‹ Elizabeth Seton et les commencements de l'église catholique aux États-Unis (volume 2)Chapitre 30 sur 94 · ÉLIZABETH A M. DE CHEVERUS · texte numérisé non relu

ÉLIZABETH A M. DE CHEVERUS

2 avril 1805.

« Révérend et cher Monsieur ,

« Mon cœur joyeux vous offre le tribut de sa vive reconnaissance pour vos bontés et pour le charitable intérêt que vous avez pris à ses chagrins, tandis que le doute et la crainte l'oppressaient. Il se hâte de vous annoncer, maintenant qu'il est en possession de son bonheur, que, par l'infinie miséricorde de Dieu et avec

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l'aide de vos conseils, il a immolé toutes ses incertitudes et ses résistances; les offrant en union avec le saint sacrifice de l'autel, le 14 mars dernier, veille du jour béni où j'ai été reçue dans la véritable Église de Jésus-Christ, transportée de gratitude et de joie, comme le peut être un pauvre nautragé rendu à ses propres loyers.

« Je vous aurais immédiatement fait part de cette heureuse nouvelle, que vous apprendrez avec un bonheur si grand ; mais je me suis trouvée, vous le comprendrez , entièrement absorbée dans le soin de recueillir toutes les puissances de mon âme pour recevoir avec la sainte Eucharistie le gage de l'éternelle félicité. Je le reçus en effet, le jour heureux de la fête de l'Annonciation. A ce moment il me sembla que j'étais admise à une nouvelle vie et à cette paix qui surpasse toute pensée. Je dis maintenant à Dieu : Vous avez délivi'é mon âme de la mort, mes yeux des larmes, mes pieds de V abîme. Aussi, ce que je désire assurément le plus, c'est de plaire à tnon Dieu dans la terre des vivants. Mon privilège me semble si grand , et ce que la miséricorde divine a fait pour moi est si fort au-dessus de mes plus hautes espérances, que je puis à peine me rendre compte de mon immense bonheur.

et Vous, cher Monsieur, vous ne pourrez jamais faire une pareille épreuve ; mais vous pouvez vous imaginer ce que doit sentir une pauvre créature écrasée , abattue sous le poids de ses péchés et de ses chagrins, qui tout à coup, par une transition soudaine, passe à la vie, à la liberté, au repos. Oh! priez pour

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moi, afin que je sois fidèle el que je persévère jusqu'au bout.

« Je voudrais bien vous demander vos conseils sur ce que je dois faire pour conserver tant d'inestimables laveurs. 11 y a beaucoup de bons livres, je le sais; mais des conseils de direction qui viennent d'une source qu'on vénère font une impression bien plus profonde. Ainsi, autrefois, de tout temps, j'ai remarqué et j'ai goùlé beaucoup ces chapitres de saint Jean que vous m'avez indiqués ; mais depuis que j'ai été dirigée par vous, je me suis fait une règle de les lire constamment. Le livre dont vous me parlez, Y Imitation de Jésus- Christ, a toujours été ma consolation dans les moments les plus pénibles de ma vie. Je puis dire quun des grands pas que j'ai faits lorsque je marchais vers la vérité , a été déterminé par le témoignage qu'un écrivain protestant rend à l'auteur de ce livre , qu'il loue pour sa science admirable des Écritures, et pour la ferveur de son zèle au service de Dieu. Je me souviens qu'un jour enlisant ces paroles, je tombai à genoux et je demandai à Dieu , toute eu larmes, si celui qui avait si bien connu sa sainte Écriture, et qui avait eu un si ardent amour pour lui , avait pu se tromper sur la vraie foi? De même, en ce temps-ià, quand je lisais la vie de saint François de Sales, je me sentais une grande inclination à le suivre; et je ne pouvais m'empècher de demander pour mon àme une part dans l'héritage de sou âme au grand jour du jugement. Les sermons de Bourdaloue ont aussi admirablement contribué à me convaincre et à m'éclairer. Depuis plusieurs mois, j'ai toujours mis au nombre de mes

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dévotions de chaque jour la lecture d'un de ses sermons. »

Une des plus grandes douceurs que puisse goûter une àme élevée, délicate, une belle intelligence attirée vers les pensées d'un ordre supérieur, était réservée à Elizabeth. Elle obtint l'affection, elle fut l'objet du dévouement de plusieurs personnages éminents par leur caractère, leurs vertus et la hauteur de leur esprit. Outre M. de Cheverus et l'évêque de BaltimoTe, dont l'amitié fut l'honneur de sa vie, Dieu sembla prendre soin qu'elle eût toujours à côté d'elle quelques uns de ces prêtres si distingués et si pieux, qui exerçaient à cette époque le saint ministère aux États-Unis.

