‹ Elizabeth Seton et les commencements de l'église catholique aux États-Unis (volume 2)Chapitre 5 sur 94 · ELIZAUKTH SKTftN · texte numérisé non relu

ELIZAUKTH SKTftN

fouet. Une raillerie sur le compte d'un ministre était punie de cette même peine.

A partir de l'année 1664, le culte anglican eut un de ses principaux centres dans l'ancienne colonie hollandaise la Nouvelle-Belgique, qui devint à cette époque possession anglaise , sous le nom de Nouvelle -York. Là, , du moins, les épiscopaux se montrèrent assez tolérants envers la plupart des sectes protestantes. Par contre, ils eurent pour les catholiques des menaces d'emprisonnement et de mort.

Dans cette attristante histoire du protestantisme américain, un des faits qui étonnent le plus est l'acharnement des Églises épiscopaliennes, puritaines, presbytériennes et autres, contre' les inoffensifs et pacifiques quakers venus d'Angleterre en Amérique vers l'année 1654'. Les récits qu'on faisait de leurs souffrances émurent l'un de leurs coreligionnaires, Guillaume Penn, fils d'un amiral anglais du temps de Cromwell. Inspiré pur le désir de leur offrir un abri, Penn demanda au roi Charles II de lui concéder un territoire dans le nouveau monde , à titre d'indemnité pour des avances faites au gouvernement anglais par son père. Il obtint ainsi la jtleine et absolue propriété d'une vaste contrée dont il prit possession en 1682, et qu'il appela Penn-Sylvanie. La nouvelle colonie fut ouverte non-seulement aux quakers de tous les pays, mais à tous les persécutés de toutes les sectes. Le nombre en était grand : il en arriva de toutes parts; et dans l'asile qui leur était offert , ces hommes divisés entre eux par leurs opinions, mais

1 Voir ll.iwk's Hislorij of the episcoiial Church of Virginia.

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réunis dans une même infortune , vécurent en paix à côté les uns (les autres.

Selon la secte des quakers, Dieu accordant à tous les hommes une lumière intérieure suffisante pour les conduire au salut éternel , il n'est besoin ni de prêtre ni de pasteur : tout homme peut être inspiré de l'Esprit divin. Quand il sent le tremblement de l'inspiré qui s'empare de lui, il se lève, il prend la parole, et tous l'écoutent^ Les quakers rejettent tout culte visible , les sacrements, les cérémonies: unevie droite ef vertueuse, disent-ils, suffit à chacun pour assurer son salut. Dieu défend de verser le sang: ils ont la guerre en horreur, et se refusent à porter les armes ; ils ne prennent aucune part aux réjouissances qui suivent les victoires. Dieu ayant fait tous les hommes frères et égaux par leur nature, ils tutoient tout le monde, et suppriment les marques extérieures de respect, comme de saluer, s'incliner, se découvrir la tête, etc. La tempérance et la modestie étant les principales vertus du chrétien , ils rejettent toute superfluité dans l'extérieur : les ornements sur les habits, les joyaux, les rubans, les dentelles, les étoffes de couleurs brillantes, etc.; tout divertissement mondain : les danses, les spectacles, les cartes, les dés. Ils ne prêtent point de serment, et se contentent, dans l'occasion, d'une simple déclaration alFirmalive ou négative.

On ne sait pas précisément à quel moment la Pensylvanie reçut le bienfait du catholicisme. On sait seulement que Guillaume Penn parle d'un vieux prêtre

> De là, le nom de quakers, qui veut tliie trem/j/eur.i eu anglais.

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qui exerçait, en 1686, le saint ministère dans la colonie. Un peu plus tard, en 1708, on voit de fougueux sectaires qui s'indignent contre Penn de ce qu'il souffre qu'on {irofesse publiquement le culte catholique. L'esprit qui dictait ces reproches, heureusement ne prévalut pas. La mission de Pensylvanie comprenait 7,000 âmes en 1774; elle était desservie par des Pères jésuites venus du Maryland. Pasteurs et fidèles jouissaient parmi les quakers d'une mesure de liberté qui leur était tout à fait inconnue dans les autres provinces ',

