‹ Elizabeth Seton et les commencements de l'église catholique aux États-Unis (volume 2)Chapitre 26 sur 94 · CHAPITRE VIII 2l;i · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII 2l;i

autres. Le traité que je vous ai donné sur l'autorité de l'Église vous fera voir ou réside l'infaillibilité.

M J'espère avoir répondu à toutes vos questions d'une manière satisfaisante. Je voudrais être auprès de vous ; je tiendrais ma promesse d'éclaircir vos doutes. Avec l'aide de Dieu, je ne redouterais pas les savantes argumentations de vos théologiens, bien que je ne sois point théologien moi-même. »

ELIZABETH A ANTONIO FILICHI

13 décembre 1S04.

« Si vous pouviez voir, Antonio, l'état où je suis, certainement vous en auriez pitié. Il y a des moments où la réalité de ma situation m'oppresse tellement, que j'en suis comme écrasée. Ce n'est pas le tourment de mes intérêts temporels: — par la grâce et la miséricorde de mon Dieu, ils sont tout à fait impuissants à me causer aucun trouble; — mais c'est l'horrible pensée que j'ai pu négliger d'écouter sa voix, si c'est lui réellement qui m'a parlé par la voix de mes amis d'Italie; ou la pensée que je lui résiste maintenant, si les avertissements et les éclaircissements que les autres m'ont donnés renferment la vérité.

« Les Écritures, qui étaient autrefois ma consolation et mes délices, sont devenues pour moi une source de peines. Chaque page que j'ouvre, jette le trouble en ma pauvre âme. Je tombe à genoux ; je deviens comme aveugle à force de pleurer; je crie vers Dieu pour qu'il m'instruise lui-même... Autrefois, après les six jours écoulés, avec quelle joie je voyais arriver le cher

216 VAA'/.WiKTH SKTON

jour (iu dimanche, comme un plein dédommagement à tout ce que j'avais pu traverser de chagrins et de soucis pendant la semaine! Maintenant, c'est avec inquiétude que je consulte le coucher du soleil , tant j'ai peur qu'il ne m'annonce pour le lendemain une belle matinée qui m'enlèverait tout prétexte pour ne pas me rendre à l'église.

« Quand je passe le long de la rue qui conduit à votre église, mon cœur se débat, et il s'écrie : « Oh! Seigneur, dites-moi où je dois aller ! » Avant de quitter la maison, je demande toujours à Dieu de me pardonner si vraiment je passe devant la demeure où il réside, sans m'y arrêter. J'implore de lui lumière et grâce pour connaître sa volonté. Et quand je me trouve à l'église, oh! combien souvent mon âme se sent appelée dans la petite chapelle à Santa Caterina\ là où je me suis vue tant de fois à côté de votre Amabilia! je vois le prêtre, celui dont vous disiez qu'il mettait un temps si long à dire la messe. Ses traits, son attitude, tous ses mouvements, il me semble que je les vois. J'entends la petite cloche de l'autel. Je vois le calice qu'il élève, et mou cœur s'incline jusque dans la poussière en la présence de mon Dieu.

« Si votre Église est celle de l'antechrist , si votre culte est une idolâtrie , mon âme partage ce crime , malgré la résistance de ma volonté. Si vous pouviez savoir, mon frère , quelles révoltantes , quelles horribles images sont offertes à mon esprit par ceux qui voudraient m'éloigner de votre Église, vous diriez

1 L'église di Santa Gaterioa dei Frati Oomeaicani. Voir la note page 149.

Icltzc » Outomo ^llicchi.^ l3cT^..VM.I.'u:W4.