11 suffira que nous nommions M. Matignon, naguère docteur en Sorbonne , apôtre vénérable , dont le nom ne saurait être séparé du nom de iM. de Cheverus, son émule et son ami ; M. Babad , de la Compagnie de Saint -Sulpice, un des collaborateurs de M. Émery ; M. du Bourg, qui devint dans la suite évêque de la Nouvelle-Orléans; M. Flaget, le premier évêtiue de Bardstown; M. Dubois et M. Brute de Remur, que nous verrons élevés , l'un au siège épiscopal de New- York, l'autre au siège de Yincennes dans l'Indiana.

Assurément, ce fut par une bénédiction toute particulière sur Elizabeth, que ces grands serviteurs de Dieu se trouvèrent réunis presque en même temps, pour l'entourer de leurs soins et la soutenir de leurs conseils, elle, la nouvelle enfant de TÉglise, que tous les siens abandonnaient. Le blâme, l'indignation, le mépris, voilà ce qu'elle rencontra, depuis sa conversion,

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chez ceux qui l'avaient le plus accouluraée à la douceur de leur tendresse. Seules parmi tant de proches et de parents, une jeune fille et une enfant^ se montrèrent touchées de la sincérité de ses recherches et (le la générosité de ses sacrifices. Au fanatisme qui la repoussait se vinrent mêler des considérations d'amour-propre, très -impérieuses aux États-Unis, en dépit des théories libérales et républicaines qui de tout temps y furent professées. La nouvelle convertie dut (•(>mprendre bientôt qu'abandonner le protestantisme , c'était encourir une véritable déchéance aux yeux de la bonne société , du monde élégant à qui elle appartenait. On lui signifia, sans aucun ménagement, que toute relation, toute communication cessait désormais avec elle.

D'autre part, l'état de ses affaires, demeuré fort embarrassé , s'aggrava tout à fait. Protestante , elle n'eût manqué ni d'appui ni de conseil. Secondée , encouragée, bien accueillie dans sa famille, elle eût facilement attendu le retour de jours plus heureux. L'avenir avait pour elle et pour ses enfants des promesses jusqu'alors cettaines. Mais l'héritage qui lui était assuré fut transporté sur une tête étrangère, dès qu'elle eut fait connaître son abjuration.

Tout l'accabla au même moment. Rien ne manqua à son épreuve. Elle l'avait prévue, et comptait pour la traverser sur la Providence , dont la main lui apparaissait sensible, et comme visible, dans la conduite de sa vie. Sa providence ici -bas, Antonio, bien qu'éloigné le plus souvent de New -York, était encore

J Henriette et Gecilia Selon , Lelles-sœius d'Elizabeth.

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à portée d'elle. Il n'avait pas quitté l'Amérique. Les intérêts de la maison Filicchi l'y retinrent près de deux ans. Au nom de Filippo et de concert avec lui , il mit à sa disposition une somme considérable, qu'il lui fit recevoir à titre d'avance, en invoquant les droits qu'a l'amitié pour triompher d'une discrétion excessive.

Elizabeth avait en elle la vraie grandeur d'âme. Elle accepta ces marques de générosité dans le même sentiment qu'on les lui offrait; ne se sentant ni mortifiée des dons d'une amitié aussi délicate que libérale , ni gênée par le poids d'une reconnaissance douce à son cœur. Toutefois, son énergie naturelle et les ressources de son esprit lui commandaient impérieusement de se suiFire à elle-même. Elle prit conseil de ceux qui lui portaient intérêt, songea résolument à ce qu'elle pouvait faire, et ne trouva rien de mieux que d'ouvrir une petite école dans un des faubourgs de la ville.

C'était pour elle , en effet , le moyen le plus prompt et le mieux à sa portée , de tirer parti des seuls biens qui lui restaient: son instruction, son intelligence, son activité. Sa décision était prise, ses plans sagement combinés pour exécuter son projet. Au moment où elle croyait ouvrir son école, divers obstacles survinrent qui réduisirent à néant ce qu'elle pensait avoir préparé si bien. Ce contre-temps la plongea dans un embarras extrême. Antonio Filicchi , M. de Cheverus, M. O'Brien et quelques amis comme eux , se tourmentaient de la voir livrée aux difficultés du présent et à l'obscurité de l'avenir. Elle , pénétrée des joies de sa conversion, s'étonnait de se trouver forte et paisible.

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f^n présrnce d'une situation qu'au point de vu« humain on eût a[)pelé»3 désolante. Elle écrivait à Antonio Fillicchi le 6 avril :

« Vous m'avez amenée, mon cher Antonio, à la possession d'un bonheur qui ne souffre pas qu'on le décrive, et qui s'accroît avec chaque jour, je devrais plutôt dire, avec chaque instant. La paix qui remplit mon âme m'apporte une force, une résolution supérieure à tout ce qu'une créature si frêle auiaif pu croire possible.