Peu de mots nous suffiront maintenant pour décrire la situation des enfants de l'Église catholique, telle qu'elle leur était faite dans ces vastes contrées où dominait la race anglo-saxonne. Partout, si ce n'est dans la Pensylvanie, dont nous venons de parler, et dans le Maryland , qui va nous occuper bientôt , ils se trouvaient en présence des lois les plus rigoureuses. Ici, la déchéance des droits de citoyens; là, le bannissement; et dans les provinces les plus florissantes , au cœur de la civilisation américaine, l'emprisonnement et la peine de mort. Ceux des prêtres catholiques qui s'aventuraient dans ces contrées, pauvres, errants, travestis, devaient se préparer à une existence périlleuse et précaire , semblable à celle qui attend aujourd'hui nos dévoués missionnaires au eein des pays infidèles. Qu'on en juge par les termes de cette loi de la province de New- York. Décrétée dans l'année même qui ouvre le xvni* siècle, elle n'est que le renouvellement des lois

1 Voir Marshall, Ch-istian Missions, London, 18C3.

INTRODUCTION. i:i

antérieures. « Tout prêtre catholicjiie , y est-il dit, qu'on saisira dans les limites du territoire, sera jugé comme incendiaire et perturbateur du salut et de la paix publiquH, comme ennemi de la vraie religion chrétienne , et puni d'un emprisonnement à perpétuité ' ; que s'il s'évade et s'il est repris, il est condamné à mort. Le crime d'avoir donné l'hospitalité à un prêtre catholique sera puni d'une amende de 200 livres sterling et de trois jours de pilori ^ «

Écartons ces souvenirs, et jetons nos regards sur le clément pays du Maryland. Ici, nous nous sentons heureux de pouvoir citer les paroles du célèbre historien protestant Bancroft : « L'histoire du Maryland , dit-il , est celle de la bienveillance, de la gratitude et de la tolérance \ » En 1632, le roi Charles I" ayant fait don à Cecilius Calvert , lord Baltimore , du vaste territoire compris entre le Potomac et la Chesapeake , celui-ci y envoya une expédition composée de deux cents colons, tous catholiques , qui s'éloignaient d'une patrie où leurs droits politiques leur étaient ravis. Cette émigration n'avait admis dans son sein que de respectables familles ; elle était dirigée par Léonard Calvert , fils de lord Baltimore. Son premier soin, lorsqu'elle arriva sur le continent américain, fut de s'entendre avec les

1 « Deemed and accounted an incendiary, aud disturber of the public peace and safcty, and an enemy of the true Christian religion; and shall be adjudged te suffer perpétuai imprisonment. » Voir : A Brie/ Sketch of the history of the calholic Church on the island of New- York.— New- York, 1853. — By ihe Rev. J. R. Bayley, secretary to the Archbishop of New-York. — Actually Bishop of Newark.

2 Voir le même ouvrage.

3 Voir George Bancroft, Histonj ofthe United States.

k; elizabeth seton

indigènes du pays et d'acquérir d'eux le terrain sur lequel elle s'établit. En se conciliant l'amitié des Indiens, elle évita les guerres qui menacèrent souvent l'existence des autres colons. En achetant des terres qui avaient déjà reçu une sorte de culture, elle pourvut immédiatement à ses principaux besoins.

Lorsqu'ils prirent possession de leur nouveau territoire , les catholiques de lord Baltimore s'engagèrent à respecter toutes les communions fondées sur la divinité de Jésus-Christ. Le serment du gouverneur du Maryland s'exprime en ces termes : «Moi, A^.., je promets que je ne tourmenterai pour cause de religion, ni par moi-même, ni par les autres, ni directement, ni indirectement , qui que ce soit faisant profession de croire en Jésus-Christ. »

Sous l'influence des plus douces institutions, la contrée presque déserte où s'étaient établis les nouveaux colons se couvrit bientôt d'établissements nombreux, et s'anima d'une vie active. Lord Baltiûiore exerçait dans la colonie une sorte de royauté, dont l'unique ambition était de se répandre en bienfaits. Paix à tous , telle était sa devise '. Los persécutés, les malheureux accouraient de toutes parts pour chercher abri dans ses domaines; les catholiques opprimés par l'Angleterre se réfugiaient dans les ports tranquilles de la Chesapeake ; ils y rencontraient les exilés protestants , qui trouvaient en ces mêmes lieux le repos et la liberté. Le gouvernement du Maryland étendait ses sympathies à

1 « Lord Baltimore, dit l'historien protestant Bancroft, mérite un rang parmi les législateurs les plus sages et les plus cléments de tous les âges. » Hlstori) ijf llie United states.

