‹ Elizabeth Seton et les commencements de l'église catholique aux États-Unis (volume 2)Chapitre 4 sur 94 · I.MU(H)I (.MON · texte numérisé non relu

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quatie-temps et des Rogations. Même analogie relativement aux prières de la liturgie : l'Église anglicane conserve l'ollice ecclésiastique du matin et du soir, les cantiques, les leçons, la confession générale des péchés et l'absolution, la doxologie, les Alléluia, le Te Deum, etc. Dans TofTice des morts, elle demande à Dieu de ne pas livrer le pécheur aux supplices éternels; elle supplie sa miséricorde d'accorder aux fidèles défunts le repos de l'âme et du corps.

A côté des réformateurs qui instituèrent l'Église anglicane , et qui s'arrêtèrent dans leurs réformes , on ne sait pourquoi , à moitié chemin , il y eut dès les commencements des sectaires ardents, àe,?, puritains , qui virent avec horreur ce que la soi-disaut réforme conservait des anciennes cérémonies et de la hiérarchie primitive. Leur mécontentement s'exprima bruyamment, et provoqua contre eux une répression implacable. Plusieurs d'entre eux furent mis à mort. Le plus grand nombre , parmi ceux qu'on épargna , recoururent à l'exil; ils se réfugièrent en Suisse, d'où ils ne revinrent que sous le règne d'Elisabeth, entêtés dans leurs opinions, et imbus des principes rigoureux qui prévalaient alors à Baie et à Genève.

Elisabeth d'Angleterre professait les opinions politiques de son père. Comme Henri VIIl, ce qu'elle voulait, c'était être pape dans ses Ltats. Tout en repoussant les catholiques, elle aimait leur discipline, la pompe de leurs cérémonies et l'éclat de leur culte; d'autre part, les nouveaux sectaires lui apparaissaient comme des rebelles à son autorité. Le premier acte que le parlement rendit sous son règne déclara la supré-

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iiiatie de la couronne en matière religieuse, et établit l'uniformité de liturgie. Le nombre de ceux qui résistèrent à l'uniformité, les non -conformistes, c'est ainsi qu'on les appelait, fut bientôt si grand, que les tribunaux ordinaires devinrent impuissants à poursuivre et à punir cîeux que la loi voulait atteindre. La reine créa une cour spéciale , sous le nom de baute commission pour les affaires ecclésiastiques. Tout individu qui, pendant un mois, s'était absenté de l'église anglicane était condamné à l'emprisonnement et à l'amende. La récidive entraînait le bannissement à perpétuité ; et si le coupable reparaissait dans le royaume, il encourait la peine de mort.

Jusqu'alors, les puritains n'avaient point eu le projet de se séparer de l'Église anglicane; mais, se voyant rejetés de son sein, ils devinrent hautement ses adversaires. Les moins violents d'entre eux se rangèrent sous les lois de l'Église presbytérienne, laquelle ne reconnaissait d'autre autorité ecclésiastique que celle qu'elle [)laçait elle-même dans les assemblées de ses ministres, réunis en presbytère ou consistoire Les autres, plus excessifs, repoussèrent cette subordination à un consistoire , estimant qu'elle était incompatible avec la liberté telle qu'ils l'entendaient. Ils adoptèrent une doctrine qui enseignait que toute société de chrétiens unis pour rendre un culte à Dieu constituait une Eglise indépendante de toute autre société , et investie du droit d'exercer une juridiction complète dans ses propres affaires. Selon eux, la prêtrise ne constituait point un ordre distinct dans l'Église, et ne conférait point un caitictère indélébile; le prêtre, simple prédi-

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caleiir de la parole, revêtu de la seule autorité «Ih son éloquence et du mérite qu'on lui attribuait, était élu par 5^5 frères, moyennant l'imposition de leurs mains; de même, il pouvait être réduit au rang de simple membre de l'Kglise, en vertu de la même autorité.