yC lyuy <^< ,< -/^.-^r>^^^*>to «*^-^

'J^^^e^ fL^r,^ u^ /£^ ^l^^^ej^ -.ncn^ J ferrie ù.c^/^^^t^ a4- /iÙl^

J-t/i4l^J ' Jt^-t^ oU^S^ç ^icui/- (X-y^^^t-^^ fft^a^^n^x.^U^ JA-^n^^Jt^ ^^^^^^K^^-'^e^

i/U^x.,.^ /l<r>,.,^ ^J,..^ .Jl^Av-x^ y^T, ^Cx^-^^e^v...,^ ^ i^^^^^ Jy^

/^^i^^vi^ ^^^^ X.^ Ca^.^^ U^ U;^ y^^

CIIAIMTIIK Mil 217

qu'il est impossible que j'en fasse jamais partie, à moins que je n'y sois appelée directement par une voix qui descendrait du ciel. Je dis vraiment avec David : Sauvez-moi, Seigneur ! car le torrent des grandes eaux a passé sur mon âme. Je suis comme engloutie dans une boue profonde ; le terrain se perd sous mes pieds.

« Antonio , vous comprendrez maintenant que , voyant toujours mes péchés qui s'élèvent comme un mur entre moi et la vérité, je désire , du désir le plus vif, que Dieu retire de moi tout objet créé dans lequel je pourrais me plaire , afin qu'avec un coeur brisé, un cœur contrit, je trouve grâce devant lui par les mérites de mon Rédempteur. Jamais, jusqu'à ce jour, je n'avais encore compris ce que c'est que prier; jamais la moindre idée du jeûne, qui aujourd'hui m'est presque devenu plus habituel que de manger ; jamais je n'avais su ce que c'est que se renoncer en toutes choses , que fixer son esprit sur la montagne du Calvaire, que se consoler enfin dans la compagnie des anges. — « Aie patience, dit mon âme, il ne te laissera pas périr, toi et tes pauvres chers petits. Après tout , si vous lui sacrifiez votre vie en ce combat, eh bien ! il clouera le tout à sa croix , et il vous recevra dans sa miséricorde. »

ELIZABETH A AMABILIA FILICCUI

19 décembre 1804.

« Le croiriez-vous , Amabilia? dans le désespoir de mon cœur, je suis allée dimanche dernier à l'église de Saint-Georges, — une église épiscopalienne protes-

tante. — L'angoisse qui me torturait était si pressante, que je me suis adressée droit à Dieu, et je lui ai dit : « Puisque je ne puis découvrir la voie qui vous plaît le plus, à vous, à qui seul je désire plaire, tout au monde m'est indifférent ! Jusqu'à ce que vous m'ayez accordé de me montrer la voie où vous voulez que je marche, je continuerai à me traîner dans le sentier où vous avez permis que je sois née ; et même j'irai de nouveau au sacrement où j'avais coutume de vous trouver autrefois. » — J'y allai en effet, et ma bonne vieille Marie se trouva bien heureuse quand je lui demandai de veiller sur mes enfants à ma place jusqu'à mon retour. Mais si je quittai la maison protestante, j'y revins catholique, à ce que je crois, puisque j'y revins avec la résolution de ne plus aller chez les protestants ; m'étant sentie infiniment plus troublée que je n'aurais jamais imaginé pouvoir l'être. Je l'avais été à un tel point , qu'inclinant mon cœur devant l'évêque pour recevoir son absolution , qu'il donne publiquement , et à tous ceux qui sont présents dans l'église , je n'avais pas senti en moi la moindre foi en ses prières. J'aurais préféré cent fois entendre la formule apostolique pour la rémission de mes péchés ; cette formule dont ils ne veulent plus , et même qu'ils repoussent, à ce que je vois, d'après les livres de M. Hobart.

c( J'allai tremblante à la communion , à demi morte de ma lutte intérieure. Lorsque j'entendis ces mots : Le corps et le sang du Christ ! oh ! Amabilia , il n'y a pas de parole pour dire le supplice où je fus! Je me souvins que dans les éditions précédentes de mon

