice de l'Eucharistie , et dit que les chrétiens l'ofiPrent par toute la terre.

« Saint Irénée , disciple de saint Polycarpe , disciple lui-même de saint Jean, rend le même témoignage.

« Tertullien, qui vivait au if siècle, nous assure que le saint sacrifice était offert parmi les chrétiens pour la santé et la conservation des empereurs. En conseillant aux femmes de vivre dans la retraite, il leur dit que les seuls motifs qui doivent les inviter à sortir de leur demeure, sont la visite des malades, l'assistance au saint sacrifice, et le désir d'entendre la parole de Dieu. Il affirme que le saint sacrifice était ofl"ert pour les défunts, au jour anniversaire de leur mort.

« Saint Cyprien , qui vivait au iii^ siècle , déclare que l'usage d'offrir le saint sacrifice était général et ancien.

a Vous voyez que la doctrine relative au saint sacrifice et au purgatoire , était connue et admise avant le v^ siècle.

M La liturgie de Jérusalem, qui est attribuée à saint Jacques', s'exprime ainsi : « Accordez, ô Dieu, que notre oblation soit trouvée agréable et soit sanctifiée

> L'apôtre saint Jacques le Mineur, celui que les premiers fidèles appelaient le frère du Seigneur et le Juste. Il gouverna le premier, et pendant trente années, l'Eglise de Jérusalem, jusqu'au jour où les Juifs le mirent à mort, l'an 63 de Notre-Seigneur.

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par l'Esprit-Saint pour la propitiation de nos péchés, et pour le repos de ceux qui sont partis avant nous. » Les liturgies des Églises de Constantinople, d'Alexandrie et d'Ethiopie , sont rédigées dans les mêmes termes.

« Tertullien, qui vivait au n^ siècle, déplore l'aveuglement de ces chrétiens qui, par fausse honte , ne confessaient pas leurs péchés. Ceci est encore un article de foi essentiel, connu de la primitive Église, et combattu par vos réformateurs.

« Ces derniers ne peuvent nier que leur réforme n'ait eu lieu au xvi^ siècle. Pour prouver la légitimité de leur mission, ils allèguent leur succession directe de l'Église romaine. Ils admettent que Jésus-Christ a tenu sa promesse de ne pas abandonner son Église , et en même temps ils prétendent appartenir à la véritable Église par suite de leur succession d'une Église qui, d'après leur déclaration, avait dévié de la vérité depuis le iv" siècle. Est -il un plus absurde raisonnement?

« Retenez bien l'argument que voici, et cessez de fatiguer votre esprit par des controverses :

« Tous les chrétiens admettent que Jésus-Christ a établi une Église , et qu'il sera avec elle jusqu'à la consommation des siècles. Saint Paul appelle cette Église la ferme colonne de la vérité.

« Il faut qu'il y ait une Église véritable , laquelle doit être aussi ancienne que le christianisme luimême.

« Tous nos efforts doivent avoir pour objet de chercher quelle est l'Église véritable parmi les sociétés

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chrétiennes qui réclament ce privilège. Lorsque nous avons trouvé cette Église, nous n'avons plus besoin d'une plus longue étude. Croyons ce qu'elle nous enseigne, puisque la vraie Église ne peut errer.

« Un tel privilège ne saurait être revendiqué par des institutions nouvelles. Que si, pour s'en prévaloir, elles veulent fonder leur droit sur la succcession d'une autre Église, voici à quel argument elles ont à réj)ondre : L'Église dont vous procédez était dans la vérité ou elle était dans l'erreur. Si elle était dans la vérité, vous avez eu tort de changer sa doctrine ; si elle était dans l'erreur, vous-mêmes êtes dans l'erreur. Succession légitime et innovation, sont choses qui se contredisent. L'étude de la religion ne saurait être difficile. Il faut qu'elle soit à la portée de l'entendement de chacun. Les controverses ne produisent pas de bien.

« Ceux de votre clergé s'efforceront toujours de détourner votre attention des principes que je viens d'exposer, et chercheront à vous engager dans un labyrinthe de controverses. S'ils réussissent à jeter la confusion dans votre esprit, ils auront gagné la bataille. Vous ne serez plus protestante; mais du moins vous ne serez pas catholique.

« Quant à ce qu'on vous a dit touchant les conciles et leurs contradictions, vous remarquerez qu'ainsi qu'il y a eu deux papes à la fois, l'un légitime , l'autre intrus ; de même il y a eu des conciles légitimes , et d'autres qui ne l'étaient pas. Les uns ont été dans le vrai , les autres dans l'erreur. L'accord entre eux n'était pas possible. L'Église universelle, en reconnaissant l'autorité des uns , a refusé de reconnaître les

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