‹ Elizabeth Seton et les commencements de l'église catholique aux États-Unis (volume 2)Chapitre 42 sur 94 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

connaître cette disposition de la Providence, afin de vous laisser juger vous-même jusqu'à quel point vous voulez nous donner votre concours.

« Il faut encore que je vous dise que l'idée du hàîiment projeté comporterait l'établissement de deux maisons distinctes: une pour les enfants riches, qui demandent à recevoir une éducation complète ; l'autre pour les pauvres et pour les personnes qui pourraient être employées dans la manufacture , et aussi pour les intirmes. Il est inutile de vous dire combien je sens que je suis téméraire, mon cher Filicchi, en disant tout ceci. Mais vous en savez le motif, qui explique tout.

« C'est M. Matignon, auquel Antonio m'a dit de m'adresser, en toute occasion, ainsi qu'à M. de Cheverus, l'évêque nommé, qui a suggéré l'idée de ce plan pour moi , bien avant que la personne en question ^ y eût jamais songé. Jusqu'à ce jour, si j'ai eu jamais quelque idée de ce genre, je l'ai invariablement rejetée dans le lointain. Même, j'évitais d'y songer volontairement, sachant bien que n'importe quel projet qui vînt à être réalisé, il ne le serait que par la volonté du Dieu tout-puissant. Mon père spirituel, M. du Bourg , a toujours dit la même chose : « Soyez tranquille, Dieu manifestera ses intentions en son propre temps. » Que la sainte et bienheureuse volonté de Dieu soit faite!... Dans ma lettre précédente je vous demandais si vous ne pourriez pas assurer la garantie de votre propriété, et faire bâtir quelque chose , pour le dessein que nous avons, sur les terrains donnés par M. du Bourg; des

1 M. Cooper.

terrains très-considérables, vraiment ! Si vous pouviez vous y décider, ces Messieurs pourvoiraient aux dépenses nécessaires pour nous établir, et pour entretenir celles des personnes âgées et des enfants qui ne seraient pas en état de s'entretenir elles-mêmes. M. Matignon donnerait un directeur à l'établissement. Si vous pouviez savoir quelles bonnes et excellentes âmes soupirent déjà pour l'avoir; si vous pouviez les voir et les connaître, elles exciteraient l'intérêt de votre cœur, toujours si vif à désirer la gloire de Dieu.

« Mais, tout ceci lui est remis !... Si j'étais appelée à faire un choix , si ma seule volonté pouvait tout décider en un moment, je resterais silencieuse entre ses mains. Oh ! qu'il est doux de s'y reposer dans une parfaite confiance! Toutefois, à la messe de chaque jour et à la communion, je lui demande de préparer votre cœur et celui de notre cher Antonio à disposer de moi et des miens de quelque manière que ce soit qui puisse lui plaire. Vous êtes nos pères en Dieu. C'est de vos mains que nous avons reçu cette vie nouvelle et précieuse, qui est en réalité la vie véritable. Puissiez-vous à votre tour être récompensés par la plénitude de la divine bénédiction ! Amen un millier de fois. »

Quand nous voyons chez notre Elizabeth ce passionné désir de se dévouer aux intérêts de la religion et de la charité, joint à tant de fidélité pour faire remonter vers Dieu toutes ses pensées, inspirées par Dieu, uniquement préoccupées de Dieu, l'image ne vient-elle pas s'offrir à notre esprit, de cette échelle mystérieuse qui allait de la terre au ciel , avec ces anges au vol si-

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lencieux, au vol tranquille et soutenu, qui montaient sans cesse et redescendaient?

Elle aspirait depuis longtemps à se consacrer au Seigneur par les vœux solennels de la profession religieuse: ces vœux de chasteté, de pauvreté, d'obéissance, qu'elle avait prononcés en son cœur. A partir du jour où elle ouvrit son école, elle se mit à agir comme si elle eût commencé un véritable noviciat; vivant dans une retraite absolue, ou plutôt, comme elle le dit ellemême, « dans le secret du tabernacle, là où se trouvent seulement sécurité, liberté vraie, et doux contentement; » ne négligeant aucun des soins, aucun des devoirs de l'heure présente , institutrice et mère tout à la fois; d'ailleurs, uniquement attentive à assurer son avancement spirituel. Rien du dehors ne venait troubler son recueillement intérieur, son application aux choses de Dieu , et la joie intime de toute son âme, dans ces jours d'une existence paisible et régulière qu'elle passait, « allant chaque matin à la communion , vivant dans les plaies de son adorable Seigneur, ne voyant personne que ses représentants sur la terre , et recevant continuellement leur bénédiction. »

Elle n'avait admis sous sa direction que des jeunes filles catholiques. Sa tâche auprès de ces enfants avait avant tout pour objet de leur donner une éducation solide , une éducation religieuse , propre à former leurs cœurs à la vertu par l'amour de Jésus- Christ. Tous les jours, après la prière du matin, elles assistaient à la messe; elles récitaient le rosaire au milieu de la journée, et s'appliquaient à l'étude de la doctrine du catéchisme. Les vendredis, après avoir écouté pieusement

la lecture de la Passion de Notre-Seigneur, elles apprenaient à méditer sur cet intarissable sujet d'attendrissement et de réflexions. Le temps des classes était consacré à apprendre ce qui fait partie de l'éducation accoutumée des jeunes personnes : lecture, écriture , arithmétique, travaux de couture, petits ouvrages de fantaisie faits à l'aiguille, et, pour celles qui le désiraient, étude de la langue française.