« Le projet, si longtemps débattu, est abandonné; et voici que je suis tourmentée pour louer une autre maison, et excédée de mes combinaisons sur ce que je pourrais faire maintenant pour le mieux. Assurément les pensées affligeantes que ma situation me suggère, accableraient mes esprits, s'ils n'étaient soutenus et si pleinement occupés par les consolations intérieures. Au milieu de toutes les diverses remarques et conversations de ces bonnes dames, aussi bien que de A^*", mon cœur, libre de tout souci, redouble de prières et se prépare pour recevoir le cher Maître. Ce matin , après une demi-heure de consolant épanchement avec -NLO'B... \ je l'ai reçu, Lm'yet si heureuse !si reconnaisrante , si joyeuse ! et me sentant si vivement comblée de ses bénédictions ! Ne pensez pas que vous ayez été oublié à cette heure, très-cher Antonio. Non, mon âme n'a pas de vœux plus ardents que ceux qu'elle forme pour votre véritable bonheur. En vérité, en pourrait -il être autrement, alors que chacune de < M. Matthcw OBrion.

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mes joies nie rappelle le souvenir de re que je tit'iis de vou^^.

« J'ai fait connaissance avec votre M. Morris, qui s'est informé de vous très-aimablement. Il m'a invitée, moi avec mes enfants, à m'asseoir à la place qu'il occupe dans l'église. Mes garçons sont fous de joie sitôt qu'ils peuvent apercevoir la croix de Saint-Pierre. William s'en va me demandant toujours à être un des petits prêtres; il veut dire un de ces petits qui servent la messe. — «J'aimerais mieux être l'un d'eux, maman , que d'être le plus riche seigneur de toute la terre. « — Vraiment, c'est pour moi une joie si grande quand je les vois faisant eux-mêmes le signe de la croix et se mettant à genoux si dévotement!

« J'espère, cher Antonio, que vous recueillez pleinement les grâces de cette semaine ^ Mes pensées se tournent involontairement vers la description si intéressante que vous m'avez faite de M. de Cheverus, et de la manière dont il donne ses instructions. Ici, pour i^oùter une complète satisfaction, il faut vraiment être doué d'un esprit supérieur à tout ce qui vient du dehors. Nous avons eu un étranger qui a officié la semaine dernière ; et assurément nous n'y avons pas gagné. J'ai été obligée d'avoir mes yeux toujours fixés suiniun livre, même lorsque je ne m'en servais pas... Mais, qu'importent toutes ces choses ! elles ne sont que secondaires, ainsi que votre chère éloquence me l'a enseigné. Mais ceci est ma faiblesse, de m'en sentir par trop impressionnée! Cependant mon âme, pleine de

1 La semaine sainte.

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gratitude , reconnaît que son cher Maitie m'a donné ce que je considère comme le bonheur le plus comph-l dont elle puisse jouir sur cette terre ; et de plus en plus, elle se réjouit, elle se glorifie de cet échange qu'elle a fait Que Dieu vous bénisse , vous bénisse , cher Antonio, pour la part que vous avez eue en tout ceci. »

LA MÊME Al! MÊME

15 avril 1805.

« Voici quinze jours écoulés, cher Antonio, et je n'ai pas encore eu le bonheur de savoir si vous êtes arrivé sain et sauf à Philadelphie.... Patience.... Ma j)ensée devance l'heure prochaine où je ne vous verrai plus, où je n'apprendrai plus rien de vous, si ce n'est une ou deux fois par an, peut-être !... La nature ne saurait s'arrêter à cette pensée, et l'âme qui la repousse s'envole bien loin vers ce doux jardin du paradis, où vous avez promis d'appeler votre chère sœur, si vous y êtes reçu le premier ; c'est là qu'elle goûtera pour toujours la douceur de votre présence bienainiée...

« Samedi dernier, j'ai eu une conversation très- [)énible, la dernière conversation que j'aurai certaijiement avec M. Hobart. J'en ai été surabondamment dédommagée par mon cher Maître, à la communion, dimanche matin. J'ai senti ma foi plus affermie , plus décidée , s'il est possible , que si elle n'avait pas subi cette attaque. M™' Duplex fait de grands progrès. Il n'est pas de jour (|ue l'une ou l'autre de ces bonnes

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dames ne vienne près d'elle répandra des larmes sur la pauvre égarée M"* Selon. A chaque fois, elle leur répond que pour sa part elle est très-heureuse de voir que quelque chose en ce monde ait pu m'apporter force et consolation.

« Pour moi, à n'importe qui essaie d'entamer ce sujet, je dis dès le premier abord, avec un air froid et résolu, que le temps de la discussion et des longs raisonnements est passé; et qu'après avoir reçu de la générosité de mon Dieu le don d'une conviction si puissante, je ne serai pas si ingrate que de m'entretenir un seul inslant sur un sujet qui, certainement, serait une offense envers lui. »

ELIZABETH A AMABILIA FILICCHI

16 avril 1805.