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toutes les nations et à toutes Its sectes. La Fiance lui envoyait des huguenots, tandis que d'autres infortunés qui appartenaient à toutes les nuances de l'erreur, lui arrivaient de l'Allemagne, de la Hollande, de la Suède, de la Bohême.

Telle lut la tolérance du Maryland catholique. « Il est curieux, remarque le professeur Walteis, de Philadelphie, de voir à cette époque les puritains persécuter leurs frères protestants, dans la Nouvelle-Angleterre; les épiscopaux exercer la même sévérité envers les puritains, en Virginie; et les catholiques, contre lesquels tous étaient ligués, former au Maryland un sanctuaire où chacun pouvait pratiquer son culte, où personne n'était opprimé, où même les protestants pouvaient trouver refuge contre l'intolérance protestante. » Cependant ces protégés, ces sauvés du catholicisme, aussi injustes qu'ils étaient ingrats, conçurent le dessein de ruiner une religion que tout leur commandait de bénir.

Lord Baltimore venait de mourir. Immédiatement l'influence de l'archevêque de Canterhury , toute-puissante en Angleterre, fut invoquée pour assurer dans le Maryland la prépondérance de l'Eglise épiscopalienne. Les protestants, devenus plus nombreux et plus forts que leurs hôtes hospitaliers, s'emparent violemment du pouvoir, expulsent les catholiques de tous les emplois, et leur enlèvent toutes les franchises qu'ils possédaient dans la province créée par eux '.

1 « Ainsi les catholiques se virent traités en ilotes dans le pays dont ils avaient fait, dans leur libéralisme vraiment catholique, non pas leur asile à eux, mais celuide toutes les secles persécutées.» Banciolt, History of tfie United Slafeif.

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Ceci st' passait vers 1650. A dater de cette ('poijue, le parti de l'oppression demeura prépondérant, sauf à quelques rares intervalles. Son hostilité contre les catholiques redoubla de violence, et s'affirma, en 1704, dans un acte que vota le parlement de Baltimore pour prévenir les progrès du papisme. Par cet acte, il fut interdit, sous de sévères pénalités, à tous les évèques ou prêtres de l'Église catholique, de dire la messe, d'exercer des fonctions spirituelles, et d'essayer en aucune manière de persuader aux dissidents de se réconcilier avec l'Église de Rome. Il fut interdit aux catholiques de se livrer à l'éducation de la jeunesse. On inséra dans le code colonial cette loi empruntée à la législation anglaise , qui , pour récompenser l'apostasie, force le père à donner une partie de ses biens à l'enfant qui trahit sa foi ^ .

A la veille de la guerre de l'Indépendance , les catholiques formaient tout au plus le huitième de la population du Maryland. Ils fuyaient quand ils le pouvaient la terre ingrate qu'avaient peuplée leurs ancêtres. En 1752, un de leurs plus éminents citoyens, Daniel Carroll, le père de ce grand John Carroll qui fut le premier évêque des États-Unis, arrivait en France, avait plusieurs entrevues avec le duc de Choiseul, premier ministre de Louis XV, et proposait au cabinet de Versaille de recevoir à la Louisiane l'émigration de tous les catholiques du Maryland. Placés entre la ruine et l'apostasie, Carroll et les catholiques, persécutés comme lui, cherchaient refuge dans l'exil.

1 Voir Edouard Laboulaye, Histoire des Etals-Unis.

Si douloureuse que fût sa situation , le catholicisme ne disparut cependant pas du Maryland. L'année même OTJ fut promulgué l'acte contre le papisme, le parlement accorda que, pour un temps, aucune peine ne serait prononcée contre les prêtres qui se borneraient strictement à exercer leur ministère dans l'intérieur des familles catholiques. Cette suspension de pénalité fut renouvelée, à difFérentes époques, par des actes successifs , qui furent à la fois la consolation et le salut des opprimés.