CHAPITHR VIII 2in

ancien livre de prières, du temps que j'étais enfant, on n'enseignait pas comme aujourd'iiui , qu'on prend et qu'on reçoit le sacrement spirituellement. Toutefois, pour repousser ces pensées, je pris \e& Exercices de chaque jour, du bon abbé Plunket', pour y lire les prières de la Communion; mais ayant vu que chaque parole qui s'y trouve était adressée à notre Sauveur comme réellement présent , je devins presque à moitié folle. Revenue chez moi, je ne pus supporter pour la première fois de ma vie les douces caresses de mes enfants chéris ; et quand ils se mirent à leur petit repas, je me trouvai hors d'état de le bénir. 0 mon Dieu ! quelle journée ! Elle s'acheva dans le calme, pourtant. J'abandonnai tout à Dieu , et me renouvelai dans mes sentiments de confiance envers la sainte Vierge , dont le doux et paisible regard me reprochait ma téméraire démarche, et m'invitait à fixer mon cœur en haut, dans une espérance meilleure. »

Cette lutte toujours renaissante épuisa les forces d'Elizabeth ; elle tomba dans une sorte de désespoir. A quelle extrémité la conduisirent les tortures de son esprit, nous le mesurerons par la funeste résolution à laquelle elle s'arrêta. Couper court à ses recherches , renoncer à toute étude religieuse , fuir les assemblées de l'Église épiscopalienne , ne faire aucun pas vers une autre Église, ne plus s'attacher désormais à aucune forme particulière de christianisme, et attendre dans ce néant moral l'heure de sa délivrance, qu'elle ne sé-

' L'abbé Plunket était un digne prêtre irlandais, qu'Elizabeth avait vu souvent à Livourne dans l'intimité des Filicchi. Il avait appartenu à la compagnie de Jésus, avant qu'elle eut été supprimée.

parait plus dans sa pensée de l'heure de sa mort : voilà ce qui parut possible à cette âme aveuglée par la douleur.

Au comble de désolation où elle était arrivée, Elizabeth se méconnaissait elle-même et n'espérait plus en son Dieu. Jusqu'alors une foi si vive , maintenant une défaillance lamentable! Quelle leçon d'humilité lui préparait la misère de son âme! le souvenir qu'elle en garda toujours la fit petite à ses propres yeux pour le reste de sa vie.

Elle, qui dès son enfance étudiait les Livres saints avec une si intelligente attention, comment, en ce découragement , ne se souvenait-elle point , Elizabeth , de cet humble chercheur de la vérité qui nous est offert en modèle ? Ce que les Actes des Apôtres nous ont rapporté de lui, nous est un enseignement complet'. 11 était venu de loin à Jérusalem, pour adorer le vrai Dieu dans son temple. Comme ensuite il s'en retournait, suivant lentement le chemin qui conduisait vers son pays , un ange du Seigneur apparut à l'apôtre Philippe, et lui commanda d'aller sur ce chemin où le voyageur passait. Philippe y alla, et ayant aperçu de loin un chariot qui s'avançait, il s'en approcha, sur le commandement que lui en donna l'ange. Celui qui était assis sur le chariot lisait à haute voix le livre des prophéties du prophète haie. --Ce qu'ayant entendu y Philippe lui demanda : Comprends-tu ce que tu lis? — Comment le pourrais -je comprendre , lui répondit-il, si quelqu'un ne m' en instruit! — Et il pria

1 Gh. viu, V. :iy-39.

CIIAI'ITHE Mil -2-21

Philippe de monter sur le chariot , et de s'asseoir auprès de lui. — Et voici le passage qu'il lisait : Il a été mené comme une brebis à la boucherie , et il s'est tu comme im agneau qui reste muet devant celui qui le tond... Je te prie, dit-il à Philippe , fais moi coimaître de qui le prophète a voulu parler : est-ce de lui-même , ou de quelque autre? — Alors Philippe prenant la parole^ commença par cet endroit de l'Ecriture à lui annoncer Jésus. — Et bientôt cet homme, éclairé d'une lumière divine, demanda à Philippe d'être baptisé par lui. Sitôt qu'il fut sorti de l'eau, l'Esprit du Seigneur ravit Philippe, et voici que lui ne le vo^jait plus. Mais il continua son chemin, le cœur plein de joie.