M Vous attendez sans doute depuis longtemps une réponse à votre dernière lettre; mais j'écris par la première occasion que m'indique votre Antonio. D'après ce qu'il me dit , il y a des mois qu'une telle occasion ne s'était présentée. Depuis que je vous ai quittée, chère Amabilia, ce que mon cœur a enduré d'angoisses et de combats j une âme heureuse et aussi élevée qu'esl la vôtre ne saurait s'en faire une idée. Maintenant tout cela est passé , le lourd nuage a fait place aux brillants rayons du soleil de la paix; mon âme est aussi libre, aussi heureuse qu'elle avait été accablée et désolée. Dieu a été bon envers moi ; il a écarté toute prévention de mon esprit, toute- prévention contre la

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vraie foi, et m'a ilontié la force de tenir tête aux obstacles et aux tentations de toute nature qui me viennent du dehors.

« Ce qne vous comj>rendrez, Amahilia, sans que j'essaie de l'exprimer, c'est le bonheur (jue j'ai ressenti quand, de nouveau, il m'a été permis de m'agenouiller à l'autel de mon Dieu, et de goûter ces avantgoùts du ciel qu'il nous a préparés sur la terre. Maintenant tout m'est aisé. Pauvreté , souffrances , mécontentement de mes amis, tout me conduit à Lui, tout excite plus vivement mon âme au désir de se rapprocher de son Bien unique. Comme votre cher, charitable cœur, qui s'est élevé si souvent vers Dieu pour moi dans la prière, se réjouira maintenant! ,1e sais qu'il se réjouira, et aussi les cœurs des chères saintes de Gubbio', qui ont gardé à la pauvre étrangère un si tendre souvenir. Si je pouvais me faire comprendre d'elles, je leur demanderais d'ajouter quelques nouveaux rayons à la céleste couronne qui leur est promise, en continuant de prier Dieu pour que la récompense qu'elles ont déjà tant contribué à me faire espérer ne me soit pas ravie.

t Gubbioest une ancienne ville étrusque , dans l'Ombrie. Los Filicclii. qui appartenaient à la noblesse de cette ville, y avaient établi leur résidence depuis le commencement du siècle dernier. Le lieu de leur origine est Pietra-Lunga, à sept milles de Oubbio : là se trouve un château que possède encore la famille.

Les saintes personnes dont Elizabeth parle ici sont la pieuse mère et les trois sœurs de MM. Filicchi. Deux de ces dernières étaient religieuses. Klizabeth avait une grande confiance en leurs prières, surtout aux prières de l'une d'elles, Gamilla, qui vivait toute en Dieu, et qui avait pris le plus vif intérêt à sa conversion. Aucune de ces dames ne comprenait l'anglais, et Elizabeth parlait à peine l'italien.

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« Votre Antooio est toujours à Philadelphie. Uh! «jiie vous seriez heureuse si vous pouviez le voir, si bien, si beau, et si heureux d'avoir reçu votre doux portrait. C'est à peine s'il voulait souffrir qu'un autre que lui y touchât. L'expression de la physionomie est tout à fait celle que vous avez dû souhaiter! tendre et triste, comme si vous gémissiez de votre séparation... Lui, il la trouve ainsi, et il parle si tendrement à ce portrait ! Il semble que ce soit vous qui êtes là devant lui. Il parle aussi, comme s'il l'avait quitté seulement d'hier, de son Patrizio , de ses moindres mouvements, de ses jeux, de toutes ses petites façons si aimables et si amusantes. Moi, je vois toujours votre Giorgino^ avec ses chers petits bras qu'il tend vers moi , et ses doux gentils sourires. Oh ! s'il m'était jamais donné de le tenir encore contre mon cœur, comme je serais heureuse ! Mais ce bonheur, avec tant d'autres désirs et souhaits, je ne l'attends que du paradis ; je ne le verrai jamais s'accomplir ici , selon toute apparence humaine. Je puis du moins penser à vous tous, à vos chères filles, et à vous, chère Amabilia. Votre bonté, dont j'ai reçu tant de marques si peu méritées, il n'y a que Dieu seul qui puisse la récompenser. Nous avons bien sujet de le bénir d'avoir préservé notre Antonio de la fièvre, dans chacune de ces deux villes-. Il est en parfaite santé. Bien sur il vous l'aura dit; car il parle de cela comme d'un bien-

1 Giorgio Filicchi, le second fils d'Antonio et d' Amabilia, né en 1803, mort en 1837.

2 La fièvre jaune, qui sévissait à la fois à New- York et à Philadelphie. Il est question de ce fléau dans presque toutes les letues écrites à cette époque par Elizabeth.

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fait sif^rialé (Uî la Providence. Ah! de quelle àine reconnaissante je Tadorerai, cette Providence divine, quand je le saurai rendu sain et saut" auprès de vous.