Cependant, épargnées et comme oubliées au milieu du désastre commun , quelques maisons religieuses conservèrent légalement les propriétés territoriales qu'elles possédaient dans la colonie. Dès l'origine de la fondation, un acte connu sous le nom de condition de plantation Q.\ mi promis qu'on délivrerait, moyennant une faible redevance, 2,000 acres de terre à toute personne qui aurait conduit sur les domaines concédés à lord Baltimore cinq hommes en état de travailler. Les Pères de la Compagnie de Jésus, qui avaient accompagné le premier convoi d'éraigrants, avaient eu part à cette distribution. Ils étaient donc propriétaires au même titre que les autres habitants. Atteints néanmoins et compris, des premiers, dans la persécution qui suivit la mort de lord Baltimore , ils s'étaient vus chargés déchaînes et renvoyés en Angleterre. Mais leur exil dura peu. Sous le règne, de Charles II, ils reparurent dans le Maryland, et recouvrèrent leurs anciennes possessions. On les laissa, chez eux , séjourner en paix. Ils purent continuer à organiser des plantations et à construire des habitations sur leurs tenvs.

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A la fin du xvii* siècle, ils possédaient plusieurs grands domaines, quelques fermes, des maisons; le manoir de Saint-Thomas, près de Porto-Tobacco , dans le comté de Charles; le manoir de Saint-Inigo, sur la rivière de Sainte-Marie, et celui deBohemia, sur la rive orientale de la Chesapeake. Des chapelles étaient annexées à toutes leurs résidences. Les catholiques de plusieurs milles à la ronde s'y réunissaient, les dimanches et les jours de fêtes, pour assister au saint sacrifice. Comme le nombre de ces sanctuaires ne suffisait pas aux besoins d'une population dispersée sur rétendue d'un vaste territoire, plusieurs propriétaires disposèrent, chacun à son tour, une place dans leurs maisons pour la célébration du service divin. C'étaient autant de stations, où prêtres et fidèles se rendaient à des époques déterminées. Le célébrant avait soin d'apporter avec lui les vases sacrés, les ornements sacerdotaux ci tout ce qui était nécessaire pour la sainte messe. Le plus souvent, la petite congrégation ne pouvait lui offrir pour temple qu'une chambre étroite, misérable, dans laquelle quelques planches dressées à la li.ite formiient un autel. La ville de Baltimore ne possédait plus même une chapelle à la fin du dernier siècle. Le prêtre le plus voisin résidait à la ferme de White -Marsh; il se rendait à la ville, une fois par mois, pour dire la messe aux fidèl

es

Telle fut, dans l'Amérique du Nord , la situation

' Voir C. Moreau, Les Pré 1res français émigrés aux États-Unis. — Voil' Marsliall , Christian JiliSàiûiis.

de l'Église catholique et celle des sectes protestantes tant que dura ce que l'on pourrait appeler rancien régime de ces contrées. Tout changea de face sous l'empire de la nouvelle constitution que se donnèrent les colonies émancipées.

Après que les États- Unis eurent assuré leur indépendance nationale, chacune des treize provinces qui venaient de repousser la domination de l'Angleterre s'érigea en république indépendante , et s'attribua chez elle toutes les prérogatives de la souveraineté. L'assemblée unique qui , depuis la déclaration d'indépendance, avait présidé à la conduite de la guerre, continua à régir la confédération; mais on s'aperçut bientôt qu'elle était impuissante à gouverner le pays pendant la paix. Menacé de l'immense péril de voir la confédération se dissoudre, le peuple américain donna, pour la seconde fois, le grand spectacle d'une nation énergique et sensée, qui cherche son salut en elle-même. Une convention composée de députés des divers États fut convoquée à Philadelphie , pour rectifier et fortifier la constitution fédérale. Cette assemblée, peu nombreuse, puit-qu'elle ne comptait que cinquante-cinq membres, renfermait de très-grands esprits et de nobles caractères : Washington, Franklin, Madison,.les deux Morris, llamilton. Le 17 septembre 1787, à la suite de délibérations approfondies, elle offrit à l'adoption du peuple le corps des lois organiques qui régit encore de nos jours l'Union amériricaine. Présentée par Washington , acceptée par le congrès, la nouvelle constitution fut adoptée successivement par tous les Etats. L'ancienne constitution,

