‹ Elizabeth Seton et les commencements de l'église catholique aux États-Unis (volume 2)Chapitre 40 sur 94 · HENRIETTE SETON A ELIZABETH · texte numérisé non relu

HENRIETTE SETON A ELIZABETH

New-York., 29 novembre 1808.

« Enfin, je suis ici près de ma Cecilia, assise en ce moment tout contre son fauteuil; si heureuse, qu'un roi lui-même envierait mon bonheur. C'est ici seule-

ment que mou pauvre cœur trouve uu peu de soulagement à ses chagrins. Quelle peine ne serait apaisée par sa douce présence? Sa vue seule est un charme qui agit sur mon esprit. J'oublie presque en ce moment que le chagrin ait jamais trouvé place en mon cœur. Oh! sœur chérie, si je pouvais seulement espérer qu'on voulût me permettre de rester ici , comme nous passerions doucement l'hiver toutes deux ensemble à penser à vous, à parler de vous, à vous écrire ! nous oublierions le monde entier avec ses vanités de toute sorte ; nous oubliant nous-même dans le souvenir du ciel et de vous!... Mais penser à cela, c'est déjà trop ! Quel bonheur pourtant serait comparable à celui-là? Vraiment, il n'y en aurait aucun qui put me donner de si profondes jouissances.

« Vous savez quels sont mes lourds chagrins depuis plusieurs années. J'ai besoin de consolations pour né pas me laisser abattre. Puisqu'il en est ainsi, je suis sûre que ma toute chérie ne refusera pas d'écouter la prière que lui fait celle qui l'aime avec une tendresse que nulle parole ne saurait exprimer. Ce que je vous demande , Elizabeth, c'est d'être présente à vos pensées le 27 décembre prochain. Cette date ne cessera jamais de marquer pour vous et pour nous tous, en vérité, un jour d'amère douleur'. Mais telle a été la volonté de notre adorable Maître ; c'est à nous d'incliner la tête et de baiser la verge qui nous châtie.

« Rappelez bien vos souvenirs, chère sœur; rappelez-vous que ce fut précisément ce jour-là que votre

1 Le 27 décembre était le jour anniversaire de la mort de William- Magee Seton, arrivée près de cinq ans auparavant.

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Ilenrietto fut initiée à une vie nouvelle ; non plus pour reposer sur un lit de roses, mais sur un lit d'épines. Souvenez-vous que depuis plusieurs années elle s'est accoutumée à partager vos pensées les plus intimes et à recevoir de vous, pour l'année près de commencer, quelques règles de conduite, quelque lettre affectueuse accompagnée de tendres conseils et de consolations. J'ai besoin de tout cela plus que jamais, et je vais soupirer après le jour qui m'apportera une lettre de vous, ne dùt-elle contenir qu'une seule ligne, pour me dire que j'ai été présente à votre pensée , au pied de la croix. »

Cecilia n'eut pas longtemps Henriette auprès d'elle. Isolée de nouveau dans une famille toute protestante, la pauvre enfant rencontra bientôt les mêmes préjugés, et redevint l'objet des mêmes rigueurs. Parmi ses parents , ceux qui se croyaient les plus indulgents ne lui épargnaient les reproches que pour lui montrer ce calme cruel, qui s'entend à blesser le cœur au plus profond, sans lui donner le droit consolant de la plainte. Quant aux autres, moins maîtres de dissimuler leurs mouvements intérieurs, ils n'avaient pour elle, selon ses propres expressions, que « des paroles de colère et des regards de travers». On attaquait sa religion en sa présence, on affectait l'indignation contre ce qu'on appelait « les abominations du papisme » . Ces insultes l'atteignaient à la place la plus sensible. Entre ceux qui ne pouvaient plus supporter de la voir à New-York, et ceux qui auraient voulu l'y retenir, elle ne voyait d'autre parti à prendre que de souffrir en silence pour l'amour de

3f)S ELIZABETH SETON

Jésus-Christ, a Je préférerais, disait-elle, être tout autre part ailleurs qu'ici, dussé-je y être placée au rang de la dernière des servantes. r>

«... Si je n'avais la ferme foi qu'il y a un Dieu tout sage et tout-puissant pour diriger tous les événements de ce œKtfide, et un Jésus pour récompenser tout ce que nous y avons à souffrir, je ne saurais, en vérité, que penser de ma situation. «...

La pensée qu'elle soufrait persécution pour la juslice consolait et soutenait la courageuse Cecilia. Elle se voyait marchant à la suite de Jésus-Christ , souffrant pour lui, et se renonçant à elle-même chaque jour. Elle écrivait à cette Elizabeth dont l'exemple l'avait entraînée sur le « royal chemin de la sainte croix : « Qu'il est doux de sentir qu'on souffre avec Jésus, et pour Jésus ! En vérité, mon àme se sent toute joyeuse ! Au commencement, le calice semble amer; mais il a d'inconnues délices pour ceux qui aiment véritablement. Chère, chère sœur, si j'étais auprès de vous, je n'aurais plus ces larmes, ces soupirs , ces souffrances de toutes sortes à offrir au Seigneur ; le côté de mes mérites dans la balance serait, je le crains, trouvé trop léger. »

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