« Embrassez pour moi vos chéris, des milliers de fois. La petite Anna se fortifie beaucoup; elle parle de Livourne avec bonheur, et de vos chères filles, comme si elle venait de les voir. Quand Antonio lui a montré votre portrait, elle en a été dans le ravissement. Elle me disait après : « Oh! maman, j'aurais tant voulu le tenir dans mes mains et l'embrasser ! «

« Chère, chère Amabilia, que toutes les bénédictions du Seigneur tout- puissant soient répandues sur vous. »

Une amie comme Amabilia Filicchi ! avec elle , on pense tout haut, on lui ouvre son cœur, on trouve en elle à la fois tendre affection et sympathie. Une amie comme celle-là, il n'en était plus pour Elizabefh en son pays, depuis le jour de sa conversion. Ceux qui semblaient l'aimer davantage autrefois avaient cessé de la voir; on eût dit qu'un abîme s'était ouvert entre elle et eux. Une amitié cependant lui demeura. M'"" Duplex, dévouée à ses affections, calme et maîtresse de sa raison au milieu de l'emportement général , continua de la rechercher, s'occupa d'elle, el fit de son mieux pour l'aider à se créer une situation moins embarrassée. Elle y réussit. En peu de temps, elle trouva une combinaison qui ne s'écartait pas des premiers projets qu'avait eus Elizabeth. U s'agissait pour elle cette fois, non plus de monter une école à elle seule, mais de devenir assistante et associée dans la direction d'un semblable

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élablissement. Avant de rien entreprendre , Elizabeth consulta Antonio Filicchi :

« Un Anglais, M. White, homme bien éle%'é, d'un caractère des plus respectables, et un savant achevé, mais qui se trouve dans une position de fortune très-réduite, veut essayer de fonder une école pour des jeunes filles, et peut-être aussi pour déjeunes garçons, avec sa femme qui le seconderait. Il a vu mes enfants, ft il s'est pris d'intérêt pour eux. Il a offert de s'occuper de leur éducation et de me recevoir pour l'assister dans le soin de son école, dans le cas où il réussirait. Il y a tout à croire qu'il réussira, car il est bien recommandé, et l'on a grand besoin d'avoir une école telle qu'il se propose de l'établir. Pour moi, j'aurais là une bonne perspective pour l'éducation de mes garçons, et ma conscience se calmerait si je trouvais à m'employer afin de pourvoir, pour si peu encore que ce fut, à notre entretien. Mon Anna pourrait aussi recevoir plus d'instruction que moi je ne puis lui en donner. Mais de même que, dans une maladie, je tourne volontiers mes yeux vers Dieu , attendant de lui que tout remède essayé contre le mal ait quelque succès : ainsi maintenant, mon esprit [)rend la proposition qui lui a été faite de ce plan avec beaucoup de calme, n'ayant d'espoir qu'il puisse réussir, que si vous y donnez votre approbation. »

Antonio Filicchi donna son complet assentiment à ce plan que lui soumettait Elizabeth. Ce qui lui en plaisait par -dessus tout, c'est que M. et M™^ White étaient bons catholiques tous les deux. Tout au contentement que ceci lui donnait, il ne s'etfraya pas

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trop du désavantage qui attendait au milieu des prot<'stauts une école établie et dirigée par di-s papistes. A la date du 6 mai, Elizabeth lui écrivait :

« Lorsque vous viendrez ici, Tonino, vous trouverez votre petite sœur installée dans une gentille , confortable maison; c'est là que l'école en question sera établie. Les événements de mon histoire , ces jours derniers, assurément, vous étonneraient. Sitôt que la nouvelle a couru que j'allais monter une école sur le plan que je vous ai dit, notre monde d'ici , avec sa gêné rosité accoutumée, a immédiatement affirmé que comme M. et M""^ White sont des catholiques romains, M"'* Setou s'était réunie à eux sans aucun doute , afiu de [)ro- }>ager les principes de sa nouvelle religion. Aussitôt le pauvre M. H"*, dans l'ardeur de son zèle, courut chez le ministre qui avait délivré un brevet de capacité à M. White, afin de lui reprocher l'imprudence qu'il avait commise; et, d'autre part, il fit sentir à tous ceux qui vinrent lui parler à ce sujet, quelles (Conséquences dangereuses un pareil établissement pourrait avoir. Apprenant ces bruits, et comprenant qu'ils étaient de nature à faire échouer totalement mon projet, la bonne M"'' Sadler et M""^ Duplex se rendirent chez ceux qui avaient crié le plus fort, et répétèrent que M""^ Setou , loin de vouloir jeter la discorde entre des parents et leurs enfants , n'avait d'autre intention que de demeurer en paix avec tout le monde, et de se procurer le pain de sa famille, etc. etc. M. 11*** fut assez bon pour dire qu'après cette explication, il emploierait son influence en faveur de notre école. —

M. O'Brien m'a assurée de son intérêt. Il m'a autorisée à dire en conscience que mes principes étaient séparés de mes devoirs dans le cas présent. Excepté, cependant , s'il arrivait qu'on fît appel à mes principes, — Et ceci est la vérité, mon frère. — Patience... Si je réussis, je bénirai Dieu. Si je ne réussis pas, je bénirai Uieu; parce qu'alors cela sera bon que je n'aie pas réussi. »

LA MÊME AU MÊME

1" juin 1805.

