‹ Elizabeth Seton et les commencements de l'église catholique aux États-Unis (volume 2)Chapitre 34 sur 94 · ELIZABETH A CECILIA SETON · texte numérisé non relu

ELIZABETH A CECILIA SETON

20 octobre 1805.

« Les plus douces et les plus innocentes jouissances passent bien vite en cette vie ; aussi les chers moments de paix et de tendresse dont j'ai joui ce matin avec Cecilia me paraissent maintenant un songe. Mais il arrive souvent qu'un songe agréable donne à l'esprit comme un avant-goùt d'un bonheur qu'il désire vivement : c'est ce que j'éprouve en ce moment, où mon cœur est tourné vers la chère espérance de goûter en-

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core, même eu ce raouiJe, la douceur d'être avec vous. Mais si notre Père céleste en ordonne autrement, il nous reste une autre espérance: l'espérance, plus assurée, de no'.re éternelle réunion en sa présence. Celle-là nous ne saurions la perdre que par notre faute, par une coupable négligence dont nous devons nous défendre par une prière continuelle , en toute rencontre, au milieu de toute occupation. J'entends, vous le savez, cette prière du cœur qui est indépendante du lieu et de la situation où Ton se trouve, et qui est plutôt une habitude d'élever son cœur vers Dieu dans un continuel entretien. Comme vous faites, par exemple, quand, en allant à vos études, vous jetez vers lui un regard de tendresse , tandis que vous lui dites tout bas : « 0 Seigneur, qu'elle serait vaine , cette science , si elle n'avait pas pour objet d'éclairer et d'agrandir les facultés de mon esprit afin que je les puisse employer plus dignement à vous servir, à me rendre utile à mon prochain , et à remplir la tâche que votre providence m'a réservée. » — C'est ce que vous faites encore lorsque, vous préparant à aller dans quelque réunion, ou vous trouvant au milieu de n'importe quelle société qui vous pèse, vous faites appel à Celui qui voit le fond de votre cœur, et qui sait combien vous seriez plus heureuse si vous pouviez n'être qu'à lui seul. Quand une telle pensée vous vient, dites -lui simplement : « Cher Seigneur, vous m'avez placée ici, et je dois incliner mon cœur à faire la volonté de ceux à qui vous m'avez soumise ; mais , de grâce , préservez-moi de tout ce qui pourrait me séparer de vous ! » — Lorsque vous vous sentez portée à l'impatience,

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songez un instant combien Dieu aurait plus sujet de s'irriter contre vous que vous n'en avez de vous irriter contre qui que ce soit. Voyez quelle est sa patience et sa longanimité... Dans toutes vos contrariétés, grandes ou petites, laissez votre cher cœur chercher un prompt refuge auprès du doux et bon Sauvi'ur. Jetez-vous tout entière entre ses bras ; vous y trouverez un abri contre tout chagrin, toute peine. Jamais il ne vous abandonnera ni ne vous délaissera. »

Au mois de janvier de l'année 1806, Cecilia tomba gravement malade; on craignit pour sa vie pendant plusieurs jours. Quand le danger fut passé, elle entra dans un état de convalescence lente et pénible. Dès le commencement de sa maladie, elle avait supplié qu'on permît à Elizabeth de venir la voir. Ceux dont elle était entourée ne s'étaient pas senti le courage de lui répondre par un refus. Elizabeth était accourue au premier appel. Un jour qu'on l'avait laissée seule auprès de sa chère malade, quel ne fut pas son étonnement, son émotion , quand celle - ci lui confia que , résolue à suivre son exemple , elle n'aspirait qu'au bonheur d'embrasser la foi catholique ! Ici , la grâce avait agi s(mle , par ses touches secrètes. Elle n'avait pris conseil que de ses propres réflexions, cette enfant de quinze ans; la droiture de son cœur lui avait dicté sa résolution, et lui avait inspiré son rare courage. Autour d'elle, tout l'avertissait qu'elle achèterait chèrement les joies de sa conversion. A l'âge où l'on est confiant, où l'on se flatte aisément, elle avait reçu les leçons que donne l'expérience, «cette maîtresse impérieuse. »

Si sa jeunesse eût pu reprendre le dessus et ressaisir les illusions disparues , elle les aurait perdues bientôt en regardant Elizabeth. Mais pour elle le moment n'était pas arrivé d'agir selon qu'elle avait résolu. La nécessité de supporter quelque délai s'imposait à son impatience. Il fut convenu qu'elle ne parlerait à personne de son secret. Elizabeth, de son côté, contint son trouble et cacha sa joie en son âme. Elle continua de visiter souvent sa sœur. Quand on ne lui permettait pas de la voir, elle l'encourageait de loin par ce qu'elle lui écrivait.

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