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((•lie de 1778, était demeurée complètement étrangère à la question religieuse; la nouvelle constitution, dans le premier de ses amendements, contenait un article ainsi conçu : « Le congrès ne pourra rendre aucune loi pour établir une religion , ni pour prohiber le libre exercice d'une religion ; aucune loi pour restreindre la liberté de la parole ou de la presse, le droit de s'assembler paisiblement et d'adresser des pétitions au gouvernement afin d'obtenir le redressement de ({uelque grief. »

Cette proclamation concise et nette du droit laissé à chacun de vivre selon sa conscience , et de suivre librement et publiquement sa religion, ne devait point être aux États-Unis, comme en tant d'autres lieux, une formule vaine, une promesse illusoire. A partir du jour où on la publia, les anciennes lois pénales, édictées par l'intolérance des temps antérieurs, furent abolies; les catholiques, exclus jusqu'alors de tous les États, sauf un seul , se montrèrent partout à riécouvert.

Avant la guerre pour l'émancipation, ces fils de la vraie Église, disséminés eu petit nombre sur une étendue plus vaste que l'Europe entière, dépendaient au spirituel d'un vicaire apostolique résidant à Londres. Lorsque la nouvelle constitution eut promulgué pour tous la liberté des cultes, ils se prirent à espérer qu'ils obtiendraient d'avoir un évêque à eux, dans l'Union même. C'était le désir de Rome, nul ne l'ignorait. Ils sondèrent prudemment le terrain autour d'eux , se concertèrent , et formulèrent , pour la présenter au souverain pontife, une demande qui fut accueillie

avec une extrême faveur. Dans le dest^ein d'obtenir la réalisation de leurs vœux, la Propagande envoya au nonce apostolique Doria, accrédité auprès de la cour de France, une note pour être remise à Franklin , ambassadeur des Etats-Unis près de cette même cour. Dans cette note , on exposait l'inconvénient pour les missionnaires américains de recourir à un vicaire apostolique résidant en Angleterre, après que les colons d'Amérique avaient rompu les anciens liens qui les rattachaient à leur mène -patrie. On démontrait en même temps les avantages que les catholiques trouveraient dans la présence d'un évêque ou d'un vicaire apostolique résidant aux États-Unis ; on avait eu soin de présenter ces considérations avec mesure et circonspection, afin de ne point froisser les susceptibilités du congrès.

La note fut envoyée par Franklin. La réponse qu'elle reçut, aussi prompte que possible, assurait que le congrès n'entendait mettre aucun obstacle aux vœux des catholiques des États-Unis, attendu que le domaine des choses religieuses était en dehors de sa compétence. Six ans plus tard, le i7 juillet 1789, le souverain pontife Pie VI approuvait un décret de la congrégation de Propaganda Fide , portant que tous les prêtres qui exerçaient le ministère dans les États-Unis se réuniraient pour déterminer dans quelle ville serait placé le siège épiscopal qu'on désirait ériger, et pour désigner lequel d'entre eux leur paraîtrait le plus propre à être élevé à Tépiscopat : privilège qu'on leur accordait pour cette fois seulement , et par insigne faveur. Sitôt que le décret

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rendu à Rome leur fut connu, ces prêtres s'assemblèrent , et décidèrent à l'unanimité que Baltimore serait la ville la plus convenable pour l'éreclion d'un évèché, parce qu'elle était au centre des États et qu'elle renfermait encore un assez grand nombre de catholiques ^ Quant au choix de l'évèque, sur vingt-six votants qui composaient la réunion, il y en eut vingtquatre qui désignèrent John Carroll, prêtre de naissance américaine, zélé, instruit, digne en tous points des temps apostoliques , et*dévoué entièrement à la mission du Maryland , depuis que la suppression de son Ordre, la Compagnie de Jésus, l'avait ramené d'Europe en sa terre natale.