« Je soupire après votre retour ici. Vous trouverez mon établissement, à peine commencé. .l'ai cependant reçu quelques jeunes personnes qui sont confiées à mes soins immédiats jusqu'au retour de M. White, qui est en ce moment à Albany pour des affaires de famille. M"' Livingston et Miss Ludlow m'ont fait hier une bonne visite. Je crois qu'un des motifs qui les amenaient était de savoir si réellement j'étais résolue à ne pas me mêler des principes religieux des enfants qui me sont confiés. Je leur ai dit tout simplement que, quand même je n'eusse pas pris conseil de mon directeur à ce sujet; quand même je n'eu.sse pas bien senti que je ne devais pas me considérer comme une institutrice des âmes : du moment que des parents s'en seraient remis à moi du soin de leurs enfants, aucune considération n'aurait eu puissance pour me contraindre à payer leur confiance d'ingratitude. — Dans le cours de la conversation. M'"* L*** me dit que généralement on ne redoutait nullement de fréquenter des personnes

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qui , ponr toute religion , ne professaient que le pur déisme ; mais que la seule pensée de fréquenter une catholique faisait horreur. Miss L"* me cita [)lusieurs choses fort niaises à propos de miss Lynch, qui, disait-elle, se vantait d'avoir obtenu pleine absolution de ses péchés, rien qu'en répétant soixante-huit fois la même prière. — Je fis appel à son bon sens; et après, pour en finir, je les priai qu'il ne fût plus question de ces sujets -là entre nous; ces conversations en l'air produisent si rarement bon effet ! Mon frère , mon cher frère, priez Dieu [)Our moi, afin qu'il me fasse arriver, à travers leurs ronces et leurs épines, jusqu'à son royaume de repos et de paix. Que sa bénédiction demeure à jamais sur vous !»

Saint Paul disait : Je trouve deux hofhmes en moi. Souvenons-nous de son gémissement, et gardons-nous d'être surpris de ce qu'on ne saurait taire ici sans manquer à la sincérité qui doit accompagner le récit d'une vie si belle. La grande âme d'Elizabeth, capable des plus nobles sacrifices, se sentit quelquefois atteinte par un reste <le fierté naturelle , avouons-le, par une sorte de vanité et de petitesse, qui la faisait souffrir au début de sa nouvelle existence , quand elle comparait son humble condition de directrice d'une pauvre petite école commençante , avec la position qu'elle avait eue autretrefois. Comme ceux qui ont goûté les douceurs humaines de l'indépendance et de l'existence facile, elle se sentait d'autant plus meurtrie par les gênes d'une vie étroite, remplie d'assujettissements. Mais, revenant bientôt à elle-même, demandant à la grâce de triompher des

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lâchetés de la ualure, elle s'élevait peu à peu jusqu'à la joie de sou sacrifice ; parce qu'elle y voyait à la fois le gage de sa fidélité à Dieu, et le prix de la récompense qu'elle espérait.

Ses journées commençaient par la prière et l'assistance à la sainte messe , dont elle ne se fût jamais privée sans un motif sérieux ; malgré la difficulté qu'elle trouvait à se rendre à l'église , à une distance éloignée, en toute saison, de grand matin. Sitôt qu'elle était rentrée, elle se donnait tout entière à l'éducation et à l'enseignement des enfants confiés à ses soins. Ses soirées lui appartenaient. Après la fatigue de la journée, elle regardait comme un délassement des plus doux , de réunir autour d'elle ses chers petits William et Richard avec leurs trois sœurs : a ouvrant alors son piano tout grand , » elle y laissait courir ses doigts , pendant que les enfants s'amusaient en dansant et en s'agitant, jusqu'au moment où la fatigue et le sommeil s'emparaient d'eux. Les jours où elle les trouvait disposés à des jeux moins bruyants , elle les réunissait autour d'elle , leur faisait chanter quelques chants, y mêlait sa voix, et leur enseignait de pieuses harmonies. C'était là son unique récréation. Du reî.te, elle vivait entièrement retirée , étrangère au mouvement du dehors , ne connaissant plus guère d'autre chemin que celui qui la menait à l'église.