Joie d'avoir trouvé Jésus , c'est ainsi qu'on vous obtient. Lumière , c'est ainsi que vous apparaissez au milieu de nos ténèbres. Quand vous insjiirez à notre ignorance le désir de vous posséder, nous serions présomptueux de vous chercher à nous seuls. L'Église, cette mère, s'offre à nous guider. Elle a ses docteurs pour nous éclairer ; ses apôtres pour nous évangéliser ; ses ministres pour imposer sur nous leurs mains ; ses Philippe, ses Ananie'. Ce serait folie à nous de méconnaître son secours et de prétendre nous approcher des sommets de la vérité. Dieu se cache aux présomptueux; loin

' Ananie étant entré dans la

maison, il imposa les mains à Saiil, en lui disant: « Mon frère Saul, le Seigneur Jésus qui vous est apparu dans le chemin par où vous veniez, m'a envoyé vers vous, afin que vous recouvriez la vue, et que vous soyez rempli du Saint-Esprit.» — Al'iustaut il tomba de ses yeux comme des écailles; et, recouvrant la vue, il se leva, et il fut baptisé. — Actes des Apôtres, ch. ix.

de se rendre à leur appel , son mépris les tient à l'écart.

Il ne s'abaisse pas vers des âmes si hautes i.

Ses faveurs vont chercher ces humbles et ces petits qui écoutent sa divine voix dans l'enseignement de son Église : les uns se tenant pour satisfaits d'une étude simple, à leur portée; les autres, plus méditatifs, penchés sur les Livres saints, demandant l'explication de leur sens caché, à ceux qui ont reçu mission pour en donner l'intelligence. Comment les pourrions-nous comprendre, disent-ils, si quelqu'un ne nous en instruit '^

Le jour ne tardera pas où celle dont la conversion nous parait maintenant presque désespérée, redira ces humbles paroles, et sentira l'effet des grâces que le Saint-Esprit s'est plu à y attacher. Son imprudent abandon à ces propres forces a démenti ses espérances , et l'a conduite au désespoir. Cet état sera abrégé, Dieu lui tiendra compte de ses efforts d'autrefois et de sa bonne volouté passée.

Une nouvelle année venait de commencer. Le 6 janvier 1805, jour de la fête de l'Epiphanie , que les protestants célèbrent avec une solennité particulière, la pauvre égarée , qui s'était elle-même exclue de toute Église et de toute assemblée religieuse, demeurée seule à son foyer, sentit fondre sur elle des pensées désolantes. A.U dedans, tout obscurité; la piété ruinée, la foi

1 Corneille, dans l'Imitation de Jésus-Christ, traduite et paraphrasée en vers français.

CIIM'ITKK VIII 2-23

éteinte. Mille croix au dehors. Point de force poulies supporter. Le découragement sur les ruines de la piété disparue. Pour la première fois, « outre les croix (lu dehors, cette grande croix intérieure du découragement, sans laquelle toutes les autres ne pèseraient rien*. » Elle demeura longtemps repliée sur ellemême, cruellement occupée à sonder cet abîme où elle était descendue. Tout à coup, par la miséricorde de Dieu, repoussant les funestes images dont elle était obsédée, elle eut comme un élan de son cœur vers les pieuses habitudes de toute sa vie. Un volume des sermons de Bourdaloue se trouvait sous sa main , elle l'ouvrit ; elle avait soif d'une parole de piété. Le passage suivant tomba sous ses yeux, et décida de sa conversion.