La bulle qui érigea le premier siège épiscopal dans les États-Unis fut signée à Rome le 6 novembre 1789. En France, par un contraste douloureux, presque à ce même jour, le 2 novembre 1789, l'Assemblée nationale , livrée aux passions philosophiques et irréligieuses du xviir siècle , prononçait le décret de la confiscation des biens du clergé , et ouvrait l'ère des spoliations , des outrages et des violences envers l'Eglise et les ministres de Dieu. La révolution américaine, glorieuse et pure de tout excès, finissait précisément à l'heure où commençait la révolution française.

Personne n'ignore quels ont été depuis cette époque

1 Le Maryland renfermait près de seize mille catholiques, et l'on n'eu comptait que huit à neuf mille dans le reste des Etats-Unis. Partout la pénurie de prêtres était extrême ; il ne s'en trouvait que dix-neuf dans tout le Maryland, cinq dans la Pensylvanie, moins encore dans les autres États.

les progrès de la religion catholique aux États-Unis : ils vont chaque jour s'accroissant , et ils sont immenses, comme la grandeur et la [irosperité de ce libre pays*. Cependant on se tromperait si l'on croyait qu'ils suivirent immédialement la promulgation de la contitution nouvelle. Pendant longtemps les catholiques durent se contenter d'être simplement tolérés, et d'avoir la liberté d'exercer humblement leur culte. Dans la plupart des Etats, ils demeurèrent exclus de tout emploi public. L'Etat de New-York, en particulier, se distingua par son hostilité envers eux. Jusqu'en 1806, ils y furent privés de tout droit , même de celui de citoyen. Une loi de l'État, édictée contre eux, portait que , pour être admis au titre civique , il fallait prêter serment de renoncer cà toute obédience ou allégeance de nature à lier, soit en mati'.ie ecclésiastique, soit en matière civile, à un pouvoir ecclésiastique établi sur une terre étrangère ; et cela, dit expressément un commentateur, afin d'exclure du bénéfice de la natura-

1 On estime maintenant à six millions et demi le nombre des catholiques répandus sur le territoire des Etats-Unis. I.a hiérarchie du clergé * se compose de 7 archevêques, 46 évéques, 8 vicaires apostoliques. D'après le dernier recensement — celui de 1865 — le nombre des prêtres était de 3,183. — Les é^îlises et établissements catholiques se répartissent ainsi: 3,483 églises, 1,695 chapelles ou stations, 74 séminaires ou collèges préparatoires, 1,404 collèges ordinaires ou écoles, 203 couvents de femmes, 48 monastères d'homuies, 150 orphelinats, renfermant 9,000 orphelins, 49 hôpitaux, environ 150 autres établissements de charité.

Nous avons emprunté ces précieux renseignements , à une lettre écrite très-récemment — mars 1869 — par un prêtre français du diocèse de Séez, l'abbé Dujarié, actuellement directeur au séminaire Saint- Charles dans le Maiyland. — Voir In Semaine catholique de Séez , numéro du Kf avril 1869.

2i) KLIZAliKiH SKTO.N

lisation, les catholiques romains qui reconnaisseut la suprématie spirituelle du Pape'. Longtemps après la loi de réparation décrétée en 1806, les ministres des diverses sectes protestantes, dans l'État de New-York, plus encore que partout ailleurs, cherchaient à attirer le mépris sur tout ce qui appartenait à l'Église romaine. Chaque jour, de fanatiques prédicants jetaient l'insulte sur le clergé catholique, sur ces fils de la Babylone maudite, ces disciples de Bélial, ces idolâtres, ces papistes. Si le nom de prêtre était en horreur à New- York, celui de catholique y était en mépris. Le petit troupeau de la vraie Église ne comptait guère en son sein que des émigrés irlandais. Ces pauvres gens vivaient , pour la plupart , dans un état voisin de la misère. L'humilité de leur condition se reflétait sur la religion qu'ils professaient , et achevait de lui enlever tout prestige aux yeux d'un peuple épris jusqu'à l'excès du vulgaire éclat des richesses. Dans l'Amérique du nord , à cette époque , la conversion d'un protestant au catholicisme était un fait inouï , un de ces faits exceptionnels qui, lorsqu'ils viennent à se produire, sont un sujet d'étonnement et de scandale universel.

