‹ Elizabeth Seton et les commencements de l'église catholique aux États-Unis (volume 2)Chapitre 32 sur 94 · CII.M'IIIU'; l · texte numérisé non relu

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progrès s'est opéré lentement ; rien ne le faisait prévoir clans les premières années de ce siècle. A New-York, en ce temps là, une maison d'éducation dirigée par des catholiques ne pouvait prospérer, si parfaite qiTelle fût d'ailleurs: M. Wliite et Elizabeth eu firent l'épreuve. Leur école, qui avait semblé réussir dans les commencements, ne tarda pas à se désemplir. A la fin du mois d'octobre, elle était fermée. Des personnes qui prenaient intérêt à Elizabeth et à ses enfants, tout en déplorant ce qu'elles appelaient « l'égarement de la pauvre madame Seton », pensèrent à lui trouver dans une école protestante, auprès d'un M. Harris , la position (pie M. et M"" White ne pouvaient plus lui offrir. Le point difficile était de savoir si M. Harris voudrait premirc comme associée la nouvelle convertie. Il reçut trèsfroidement les premières demandes que l'on fit auprès de lui. On avait espéré mieux. Le mécompte qu'on éprouva retomba en mauvaise humeur sur Elizabeth. Antonio Filicchi fut le confident de ce qu'elle eut alors à souffrir : « Un me dit, lui écrit-elle, qu'il n'est pas sur que M. Harris, le maître de l'école, voudra jamais être l'associé d'une catholique, ni que des parants voudront confier à mes soins leurs enfants, afin qu'ils vivent à côté de moi ... Je me suis laissé dire toutes ces choses, et je les ai écoutées avec une humilité mêlée d'une secrète joie, d'avoir à endurer des reproches po?<r son nom; et j'ai répondu qu'après tout, je ferais telle chose honnête que ce fût, qui pourrait pourvoir à notre subsistance. »

Les pourparlers entamés dans l'intérêt d'Elizabeth , au[irès de M. Harris, se continuèrent pendant plusieurs

semaines sans aboutir à aucune fin. Ceux qui s'occupaient de les faire réussir se lassaient, se décourageaient de ces lenteurs. Racontant à Antonio les ennuis qu'elle leur donnait, leurs démarches sans résultat, les nouveaux plans qu'ils lui proposaient sans qu'elle put en attendre rien, « en un mot, dit- elle, Tonino , ils ne savent que faire de moi. Mais Dieu le sait ; et quand son bienheureux moment sera venu, nous aussi, nous le saurons. En attendant, il donne de la force à la plus faible, à la plus pauvre de ses créatures. La joie viendra dès le matin '; et maintenant ils regardent tous avec des yeux de surprise une personne dont l'impatience se pouvait à peine contenir il y a peu d'années, et qu'ils voient sourire avec calme à des difficultés d'une nature telle, que tous les peuvent comprendre et sentir. »

M. Harris finit cependant par entrer en arrangement avec Elizabeth. Non qu'il acceptât de l'avoir comme associée pour l'éducation et l'enseignement qui se donnaient chez lui; mais il fut convenu entre eux qu'elle recevrait, dans une maison louée non loin de celle qu'il occupait, un certain nombre d'enfants, élèves externes dans son école. Cet arrangement devait durer trois ans, et promettait d'assurer pour la durée de ce temps l'existence d'Elizabeth.

1 Psaume xxix.

Deux sœurs de William-Magee Selon, Henriette et Cecilia. — Attachement et admiration qu'elles éprouvent [our Elizabetli. — Maladie de Cecilia. — Elizabeth obtient la permission de la voir. — Cecilia confie à sa belle-sœur le désir qu'elle a d'embrasser la religion catholique. — Étonnemeiit d'Elizabeth, prudence de sa conduite. — Cecilia est reçue au sein de la vraie Église. — Persécution et rigueurs dont elle devient l'objet. — Chassée de la maison paternelle, elle cherche uu refuge auprès d'Elizabeth. — Lettre de M. GarroU. — Correspondance d'Elizabeth avec Antonio et Fiiippo Filicchi. — Bonheur surnaturel goûté parmi les tribulations.

Les cinq enfants orphelins qu'avait laissés William- Mageé Seton étaient encore tous en bas âge. Au moment où lui se mourait dans le lazaret de Livourne, William, Taîné de ses deux iils, atteignait seulement sa huitième année '. Nous pouvons donc dire que deux ans plus tard, à l'époque où nous voici, le véritable chef de la famille Seton était James, frère puîné de William -Magee.

Appelé par ses goùls et par les traditions de sa famille à suivre Fétat militaire, James avait été pourvu,

' Il était né le 23 novembre 1796. Il est mort le iO janvier 1868. laissant trois fils et quatre filles.

dès l'âge de quatorze ans, d'une commission d'enseigne dans l'armée anglaise. La déclaration de l'indépendance américaine et la révolution qui s'ensuivit l'avaient surpris en Angleterre , tandis qu'il y achevait ses classes tout en servant dans un des régiments de Highlanders. La loyauté lui commandait de ne point trahir son drapeau ; combattre contre le pays qui l'avait vu naître n'entrait pas même en sa pensée. Forcé de revenir à la vie privée, il s'était fixé à New-York, s'y était marié jeune, et jouissait dans cette ville d'une large existence agréable et considérée. Après lui, venaient Henry, son frère, officier dans la marine des États-Unis, et Anna-Maria, mariée à l'honorable Jobu Vining, sénateur des États- Unis pour l'État de Delaware : M'"* Yining était comptée parmi les beautés les plus remarquables de son temps : à bon droit, il est facile d'en juger par son portrait, qui figure, accompagné d'une notice biographique, dans le célèbre ouvrage intitulé : The Repiiblican Court of Washington^. De son mariage avec M'" Curzon, sœur de sa première femme, WiUiara Seton, père de William-Magee, de James, de Henry et de M™* Yining, avait eu cinq autres enfants : Eliza, mariée à M. Maitland, de New-York; Charlotte, mariée au gouverneur Ogden - ; Henriette , âgée maintenant de vingt ans à peine; Cecilia, qui entrait dans sa quinzième année, et Samuel, plus jeune encore.

1 La Cour républicaine de VVashiuyfon.

2 Gouverneur est pris ici dans un sens honorifique. Anciennement, dans les colonies anglaises et hollandaises de l'Amérique du Nord, nonseulement on conservait ce titre à celui qui avait été délégué pour gouverner une province au nom de la couronne , mais on le donnait }iar courtoisie aux fils aînés des anciens gouverneurs.

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