‹ Elizabeth Seton et les commencements de l'église catholique aux États-Unis (volume 2)Chapitre 3 sur 94 · IV · texte numérisé non relu

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puisé. C'est là que notre admiration a été chercher les traits de dévouement, de persévérance et d'abnégation qui seront l'éloquence de ce récit , si Dieu permet qu'il serve à faire mieux aimer sa vraie religion et sa vraie Eglise. Pour atteindre ce cher objet, quelque exemple encore que nous ayons pu choisir , quelque voix que nous ayons fait entendre , nous croyons que rien n'aura la puissance des pages oij nous n'avons eu qu'à traduire Elizabeth Seton ellemême.

Paris . février 1 868.

Ce ne serait pas assez pour nous , si dans la vie d'Elizabeth Seton on voulait voir seulement la touchante étude d'une âme qui fut ouverte à toutes les tendresses, et qui connut toutes les douleurs. Nos désirs vont plus haut, et nous osons demander à l'attendrissement qui pourra naitre de ce récit, qu'il donne des fruits de force et de sainte émulation.

Avant d'abandonner les ombres de l'erreur pour les clartés de la foi, Elizabeth Seton rencontra d'immenses obstacles sur son chemin: le courroux de sa famille, l'abandon de ses proches, l'anéantissement de sa fortune, la ruine de ses légitimes ambitions pour l'avenir de ses enfants, la perte de ses droits et des leurs, au sein d'un pays protestant qui concédait à peine à ses fils catholiques le droit de vivre.

Un cœur moins ferme que le sien eût défailli devant ces obstacles; mais elle : a Je ne regarde ni en avant ni en arrière, disait-elle: je regarde en haut. » Paroles héroïques dans la bouche d'Elizabeth. Elle les disait avec

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simplicité. C'est à nous de. les recueillir : bientôt l'histoire de sa vie nous en montrera la grandeur.- Les traverses de toute nature qui éprouvèrent sa constance furent le prix des grâces de sa conversion. Jamais ce prix ne lui sembla trop cher. Blâmée, persécutée, mise, à vrai dire, hors la loi, elle bénit Dieu: elle est catholique.

Mais quand l'aurore de Témancipation brillait encore aux États-Unis, quand le souffle de la liberté y remuait tant de cœurs généreux, comment le droit de la conscience, le droit le plus saint, pouvait-il être ainsi méconnu ? Nous essaierons maintenant d'expliquer cette contradiction et cette injustice. Elle se produisait dans un temps bien voisin de nous; toutefois nous y croirions difficilement, si nous n'étudiions d'abord la situation que l'oppression protestante fît, durant près de deux siècles, à l'Église catholique dans les colonies anglaises de l'Amérique du Nord.

La Virginie et la Nouvelle- Angle terre ont été le noyau des États-Unis. Les diverses colonies qui successivement prirent des noms particuliers et se constituèrent en provinces diclinctes, sont comme autant de fragments détachés de ces deux colonies mères. Si nous réussissons à donner une idée des principes qui , dès l'origine, ont fait loi dans la contrée qu'on désigne sous le nom de Nouvelle-Angleterre \ ou, sans nous étendre si loin, dans la seule colonie du Massachusetts, dont la principale cité, Boston, a toujours exercé sur

1 c'est tout le pays situé à l'est de New-York; il comprend les six États de Maine, Vermout, New-Hampshire, Massachusetts, Rhode- Islaud , Connecticut.

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l'opinion et sur les mœurs des autres Ktatsun*,' influence irrésistible, nous aurons atteint notre but, et nous n'ajouterons presque rien quand nous parlerons des autres colonies de l'Amérique du Nord. En effet, les principes religieux, sociaux, politiques du Massachusetts, après avoir rayonné sur les {)ays voisins, ont gagné de proche en proche les États les plus éloignés; jusqu'au jour où ils ont fini, si l'on peut s'exprimer ainsi, par pénétrer l'Union américaine tout entière ^

La terre qui reçut d'abord le nom de New-Plymoulh est la plus ancienne des colonies de la Nouvelle-Angleterre; bientôt incorporée danç le Massachusetts, elle devint partie intégrante de ce dernier État. New-Plymoulh dut son origine aux guerres de religion et aux malheurs de l'Europe. Le premier vaisseau qui aborda, en 1626, ses rivages déserts, portait cent vingt éraigrants accompagnés de leurs femmes et de leurs enfants, qui s'arrachaient à leurs foyers et s'exposaient aux misères de l'exil , pour chercher une terre si abandonnée du monde qu'il fût permis d'y vivre à sa manière et d'y prier Dieu en liberté. Ces émigrants , ou, comme ils s'appelaient eux-mêmes, ces pèlerins, fuyaient la persécution de l'Église anglicane, instituée par Henri YIII, d'après les doctrines de Luther et de Calvin.

L'Église anglicane rejette la suprématie du Pape , pour conférer un immense pouvoir à la couronne d'Angleterre. Les prérogatives qu'elle accorde à la royauté dépassent de bien loin le pouvoir que le Pape exerce sur les iidèles enfants qui reconnaissent son autorité

1 Voir A. de Tocqiievillt' , De In Ih-mocriitic "ji Antériqun.

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paternelle. En pleine contradiction sur ce point avec ses propres principes à l'égard de l'indépendance individuelle, elle dément d'une manière encore plus flagrante ses principes sur la liberté d'examen, par l'intolérance dont elle use envers les dissidents des sectes protestantes.

Tout est confusion et contradiction au sein de l'erreur : cette Église anglicane, séparée de l'Église catholique romaine sur les points de discipline et sur les articles du dogme les plus essentiels, a conservé des traces nombreuses de l'ancien culte; elle en admet certaines formes traditionnelles, les signes, les pompes extérieures : ainsi , le signe de la croix dans le baptême, l'anneau dans le mariage; elle approuve qu'on s'agenouille au sacrement de communion , quand elle célèbre ce qu'elle appelle la Cène du Seigneur; elle demande qu'on s'incline au nom de Jésris; elle a sa hiérarchie qui rappelle la nôtre, ses archevêques, ses évêques, ses vicaires, ses chanoines, etc. Le plan de la religion anglicane, tel qu'on le trouve exposé dans le livre authentique dédié au roi Georges II, nous montre ce culte qui solennise un grand nombre de fêtes que nous célébrons dans l'Église catholique : ainsi, la Pentecôte, la Trinité, tous les Dimanches de l'année, l'Epiphanie, l'Annonciation, Noël, la Toussaint, les fêtes des apôtres, des évangélistes, celles de saint Etienne et des saints Innocents. On y remarque avec surprise , quand on sait combien l'usage a prévalu contre la règle, que l'observance du carême est recommandée, ainsi que la loi du jeune pour les vigiles, la prescription de l'abstinence des vendredis et des samedis, celle des

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