Quand une âme longtemps attardée dans l'erreur a entrevu la vérité, elle voudrait l'embrasser, elle s'élance à sa rencontre. Si tout autour d'elle conspire à l'éloigner, les opinions , les mœurs d'un pays , une famille , des amis, la société tout entière, que fera-t-elle? Elle

1 The Catholic Churrh in the United States, cité par la revue le Corresponflanl , janvinr 1St;9.

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va lutter, elle va souffrir. Puis, fort»; de sa conviction , elle atteindra l'objet de ses désirs en s'appuyant sur l'obstacle même. Elle s'est résolue à faire cet éclat. Elle pst prêle à subir le blâme, l'étonnement, la répulsion générale. Pour arriver à ce point , il est besoin d'avoir en soi une rare énergie, une foi vive et profonde,, une grande idée des destinées éternelles. C'est la réunion de ces sentiments que nous allons maintenant admirer cbez Elizabeth Selon. Ils l'ont faite grande devant les hommes, et pleine de mérites devant Dieu. Nous les découvrirons en elle dès son enfance. A mesure qu'elle avancera dans la vie, nous apercevrons de plus en plus qu'ils sont c le secret et profond ressort d'où partent ses résolutions et ses volontés » .

?limis honorificali sunl amici tut, Dein. (Psalm. cxxxvm.)

Les Selon d'Ecosse. — Klizabeth Bayley. — Son enfance. — Tendresse de son père pour elle. — Son aimable naturel. — Sou éducation. — Trait à remarquer dans son caractère. — Scènes de la guerre de l'indépendance américaine. — La ville de New- York cernée par les milices de Washington. — Situation des colonies d'Amérique avant la rupture avec l'Angleterre. — Causes de leur mécontentement et de leur révolte. — Sir Guy Carleton et Richard Bayley. — New -York est évacLiée par l'armée anglaise. — Le parti loyaliste. — Richard Bayley professeur à l'université de Columbia.

L'antique nom des Seton, leur nom, aussi leur cri de guerre, Set on. Set on, «Sus, sus, en avant ! » est connu de ceux qui, s'intéressant au passé d'un peuple vaillant et fier, ont étudié les annales de l'histoire d'Ecosse ^

1 Le nom de Seton se prononce Sitone, conformément à la pronouclatioD régulière anglaise. Autrefois on eût écrit Sitone dans un livre français. Peu familiers alors avec les noms étrangers, nous les reproduisions suivant le sou dont ils frappaient nos oreilles. Quelquefois nous les traduisions, s'ils avaient un sens qui s'y prêtait. Tel , pour en citer un exemple, ce nom du comte de Fontaine (Fueutes, en espaj:nol), que Bossuet a rendu immortel.

30 ELIZAHKTH SKTON

De tout temps les Seton y ont figuré. Alliés, au commencement du xn*" siècle, à la famille royale des Bruce, et {)ar les Bruce aux Stuarls , dès ce moment, ils enferment leur écusson dans le double trescheur fleurdelisé , qui est le trescheur d'Ecosse : précieux honneur héraldique, toujours conservé depuis lors dans toutes les branches de la famille '.

Nous ne parlerons point des Seton célèbres dans les temps anciens. Nous dirons seulement qu'au moment où l'histoire d'Ecosse se lie le plus étroitement à l'histoire de notre pays, un Seton fut choisi par la régente Marie de Guise, veuve de Jacques V, pour négocier le mariage de la jeune reine Marie Stuart avec le Dauphin de France. La royale fiancée, amenée dès sou enfance à la cour des Valois, y vint accompagnée de quatre filles de haut rang, destinées à prendre part à ses études et à ses jeux. Leur âge est celui de leur jeune souveraine, leur nom est le même nom que le sien. On les appelle les Marie de la reine ; l'une d'elles est Marie Seton. Dans un de ses brillants récits où se mêlent la fiction et la vérité historique, ^yalte^ Scott, le grand chroniqueur, s'est heureusement inspiré du souvenir de cette Marie, qui demeura jusqu'à la fin, et au péril de sa vie, dévouée à l'infortunée Marie Stuart"-. La fidélité à des princes malheureux se transmet parmi les Seton comme un héritage d'honneur ; ils défendent la cause royale, dont ils partagent les revers; l'un

» Voir la note I à la fin de ce volume.

