CHAPITRE IX
écrivit, et le laissa lire en son âme. En vain ceux qui l'entouraient, comprenant qur le temps pour elle allait cesser des délais et des hésitations , redoulilèrent-ils d'efforts pour ébranler son courage ; ils trouvèrent sa volonté enracinée dans son cœur. «Les catholiques me sont représentés tous les jours comme la lie du peuple, écrivait-elle; la congrégation catholique est traitée devant moi de peste publique; mais cela ne me trouble nullement. La congrégation d'ici peut être tenue dans le dernier mépris, et toutefois demeurer très-agréable à Dieu; et il peut y avoir dans le nombre quelques brebis très-mauvaises, sans que la foi en soit atteinte pour cela. Et quand bien même le prêtre qui la dirige n'aurait pas droit à plus de respect qu'ils ne veulent lui en accorder ici, son ministère, lorsqu'il l'exerce et qu'il administre les sacrements, n'aura pas moins d'efficacité pour moi, si jamais j'y ai recours et si jamais je les reçois. Je ne ne cherche que Dieu et que son Eglise. C'est là que j'espère trouver ma paix. Je ne l'attends pas de ce qui est humain. »
On l'a vu déjà, c'était l'arme du mépris que les adversaires de l'Église catholique choisissaient de préférence pour la maintenir dans sa position humiliée, et détourner d'elle les conversions. En dépit de leurs efforts, la liberté de conscience , inscrite dans la nouvelle constitution, triomphait des préjugés du peuple américain , échappait à la sourde conspiration des sectes protestantes, et se hâtait de produire ses fruits. Libres d'agir en plein air, quelques généreux apôtres du catholicisme, par l'héroïsme de leurs sacrifices, l'ardeur de leur zèle, la dignité de leur caractère, révélaient
aux yeux de tous les beautés et les grandeurs de la religion qu'ils professaient. Les premières années du XIX* siècle furent pour l'Église d'Amérique l'heureuse et brillante aurore d'un jour dont la splendeur s'accroît encore.
Nous ne saurions trop admirer les voies divines de la Providence , puissante à faire sortir le bien du mal , comme autrefois la lumière des ténèbres et du chaos. C'était la persécution de l'Église de Jésus-Christ dans le royaume de Clovis , de Charlemagne et de saint Louis, qui se chargeait d'envoyer aux États-Unis les ouvriers évangélîques les plus propres à faire fructifier la moisson du père de famille. Ces missionnaires apostoliques, ces vénérables prêtres de la compagnie de Saint-Sulpice, ces fondateurs des séminaires, et presque tous les premiers évêques des sièges épiscopaux nouvellement créés aux États-Unis furent des prêtres français, arrachés aux œuvres commencées dans leur patrie, et dévoués par la fureur révolutionnaire au bannissement ou à la mort. Entre tant de noms illustres , celui de Cheverus apparaît entouré d'une auréole de gloire et de sainteté. Sa mémoire est également vénérée en France et dans les États-Unis. Au moment où Elizabeth fut inspirée de s'adresser à lui, la renommée de sa charité et de ses talents s'étendait au loin, et avait déjà conquis bien des âmes à Jésus- Christ.
Guide très -éclairé dans la conduite spirituelle, M. de Cheverus n'eut pas un instant de doute sur la prochaine conversion de celle qui, tout à la fois repentante et victorieuse, demandait à être amenée entre
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les bras de la vraie Église, au sortir du creuset de l'épreuve. Il pressentit que la Providenfe avait de grands <lesseins sur elle, et s'attacha de toute l'ardenr de son zèle à écarter les derniers obstacles qui auraient pu la ralentir.
Elizabeth, de son côté, toujours plus docile aux inspirations de la grâce, sentait de jour en jour grandir son courage et disparaître ses incertitudes. Sous la plume inspirée de celui qui se dévouait à l'instruire, ses derniers doutes s'évanouissaient, la clarté se faisait autour d'elle, la religion lui apparaissait toute radieuse de sa certitude et de sa beauté ^ Bientôt elle n'hésita plus à l'embrasser. Quel regret de ne pouvoir rien citer de la correspondance qui fut alors échangée entre cette ardente chrétienne et ra[)ôtre qui acheva de la diriger vers Dieu ! Toutes les lettres de M. de Cheverus , presque toute la correspondance d'Elizabeth avec M. CarroU, et beaucoup d'autres écrits d'une inestimable valeur ont disparu, dévorés par les flammes d'un de ces incendies si communs en Amérique.
JOURNAL D ELIZABETH
15 février 1805.
« Us me disent maintenant de prendre
garde; que je suis mère, et que je répondrai de mes
1 Voir la Vie de M. de Cheverus, par M. Hamoii, curé de Saint-Su Ipice. — Voir encore la note 9 à la fin de ce volume.
enfants au jugement de Dieu. Je le sais; et de plus, ail point de vue des intérêts de ce monde, ayant été bien avertie par M. Hobart des conséquences que pourrait avoir pour moi et pour mes enfants le parti que nous allons prendre, je comprends toute l'importance de ce que nous avons résolu. N'importe ce qui arrivera plus tard . J'irai maintenant avec calme et fermeté à l'Église catholique ; car si la vraie foi est si nécessaire à notre salut, je la veux chercher à la source d'où elle est sortie; je la veux chercher parmi ceux qui l'ont reçue de Dieu lui-même. Les points livrés à la controverse, je suis tout à fait incapable de les décider; et comme le protestant le plus sévère convient qu'un bon catholique peut être sauvé, j'irai aux catholiques, et je m'efforcerai d'être une bonne catholique moimême. Dieu veuille agréer mon intention et avoir pitié de moi !
« Qunnt à supposer que la parole de Notre-Seigneur aurait pu faillir, et que lui-même , notre Sauveur, aurait soufifert que V Antéchrist vînt bâtir sur les premiers fondements qu'avaient posés ses mains divines, c'est là ce qui ne siurait m'arrêter. Si je me troublais, si je m'arrêtais à la parole sur laquelle ils s'appuient, j'en arriverais à me troubler de toutes les paroles de Notre- Seigneur, et je finirais par être tentée de n'être plus même chrétienne.
« Venez donc, mes petits enfants, suivez-moi. Nous irons ensemble au jugement. Nous présenterons à Notre-Seigneur ses propres paroles ; et s'il nous dit : « Insensés, vous n'avez pas compris ce que je vous ai dit ! » nous lui répondrons : « Seigneur, puisque vous