L'Église établie d'Angleterre redoubla de violence envers les puritains: la persécution ne fit qu'accroître leur nombre et leur force. Vers l'année 1607, une centaine d'entre eux passèrent en Hollande; ils y furent accueillis, mais ils désertèrent bientôt ce pays, parce qu'ils n'y faisaient point de prosélytes. Ce fut alors qu'une pétition en leur faveur fut adressée au roi .lacques 1". Ce souverain, ne voulant pas les recevoir dans ses États, promit seulement qu'il les tolérerait en Amérique, tant qu'ils y demeureraient paisibles. Les puritains, dans l'espoir qu'ils se trouveraient à l'abri des cours ecclésiastiques, à mille lieues de distance, se contentèrent de la promesse royale. Ils demandèrent une concession de terre à la société appelée compagnie de Plymouth, Bristol, etc., — l'une des deux compagnies entre lesquelles Jacques I" avait partagé les territoires que la couronne possédait dans le nouveau monde; — munis de leur titre de propriété, et pourvus d'instruments de travail, ils s'embarquèrent.

L'automne était sur son déclin, au moment où ils quittèrent les rivages de l'Europe. Maintenant ils avaient passé le vaste Océan, et ils arrivaient au but de leur voyage ; mais ils ne voyaient point d'amis pour les recevoir, point d'habitation pour leur offrir un abri. On était au milieu de l'hiver; et ceux qui connaissent le climat de l'Amérique du Nord savent combien les

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hivers y sont rudes, et quels furieux ouragans désolent alors ses côtes. Dans cette saison, il est difficile de traverser des lieux connus ; à plus forte raison, de s'établir sur des rivages nouveaux. Autour d'eux n'apparaissait qu'un désert hideux et désolé, plein d'animaux et d'hommes sauvages, dont ils ignoraient le degré de férocité et le nombre. La terre était glacée. Le sol était couvert de forêts et de buissons. Le tout avait un aspect barbare ^

Avant le retour du printemps, la moitié de ces émigrants avait succombé aux souffrances causées par les privations et par la rigueur excessive du climat. La liberté de professer leurs opinions religieuses, et de se gouverner eux-mêmes, consola les survivants des maux et des dangers qui les menaçaient de toutes parts. Même avant de débarquer, ils avaient arrêté les bases sur lesquelles ils allaient constituer leur Église et leur société politique.

Les passions religieuses, qui pendant tout le règne de Charles I" déchirèrent le royaume britannique , poussèrent chaque année vers l'Amérique du Nord de nouveaux essaims de sectaires. Empressé d'éloigner de lui des éléments de discorde et de désordre, le gouvernement anglais favorisait cette émigration, de jour en jour plus nombreuse. Indifférent, d'ailleurs, sur la destinée des émigrants, il semblait à peine s'occuper de ceux qui venaient sur le sol américain chercher un asile contre la dureté de ses lois. Les premiers réfugiés puritains avaient jeté les fondements de la colonie

I Voir lo Ni'w-Enf}lnnrVf; Mémorial, cité p.ir Alexis de Tocquevillp.

FNTRODUCTION 9

qui devint plus tard l'État de Massachusetts. En I t)2S et 1629, de nouvelles expéditions fondèrent, sur les territoires voisins, la ville de Cliarlestown et celle de Boston , qui passa bientôt pour la plus éclairée de toutes les cités de la Nouvelle-Angleterre ^

Les colons qui fondèrent Boston étaient des puritains de la règle la plus austère ; ils adoptèrent dans leur Église une doctrine dont les adeptes ont été désignés depuis sous le nom d'Indépendants. Unis en société religieuse par un traité — covenant — solennel avec Dieu, ils élurent un pasteur, un instructeur et un ancien , par l'imposition des mains des frères. Tousceux qui, ce jour, furent reçus parmi eux comme membres de l'Église signèrent leur adhésion à une profession de foi rédigée par l'instructeur, et il fut établi que personne désormais ne serait admis à leur communion avant d'avoir rendu témoignage de sa foi. Leur culte n'avait point de liturgie; il était réduit au dernier degré de simplicité.