2 Dans le récit de Walter Scott ^ le principal personnage après Mai'ie Stuart est Marie Seton. Pour éviter la confusion qu'aurait pu faire naître la rencontre de ces deux noms, Walter Scott, guidé par sa fantaisie, a doniii^ à Marie Selon le nom de Catherine.

CIIAPITI'.K I :{|

d'eux, Georj^es, quatrième inun{uis de Dumferliiie , courtisan du malheur, dépouillé de ses biens, privé de ses titres, suit le roi Jacques dans l'exil, et meurt près de lui à Saint-Germain'.

Celle qui, par son mariage avec un descendant de ces nobles Kcossais , devait donner à leur nom une illustration si sainte, Elizaheth-Anna Bayley, naquit à New- York, le 28 août 1774. Son père, Richard Bayley, cadet d'une bonne famille de la gentry d'Angleterre^, et sa mère, Catherine Charlton, fille d'un ministre de l'Église épiscopalienne ^, étaient nés en Améri({ue tous les deux. Un malheur qu'elle ne connut point lorsqu'elle l'éprouva , atteignit dès sa tendre enfance la petite Elizabeth : la mort lui enleva sa mère vers la fin de l'année 1777. Dieu, qui la destinait à tant d'épreuves, lui infligea cette perte irréparable, à un âge qui ne comprend pas là douleur. Il épargnait la sensibilité de l'enfant encore faible, pour faire la femme forte plus tard. Elle grandit ; toutes ses affections se reportèrent sur son père. Elle, et Mary, sa jeune sœur, étaient tout ce qui restait à Richard Bayley de son mariage avec M"^ Charlton ; mais il s'était marié une seconde fois , et il avait eu plusieurs autres enfants. Son affection et son dévouement pour les deux

1 Les Setou sont aujourd'hui représentés eu Angleterre par le comte de Winton, pair héréditaire du Royaume-Uni , fils du feu lord Eglington, pair héréditaire d'Êcos?e et pair héréditaire d'Angleterre. Les Eglington sont des Montgomery par voie de femme ^ ils descendent de Henry Selon, fils du ciuquième lord Selon, époux de l'héritière de Montgomery.

2 De temps immémorial, les Bayley ont eu pour armes : d'argent à trois tourteaux de gueules, au chef d'azur.

3 Épiscopalienne ou anglicine. Voir l'Introduction.

orphelines t;eDiblaienl encore augmentera ruesure que sa nouvelle famille s'accroissait. A le voir si attentif et si soigneux auprès d'elles , on sentait bien qu'il espérait faire ce miracle de tendresse de leur cacher ce qui leur manquait à côté d'enfants qu'entouraient à la fois les caresses d'une mère et la [)rotection paternelle. Sans rien ôter à leurs jeunes frères et sœurs, il leur fit, à elles, une riche part. Orphelines dès le berceau, elles connurent entre ses bras ces soins et ces infinie? tendresses qu'invente l'amour maternel •

« Oh ! l'amour d'une mère, amour que nul n'oublie ! Pain merveilleux, qu'un Dieu partage et multiplie ! Table toujours servie au paternel foyer, Chacun en a sa part , et tous l'ont tout entier ! »

Aucune main étrangère ne fut appelée pour prendre soin de lajeunesFe d'Elizabeth et de sa sœur; M. Bayley tint à s'en occuper lui-même. La régularité de sa vie, l'élévation de son caractère, se prêtaient admirablement à l'assujettissement que demandait une vigilance si délicate. La seconde femme qu'il avait épousée, M"* Barclay, était une aimable personne, d'un caractère doux et d'un sens droit. Le penchant de son cœur l'eût portée à se consacrer aux tilles de son mari. Jeune elle-même, elle les aimait pour les grâces de leur enfance, et parce qu'elle était pénétrée envers leur père d'afl'ection et de respect; mais bientôt elle dut renoncer à toute autre tâche qu'au soin des sept enfants qu'elle mit au monde en peu d'années'.

' Amélie, liichanl, Daicl.iy-Bayley , (iuy-Caiktcii, ^VilUaul, Hélène et Mary.

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