Pour elle , cet esprit de retraite et de piété fut le trésor qui compensa largement ce qu'elle avait abandonné , le jour où elle avait arrêté son choix entre Dieu et les avantages terrestres. Sa fidélité à la grâce ne cessant de lui attirer de plus abondantes faveurs.

(.IIAI'ITIU': l\ y-il

chaque jour ajoutait à la paix <lont elle jouissait. La communion fréquente était pour elle une source inépuisable de consolation et d'^ force. «Qu'elle est douce la présence de Jésus, disait-elle, qu'elle est consolante pour l'àme accablée et impatiente! H y a en elle une paix à laquelle on ne résiste pas , et un baume pour toutes les blessures : ô céleste bonheur ! ô délices au delà de toute expression ! »

« Qui sera mon refuge maintenant? c'est Jésus!... Jésus, que je trouve partout... jusque dans l'air que je respire! Oui, partout, mais surtout dans son Sacrement , sur Tautel où il est actuellement et réellement présent, comme mon âme l'est à mon corps; et aussi, dans son sacrifice , offert chaque jour en mémoire du sacrifice qui a été offert réellement sur le Calvaire. Miséricordieux Sauveur, est -il rien qui soit comparable à notre bonheur et à vos bienfaits? Augmentez ma foi, perfectionnez -la, et co-uronnez-la toujours par le don de vous-même, ce plus cher, ce plus précieux de tous vos dons! Après m'avoir sauvée du précipice et portée entre vos bras à votre bercail, gardez- moi dans vos délicieux pâturages, et conduisez-moi vers votre demeure éternelle, y

« Jésus est donc là, nous pouvons aller à lui, le recevoir, il nous appartient ! Notre esprit se plongerait dans la contemplation de ce mystère, il chercherait à l'approfondir pendant toute l'éternité , que jamais nous ne pourrions le saisir, si ce n'est par la foi... 11 est là, 6 pensée céleste! vérité certaine! De même

que le pain matériel apaise ma faim, ce pain des anges apaise mes peines, calme mes soucis, ranime, réjouit, fait rayonner de bonheur et renouvelle tout mon être.

« Je vous possède , Dieu de miséricorde , le plus compatissant, le plus tendre, le plus aimé de tous les amis! Toutes mes afifeclions naturelles, absorbées en vous , perfectionnées et purifiées par votre amour, en deviennent encore plus actives! Silence, mon âme : ces choses ne peuvent s'exprimer. Le langage des anges eux-mêmes ne saurait dire quels trésors de paix et de contentement délicieux se trouvent en Lui.

« Disons sans cesse son nom d'amour, comme un ravissant murmure. Il nous préservera d'entendre les bruits discordants qui se font autour de nous. Le reste ne se peut exprimer... L'harmonie du ciel semble commencer pour nous dans le silence de tout ce qui est du monde, alors que nous disons et redisons encore : « Jésus , Jésus , Jésus ! »

« Hélas! hélas! pour tous ceux qui prononcent ce nom adorable , mais qui vont appeler Jésus là où il ne demeure pas ! Malheureux ! qui s'en vont le demandant au loin , et qui ne le cherchent pas là où il réside, sur son saint autel.

« Qui de nous, s'il a goûté, ne fût- ce qu'une fois, combien le Seigneur est doux dans son Sacrement et dans son véritable sanctuaire •; qui de nous , s'il a trouvé le pain qui alimente son âme , la force qui soutient son travail, l'hostie de sa propitiation et de ses actions de grâces , son espérance , son refuge ,

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pourrait penser sans angoisse à ce culte dépouillé, dépourvu de consolation, auquel sont réduits ceux qui ne connaissent pas le trésor de notre foi? Triste culte, fondé sur des mots dont ils n'ont rien pris que l'ombre , tandis que nous jouissons de la substance adorable, dans le plus intime dé nos cœurs! Culte vide, glacé, surtout quand on le compare avec les délices de notre oblation de chaque jour, dans laquelle Jésus intercède pour nous ! »

« 0 mon âme, lorsque la nature infirme succombe; lorsque nous sommes lasse de nous-même, affaiblie de tous côtés, découragée par des rechutes continuelles, accablée de soucis et de tristesse , venons tout mettre à ses pieds, avec suavité et douceur. Réconciliée, encouragée par celui qui le représente sur la terre , tremblante toutefois, et pénétrée du sentiment de nos imparfaites dispositions, approchons - nous de la source de toute grâce ! A peine notre cœur dilaté aurat-il reçu l'objet de son ardent désir, que, ravie en son amour, couverte de sa justice, nous serons transformée en lui... Adoration, gratitude, amour, joie, paix, contentement céleste!... Seigneur, Dieu d'inexprimable miséricorde, agréez l'effusion de ces sentiments qui débordent de mon cœur. Agréez-les, bien qu'ils vous soient offerts parla plus misérable, la plus désolée , mais en même temps la plus heureuse de vos pauvres créatures, exilées et pécheresses. »

^60 KLIZABETH SETO.N

ELIZABETH A ANTOiMO FILICCHI.

