CHAPITRE IX
nous avez dit <|ii(' vous seriez toujours, et jusqu'à la consommation des siècles, avec cette %lise que vous avez fondée et cimentée de votre sang précieux; si depuis vous l'aviez abandonnée, ce serait votre parole qui nous aurait égarés, nous (^ui nous sommes attachés à son sein. Seigneur, pour l'amour de votre parole, qu'il vous plaise donc de faire grâce à ces pauvres insensés. »
Le mercredi des Cendres, 14 mars, Elizabeth se rendit à l'église, ferme et calme au dehors, mais brûlante au dedans, et toute transportée de la joie qu'elle avait de se consacrer à Dieu. «Oh! comme mon cœur, dit-elle, se fondit en silence devant le petit tabernacle et le grand crucifix ! « Ahl mon Dieu, disait-il, laissezmoi reposer ici. » Puis, je tombai à genoux et j'y demeurai longtemps, la tête penchée sur ma poitrine. S'il m'avait été possible d'avoir une autre pensée que celle de Dieu, le bruit et l'agitation qui se faisaient autour de moi auraient suffi, ce me semble, pour étonner une personne qui arrivait là pour la première fois. Mais j'étais venue seulement pour rendre visite à la divine Majesté, et je n'appris que plus tard la cause de tout ce tumulte. Il venait de l'empressement des fidèles qui allaient vers l'autel pour recevoir les cendres; car ce jour était le premier du carême. Le prêtre irlandais, qui venait, à ce qu'il paraît, d'arriver tout nouvellement, des plus vénérables, mais un peu extraordinaire, fit un discours sur la mort, et parla d'elle si familièrement, qu'il me charma et me fit renaître. » •
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L'office terminé, Elizabeth abjura torraelleraent le protestantisme, entre les mains de M. MatthewO'Brien, et en présence d'Antonio Filicchi , qui se porta devant Dieu pour garant de ses promesses. Avec la simplicité et l'humble soumission ^'une véritable enfant de l'Église, elle confessa sa croyance à tout ce qu'enseigne le dogme catholique , s'appuyant avec confiance sur cette autorité qui représente l'autorité même de Jésus- Christ. Lorsqu'elle eut accompli cet acte solennel, une paix inexprimable se répandit dans tout son être. « Je m'en revins chez moi, dit-elle, le cœur léger et la tête calme pour la première fois depuis bien des mois; conjurant Notre -Seigneur d'enfoncer mon cœur le plus avant possible dans son côté ouvert, si bien représenté sur ce beau crucifix, ou de l'enfermer dans son saint Tabernacle , demeure où maintenant je reposerai à jamais. Oh ! les délices de cette journée avec les chers enfants! Oh! la joie de ce cœur ravi d'allégresse en Dieu, tandis que, souriante au milieu de ces chéris, je me mêlais à leurs aimables divertissements. »
JOURNAL D ELIZABETH
16 mars 1805.
« Je suis si heureuse de me préparer pour une bonne confession! Toute mauvaise que je suis, je suis prête à la faire sur les toits , si cela pouvait m'assurer la bonne absolution que j'espère obtenir pour commencer désormais une nouvelle vie , une nouvelle
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existence. Je ne trouve pas bien dillicile cet examen qui fait partie de ma pré[)aration. Il est vrai que pendant ces derniers mois de luttes et de chagrin , j'ai souvent repassé toute la suitii de ma vie dans l'amertume de mon cœur. »
20 m.irs 1 805.
« Je l'ai accompli, ce devoir, plus aisément que je n'avais cru. C'est le si excellent, si respectable M. O'Brien qui a été mon confesseur. Il a eu pour moi dans cette œuvre de miséricorde toute la compassion, mais en même temps toute la fermeté, que j'aurais pu attendre de Notre -Seigneur lui-même. C'est, en efifet, Notre-Seigneur lui-même que j'ai vu uniquement dans la personne de son saint prêtre , qui le remplaçait vis-à-vis de moi dans ce vénérable sacrement. Qu'elles sont imposantes ces paroles de l'absolution qui ont brisé les liens d'une captivité de trente années! Pendant que le prêtre les prononçait , il me semblait que je sentais tomber mes chaînes, comme celles de saint Pierre dans la prison lorsque l'ange de Dieu les toucha. »
22 mars 1805.
« Mon Dieu , quelles nouvelles émotions pour mon âme ! Le jour de l'Annonciation , je serai faite ime avec Celui qui a dit : Si vous ne mangez ma chair, et si vous ne buvez jnon sany , vous n'aurez point part avec moi. Je compte les jours et les heures. Encore
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une courte attente, une espérance de quelques moments , et après ! . . .
« Comme le soleil est radieux , à cette heure matinale où je sors tous les jours pour aller me préparer à cette sainte communion...! Couche de neige épaisse, glace ou frimas sur le chemin que j'ai à suivre , peu m'importe ! je ne vois rien que la petite croix qui étincelle au loin sur le haut du clocher de Saint-Pierre. »
25 mars 1803.
« Enfin, Dieu est à moi, et je suis à lui. Que m'est le reste auprès de ce bonheur? Je l'ai reçu!.. Quelles solennelles impressions! La veille au soir, quelles craintes de n'avoir pas fait tout ce qui fallait pour me préparer ! En même temps , quels transports de contiance joyeuse et d'espérance en sa bonté! Mon Dieu, jusqu'à mon dernier soupir je me rappellerai cette veille passée dans l'attente de l'aube du matin , ce cœur agité, tremblant, si impatient de partir... cette longue course avant d'arriver à la ville; chaque pas me rapprochant de la rue , de l'église ; plus près encore, de l'autel ; plus près encore , du tabernacle , d'où il allait descendre pour prendre possession de cette pauvre, pauvre demeure, si entièrement à lui! Et quand il y fut venu, les premières pensées dont il me souvienne, s'exprimèrent par ces paroles : Que mon Dieu se lève, et que tous ses ennemis soient dissipés ! car il me semblait que mon Roi était venu pour prendre possession de son trône ; tellement qu'au lieu de la
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bienvenue humble et tendre que j'avais pensé lui faire, je ne trouvais plus en moi qu'un sentiment de triomphe, de joie, d'allégresse, de ce (jue mon Libérateur était venu; mon défenseur, mon bouclier, ma force, mon salut pour ce monde et pour l'éternité.
« A ce moment mon cœur se dilatait dans ses transports. Je puis dire qu'il bondissait avec ferveur, avec une ferveur encore plus grande , — mais non , il n'est pas permis que je parle ainsi , - avec une ferveur presque aussi grande, que celle du Roi-Prophète en présence de son arche. Ce que je puis dire, du moins, c'est que je possédais un bien plus grand trésor que le sien, et plus d'honneur qu'il ne lui en fut jamais accordé!... Et maintenant, ce qu'il faut, c'est produire des fruits. Je sens, en vérité, que toutes les puissances de mon âme sont unies étroitement à Celui qui est venu avec une si grande majesté prendre possession de son pauvre petit royaume. »