L'instruction religieuse du petit troupeau fut confiée à M. Babad, prêtre français', de la société de Saint- Sulpice, réfugié aux États-Unis. La destinée de cet homme vénérable avait été la même, à peu près, que celle de M. du Bourg, son confrère et son ami. Chassé de France, aux jours de la tempête, il avait trouvé un asile en Espagne , à Orense, auprès de ce généreux évêque, Pierre d'Alcantara de Quevedo, qui, dansées temps douloureux , vit réunis autour de lui jusqu'à deux cents prêtres émigrés français. Distingué par son mérite , même au milieu de cette tribu d'élite , M. Babad fut choisi pour aider à l'établissement d'un séminaire que l'évêque d'Orense voulait avoir dans son diocèse, sur le modèle du séminaire de Saint-Sulpice. Le bien qu'on attendait de cet établissement fut entravé presque aussitôt par la malveillance du ministre philosophe Godoy, tout-puissant alors à la cour d'Espagne. M. Babad s'éloigna d'un pays où son zèle ne trouvait

1 Originaire de Pont-de-Veyle, dans la province de Bresse. C'est uu de ses neveux, l'abbé J. Babad, missionnaire du diocèse de Lyon, qui a traduit en français : The Life of i\h^ Eliza A. Seton. fuuniress and first superior of t/ie sisters or dtiuyhfers of Charity in the Vmted States of America, hy Rev. Charles White.

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pluB à s'exercer. Il se rendit à l'île de Cuba, y reçut le meilleur accueil , et ouvrit immédiatement un collège pour l'éducation des jeunes gens. Ce fut à ce moment que ces Messieurs du séminaire de Baltimore lui envoyèrent comme coopérateurs M. Flaget et M. du Bourg. En parlant des travaux apostoliques de ce dernier, nous avons raconté par quel déplorable sentiment de jalousie le gouvernement espagnol contraria le vœu des habitants de nie de Cuba, et fit fermer le collège que dirigeaient les Sulpiciens français.

Fixé désormais à Baltimore, M. Babad y remplissait au séminaire les fonctions de professeur ; il desservait en outre plusieurs des congrégations religieuses établies dans la ville. Le respect que son caractère inspirait à Klizabeth la porta à le choisir comme directeur et père spirituel de la petite famille dont elle-même était la mère. Ce fut lui qui, à l'entrée du printemps de Tannée 1809, prépara quelques-unes des enfants du pensionnat à faire leur première communion. Cette toucbante cérémonie eut lieu dans le temps pascal. Elle fut précédée des exercice d'une retraite, à laquelle Elizabeth prit part avec cet esprit recueilli et cette piété pleine d'émotion qui semblent l'heureux privilège de ceux que le Sauveur appelle à sa table sacrée, à sa table avec lui, pour la première fois. Le temps n'était pas éloigné où elle aussi avait fait sa première communion. Tant de souvenirs, de si profonds sentiments d'humilité, d'adoration, se réveillaient toujours en elle à la pensée de cette journée 1 et tout maintenant la lui rappelait!

L'heure solennelle arriva. Elle l'avait attendue avec

une impatience égale à celle des innocentes âmes qu'elle avait préparées à s'approcher de leur Seigneur. Ce qu'elle avait senti dans cette journée , elle eut hâte de le partager avec sa sœur, sa chère convertie de New- York. «Oh! le céleste jour, Cecilia, lui dit-elle, la céleste semaine qui vient de se passer! Imaginez-vous ce matin, nos jeunes filles toutes vêtues de blanc, et six d'entre elles, modestes comme des anges, recevant notre adorable Seigneur, des mains de notre vénéré père Babad ! Il avait passé toute la semaine à les préparer pour cette heure. Tous les soirs, la prière de l'amour, de l'adoration, faisait retentir notre petite chapelle. Ce matin, à l'autel de la chapelle souterraine consacrée à la sainte Vierge , dans les profondeurs de la solitude, il a célébré le saint sacrifice et donné la êomraunion. De douces et rapides larmes tombaient sur ses pieuses mains tandis qu'il distribuait le pain sacré... Quelle scène! Que n'étiez -vous là pour y prendre part! Bientôt après, le cher M. du Bourg descendit dans la chapelle et célébra la messe d'actions de grâces, qui fut servie par notre père Babad. dont les cheveux blancs paraissaient vénérables au delà de toute expression... Tous les soirs, maintenant nous avons la Bénédiction : figurez-vous une vingtaine de prêtres, pieux comme des anges, tout vêtus de blanc, entourés de la troupe nombreuse des jeunes séminaristes, vêtus aussi de surplis blancs, tous environnant dans un bel ordre le saint Sacrement exposé, et chantant l'hymne de la Résurrection. Lorsqu'ils en viennent à cette parole ; La paix soit avec vous tous, on dirait que Notre -Seigneur est là, qui renouvelle

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