C'était une instruction sur la foi, une explication de l'évangile du jour, qui raconte la venue des Mages à Jérusalem et leur empressement à suivre l'étoile afin de trouver le Messie. — « Les voici , ils sont arrivés à Jérusalem.» — « Où est le Roi des Juifs nouvellement né? car nous avons vu son étoile en Orient , et ?ious sommes venus pour l' adorer K » — « Mais tout à coup l'étoile a disparu. Que vont- ils penser, que faire, que craindre? La foi de ces Mages sera-t-elle ébranlée? Non.... A quelque prix que ce soit, ils veulent trouver le Dieu qu'ils cherchent. Ils ont vu son étoile , et ils ont senti l'onction de sa grâce, c'est assez. Si cette étoile ne paraît plus , c'est un secret de la Providence

> Fénelon , Lettres spirituelles.

2 Matth., ch. II.

qu'ils adorent, mais dont ils n'ont garde de se faire un sujet de scandale ; c'est une occasion que Dieu leur donne de lui marquer leur fidélité, et ils comprennent qu'il faut en de pareilles conjonctures se soutenir par la constance. Sans donc se troubler, sans se rebuter, ils espéreront, aussi bien qu'Abraham, contre l'espérance même. Ils continueront leur marche , sûrs du Dieu qui les a appelés, et comptant qu'au défaut de l'étoile il leur tracera lui-même le chemin.

« Cependant , que vont-ils faire pour suppléer à l'étoile qu'ils ne voient plus ? — lisse servent des moyens naturels que leur fournit la Providence. Ils savent que le Dieu qu'ils cherchent se plaît en effet à être cherché , et que c'est à ceux qui le cherchent qu'il se découvre plus volontiers. C'est pour cela qu'ils s'informent exactement du lieu de sa naissance. C'est pour cela qu'ils ont recours aux prêtres et aux docteurs de la loi, comme à ceux qu'ils supposent plus intelligents et plus capables par leur caractère de les instruire. C'est pour cela qu'ils parlent, qu'ils consultent, qu'ils ne se donnent aucun repos. Autre preuve de leur sagesse, dont il faut que nous profitions; car, en quelque état d'aveuglement et d'obscurité que je tombe, en quelque ignorance des voies de Dieu que je puisse être, en quelque désordre même que soit ma foi, si je cherche Dieu dans la simplicité du cœur, il est sûr que je le trouverai : c'est lui-même qui me l'a dit, et sa parole y est expresse : In simpUcitate cordis quœrite illum, quoniam ijivenitur ah iis qui non tentaiit illum :

CHAPITHK Mil . -liH

c'est-à-dire, si je le cherche sincèrement et avec une intention pure et droite, si je le cherche avec humilité, si je le cherche avec confiance, si je le cherche avec l)ersévérance, il est sûr que je ne serai point confondu : Qui siistinejit te, non confundentur , et qu'il ne manquera pas : Non dereliquisti quœrentes te. Oracles de l'Écriture , dont il ne m'est pas permis de douter ! Or, est-il rien de plus propre à m'encourager dans le soin de chercher Dieu et d'étudier les voies de mon salut?

« Vous me direz que vous n'avez point assez pour cela de pénétration, et que vos lumières sont trop

faibles. Je le veux, mais vous avez, aussi

bien que les Mages , un moyen facile pour éclaircir tous vos doutes , et pour vous tirer de l'incertitude où vous pouvez être. Il y a dans l'Église de Dieu des docteurs et des prêtres, comme il y en avait alors ; il y a des hommes établis pour vous conduire , et qu'il ne tient qu'à vous d'écouter. Interrogez-les comme vos pères, et ils vous diront ce que vous avez à faire : Interroga patrem tumn, et annuntiabit tibi; majores tuos, et dicent tibi. Allez à eux comme aux ministres du Seigneur; leurs lèvres, dépositaires de la science , vous enseigneront la science des sciences , qui est celle de trouver Dieu. Pouvez-vous l'ignorer avec cela? Et avec cela, pouvez-vous même vous y tromper, sans vous rendre absolument inexcusable ^ ? »

Elizabeth méditait ces pages avec une émotion pro-

' Bourdaloue, Sermon sui- l'Epiphanie, 1" partie.