9 septembre 1805.

« La dernière lettre que je vous écrivais a été interrompue, parce que j'étais appelée auprès de ma pauvre belle-mère, M""^ Bayley ', pour assister à ses derniers moments. J'ai été retenue à la ville pendant quelques jours. Vraiment, mon cher Antonio, j'ai bien sujet de vous aimer et d'élever mes mains vers Dieu pour vous, à toute heure du jour, quand je pense qu'il vous a choisi pour être le vrai ami de mon âme, qui Ta conduite à la lumière de la foi bénie ! Quand je vois ces pauvres âmes qui meurent sans sacrement, sans prières, livrées à leur dernier moment aux assauts de la nature défaillante, privées des célestes consolations dont notre Dieu tout-puissant nous a pourvus si abondamment, je sens, tandis que mou cœur déborde de douleur pour elles, je sens une joie trop grande pour être exprimée, à la pensée du sort si différent que nous avons devant les yeux pour cette même heure par la divine miséricorde et la bonté de notre Dieu.

« Sur ce sujet, je pourrais remplir des pages sans nombre, et cependant jamais je n'exprimerais ce qui est dans mon cœur.

ce La lièvre jaune a fait une nouvelle apparition ici, et sous une forme si maligne, que la ville est presque

» Charlotte- Amelia Barclay, que le père d'Elizabeth, Richard Bayley, avait épousée en secondes noces. Mariée en 1778, elle avait eu sept enfants, et était devenue veuve en 1801.

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évacuée. Que Dieu nous soit miséricordieux. Oh ! comme je lui rends grâces de votre absence si au loin; car Philadelphie étant dans la même situation, vous n'auriez jamais pu choisir un meilleur moment pour votre voyage à Montréal. Sans aucun doute, le même bon ange qui vous a conduit là- bas continuera de vous protéger; mon âme le lui demande de toutes ses forces. — M. O'Brien a été très-dangereusement malade; mais le voilà guéri. Il parle de vous avec une parfaite vénération, et demande avec le plus affectueux intérêt de vos nouvelles. Cher, cher Antonio, prenez soin de vous, pensez à tous ceux qui vous aiment et vous apprécient, sans oublier les chers et si puissants liens de la nature, qui vous réclament plus tendrement encore. »

LA MÊME AU MÊME

2 octobre 1805.

« Ma conscience me reproche réellement, mon cher Antonio, de ne vous avoir pas encore écrit à Boston, comme vous me l'aviez demandé. Pour vous dire la pure vérité , j'ai été si occupée à préparer des vêtements d'hiver pour mes enfants , que l'heure que je voulais employer à écrire au meilleur des frères a toujours été prise d'une manière ou d'une autre, .le reste pourtant à l'ouvrage jusqu'à minuit, et quelquefois jusqu'à une heure du malin. C'est vraiment une grande occupation que de raccommoder et retourner ces vieilleries du mieux qu'on peut , pour en faire quelque chose de bon ;

et avec cela , continuer d'enseigner à ces petits ce qu'ils sont en état d'apprendre, pendant qu'on les a au bout de son coude, tout le long du jour. Vous m'en croirez , si je vous dis qu'au milieu de ce tracas il est plus facile de prie?' que à' écrire. Si je vous raconte tout cela, c'est que je voudrais vous empêcher de me gronder, comme je sais que je le mérite. Il faut que vous ayez pitié de moi, cher Antonio: pensez que votre pauvre petite sœur est toujours sur le pied de (juerre. Votre mécontentement la désolerait.

« Dites-moi plutôt que vous êtes heureux, que les chers amis dont la société et l'affection vous plaisent tant, vont bien, et que vous sentez avec gratitude combien Dieu a été bon pour vous, en épargnant la ville où vous êtes, tandis que la nôtre est dans la désolation '. Que de fois je Lui ai rendu grâces de ce que vous n'êtes pas ici, et de ce que vous nous avez quittés avant la première surprise de la maladie. La visite qu'elle nous a faite était si peu attendue! mon cher Tonino aurait pu être retenu un jour de trop ! Les chers anges que j'ai fêtés aujourd'hui dans mon pauvre cœur, du mieux que j'ai pu, se sont hâtés de vous faire partir. Us vous conserveront sain et sauf, j'en ai la confiance. Ils sont toujours avec nous, au milieu des dangers qu'un chrétien rencontre partout ; surtout un chrétien qui combat comme vous , pour être bon. Mes chers petits, matin et soir, lèvent leurs mains vers Dieu pour le cher Antonio ; ils demandent que la grâce

1 La fièvre jaune continuait de sévir à New-York. Elizabeth en était partie, elle et ses enfants; plie se trouvait ;\ ce moment à Striten- Islan.l.

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