Étrange inconséquence de la passion! ces hommes, si longtemps persécutés, devinrent des persécuteurs aussitôt qu'ils le purent. Il se trouva qu'un petit nombre d'entre eux étaient attachés aux rites de l'Église anglicane; ils les expulsèrent de leur société, et les renvoyèrent en Angleterre. Selon les constitutions qu'ils s'étaient données, le pouvoir législatif appartenait chez eux à l'assemblée générale des colons. Dès sa seconde réunion, en 1631, cetteassemblée promulgua les loisd'exclusion les plus excessives contre tous ceux qu'elle enve-

1 Voir Arnold Scheffer, Histoire de? États-Unis de l' Amérique sep- Ipntrionalc , et Edouard l-abonlayi^, Histoire des États-Unis.

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loppasoiis la (.lésigiiation générale de non-conformistes. En peu de temps, la Nouvelle-Angleterre fut peuplée par l'intolérance des colons du Massachusetts. Un de leurs pasteurs, puritain dissident, repoussé par eux, se réfugia, avec ses partisans, chez les sauvages Indiens. Bien accueilli de leurs Sachems, il fonda la colonie de Rhode-Island, qui devint bientôt florissante. D'autres essaims de bannis commencèrent les établissements de New-Hampshire et du Maine. Celui de Connecticut dut sa naissance à une émigration de colons chassés du Massachusetts par la rivalité des deux principaux ministres puritains de cette province K

Il est bien vrai, l'histoire des hommes qui ont fondé les colonies de l'Amérique du Nord est celle des persécutés qui se font persécuteurs à leur tour. Partout le fanatisme des puritains du Massachusetts trouva des imitateurs et multiplia ses victimes. Le premier article des lois du Connecticut commence ainsi : « Quiconque adorera un autre Dieu que le Seigneur sera mis à mort. « Les codes de plusieurs autres États sont rédigés d'après les mêmes principes. La petite colonie de Rhode- Island, la plus libérale des colonies de la Nouvelle- Angleterre, déclare dans sa charte que le principe de la liberté religieuse est absolument inapplicable aux Papistes. «Nul prêtre, dit la loi du Connecticut, n'est admis dans cette province. Il doit être expulsé, et mis à mort s'il revient. Tout prêtre peut être saisi par le premier venu, sans mandat d'arrêt. » Dans la colonie de Plyniouth, la proscription étend ses rigueurs aux

1 Voir Rohei'tson^ Hislory of Ameriou.

quakers : l'hospitalité qu'on pourrait leur offrir sera punie de l'amende et de la prison. Tout (|uaker qui, frappé par la loi, oserait revenir dans la province, aura, pour la première et pour la seconde fois, une oreille coupée; pour la troisième fois, il aura la langue traversée d'un fer rouge. Ces barbaries portent la date de l'année 1657.

La Virginie, colonisée sous les auspices de la couronne, au temps de la reine Elisabeth, était peuplée de protestants qui appartenaient à l'Église anglicane ou «épiscopalienne. Assurés des sympathies de la métropole, et fiers d'appartenir à l'anglicanisme, ce culte aristocratique et officiel de la Grande - Bretagne , les épiscopaux de la Virginie exercèrent contre les dissidents, et surtout contre les puritains, les mêmes violences que les puritains exerçaient contre leurs frères protestants de toutes les sectes, là où ils étaient les plus forts. Tout étranger qui débarquait sur le territoire virginien était soumis à un examen sur ses croyances religieuses : s'il refusait de reconnaître la suprématie de la couronne d'Angleterre , il avait à subir la peine du fouet, chaque jour, pendant tout le temps qu'il séjournait dans la colonie. Le juif qui mettait le pied sur ce sol asservi à des maîtres impitoyables était, par ce fait même, réduit en esclavage.

Inquisiteur jusque dans les moindres détails, l'anglicanisme se montrait cruel envers ses propres adeptes : il avait des lois qui réglaient l'assiduité aux offices de la paroisse et la participation aux cérémonies appelées sacrements; ces lois avaient pour sanction de fortes amendes, et, dans le cas de récidive, la peine du

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