fonde. 11 lui semblait que Dieu lui-rtiême lui parlait, et qu'empruntant la voix d'un de ses serviteurs les plus accomplis, maître incomparable dans la direction spirituelle , il lui indiquait le cbemin qu'elle devait suivre, le chemin que sa volonté si tristement lassée ne demandait même plus. Quand elle referma ce livre, source de bénédiction pour elli^ , son âme abattue avait retrouvé toute son énergie ; sa résolution était arrêtée ; elle allait chercher un guide pieux et sur pour lui remettre à ce moment décisif le soin de sa conduite et les intérêts de son salut.

La congrégation catholique à New- York au commencement de ce siècle.

— MM. William et Matthew O'Brien. — Elizabetli à la veille de sa conversion. — Elle s'adresse à M. de Cheverus, prêtre de la mission de la Nouvelle-Angleterre. — Action providentielle des prêtres français émigrés aux Etats - Unis. — Journal d'Elizabeth. — Sa joie dans l'attente de son abjuration, et après qu'elle a accompli cet acte solennel. — Sa première confession. — Sa première communion. — Lettre à M. de Cheverus, à Antonio et à Amabilia Filicchi. — État embarrassé de la succession de William- Magee Seton. — Elizabeth, abandonnée de tous les siens, est obligée de se créer des ressources pour vivre. — Elle cherche à ouvrir une petite école d'enfants. — Premier insuccès. — M. et M^^^ White la demandent comme associée. — Ses occupations de chaqrie jour; sa foi, son esprit de retraite et de piété.

— Sa dévotion à la sainte Eucharistie. — Nouveau changement de situation. — Arrangements pris avec M. Haniss.

Du jour où Elizabeth avait compris, par la grâce de Dieu, qu'il lui fallait, avant tout, la direction d'un guide éclairé^ autorisé, plus de doute maintenant, elle allait arriver au but. Mais cette direction, ce secours, pourrait-elle aisément le trouver? Deux prêtres seulement à cette époque, M. William O'Brien, assisté de M. Matthew O'Brien , son frère , desservaient la petite congrégation catholique de New -York. De pau-

228 KLIZAIJETH SETON

vres Irlandais la composaient , au nombre de quelques centaines. La seule église qu'elle possédât , Saint- Pierre, construite au coin de Barclay and Church streets , avait été commencée en 1786, avec l'argent des aumônes que M. William O'Brien était allé recueillir lui-même en divers pays de l'Amérique du Sud , notamment au Mexique. Avoir cette église à soi, si humble quelle fût, était un droit dont on jouissait avec ce contentement que donne un bonheur encore tout nouveau. On se souvenait que vingt ans auparavant \ on allait entendre la messe dans un hangar audessus de la boutique d'un charpentier près de Barclay Street, reléguée en ce temps-là dans un faubourg loin du centre. La première fois que les catholiques, à New- York , s'étaient assemblés ouvertement pour célébrer les offices de leur religion, c était dans l'année 1783, après que la ville avait été évacuée par les troupes anglaises. Le premier prêtre qui officia pour eux fut le vénérable Père Farmer-, qui, ce jour-là, vint tout exprès, à ce dessein, de Philadelphie. Le premier prêtre catholique régulièrement établi au milieu d'eux, fut le Père Whelan, un capucin irlandais, venu en Amérique, comme aumônier à bord d'un des vaisseaux de la flotte française que le Roi avait envoyée sous le

1 En 1781, 1782.

2 Le Père Farmer était un Allemaud, né en Souabe, en 1720. Membre de la compagnie de Jésus , attaché à la province d'Angleterre , il avait été envoyé en Amérique en 1752. Son véritable nom était Steenmayer; il le changea pour prendre le nom de Farmer, plus facile à prononcer chez les Américains- Il mourut à Philadelphie, en 1786, in odore sanditatis. — Notes manuscrites laissées par M . Brute de Remur, le premier évèque de l'Indiana.

Page 1