CHAPITRE XIII
la scène où il parut au milieu des disciples assemblés '. »
Quelques semaines plus tard, l'automne avait commencé; ft avec l'automne, le temps des vacances, pour le séminaire de Sainte -Marie comme pour la petite école qui s'était élevée à son ombre. M. Dabad , délié, pendant leur durée , de ses devoirs de professeur, n'avait usé de sa liberté que pour aller à Philadelphie en mission apostolique. Comme il était dans cette ville, il y fit la connaissance d'un homme de bien, M. O'Comvay, fervent catholique, dont la fille Cecilia, attirée par une haute vocation, se préparait à passer en Europe pour se consacrer au service de Dieu dans une maison religieuse.
La résolution très-arrêtée qu'avait prise cette pieuse jeune fille, ne put empêcher, qu'à la veille de quitter son père, elle ne sentît, plus peut-être qu'elle n'avait prévu, le déchirement d'une si grande séparation. Comme elle en parlait tristement en présence de M. Babad , celui-ci , saisi d'une inspiration soudaine : « Je crois, lui dit-il, que, sans quitter les États-Unis, vous trouveriez l'asile qui vous conviendrait. Non loin d'ici, à Baltimore , s'est fixée une sainte veuve dont la vertu fait l'admiration de tous ceux qui l'approchent. Vous trouveriez, je crois, près d'elle, cette vie de recueillement, de sacrifice et de bonnes œuvres à laquelle vous aspirez.» Alors, avec la vivacité et le feu qui
i Discipulis astantibus , — In medio stetit Christus, — Dicens . Paz voliis omnibus. — Alléluia. — Les disciples étant assemblés, — Jésus parut au milieu d'eux, — Disant : La paix soit avec vous. — Alléluia. (Chant pour le S' jour de Pâques et le Temps pascal.)
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lui étaient naturels, il se mit à raconter toute l'histoire d'Elizabeth : touchant récit que M"* O'Conway écoutait avec une visible émotion. Les paroles qu'elle entendait décidaient de sa destinée.
D'un caractère ferme et doux à la fois, qui n'admettait pas les longues irrésolutions, elle abandonna ses projets de départ, du jour qu'elle espéra trouver à sa portée ce qu'elle avait voulu chercher à une si grande distance. Son père, heureux à la pensée de n'être plus qu'à demi séparé d'elle, l'accompagna à Baltimore, et la présenta lui-même à l'illustre veuve, comme une enfant qu'il voulait offrir à Dieu. M'"' O'Conway ht son entrée dans la petite école le 7 décembre 1809, jour dont le souvenir est devenu précieux aux nombreuses servantes de Dieu qui sont venues après elle.
M. Babad eut une claire-vue de ce que promettait à la future communauté l'arrivée de cette première coopératrice. Il invita Elizabeth à regarder sa venue comme le gage de bénédictions plus nombreuses. Il lui annonça que bientôt de nouvelles compagnes s'assembleraient autour d'elle ainsi qu'un abondant essaim. Il l'exhorta à multiplier ses actions de grâces, en disant souvent devant Dieu ces paroles de son saint prophète :
Que le nom du Seigneur soit béni, maintenant et dans tous les siècles.
De l'orient à l occident , le nom du Seigneur notre Dieu est digne de louanges.
Qui est semblable au Seigneur notre Dieu, qui habite au plus haut des deux , et qui abaisse ses regards
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sni' ce qu'il ij a de pi un hwnble dans le ciel et sur la terre ?
Qui tire le faible de la poussière^ et relève le pauvre de dessus le fumier.
Pour le placer parmi les princes, parmi les princes de son peuple.
Qui donne à celle qui était demeurée stérile en sa maison, la joie de se voir la mère de nombreux enfant s\
Ce fut vers ce même temps que M. du Bourg eut entre ses mains le don offert par M. Cooper. Il fut aussitôt décidé qu'on bâtirait une maison qui servirait à la fois d'école pour les enfants pauvres et d'asile pour les personnes infirmes ou âgées; avec une annexe où l'on recevrait les enfants des familles aisées, dont la pension deviendrait le revenu principal de tout l'établissement. La pensée qu'on avait eue d'abord de bâtir sur les terrains vacants du séminaire de Sainte-Marie avait été abandonnée. M. du Bourg eût désiré cependant qu'on ne s'éloignât pas beaucoup de Baltimore; mais il se rendit à plusieurs raisons que fît valoir M. Cooper, pour qu'on plaçât le siège de la future communauté à une distance de près de cinquante milles de la ville , dans le comté de Frederick, non loin d'un village nommé Emmetlsburg. Ce lieu, remarquable par la beauté des montagues qui l'environnent, oflrait les avantages d'un climat sain, d'un air pur, d'un sol fertile , arrosé par des eaux abondantes. Éloigné du mouvement et de la dissipa-
* Psaume csii.
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lion des grandes villes, situé au milieu d'une petite colonie catholique très-fervente , il semblait préparé tout exprès pour devenir l'asile du recueillement et de la charité'.
L'acte dé vente du terrain qu'on acheta fat passé sous les noms réunis de MM. William du Bourg et Samuel Cooper, que nous connaissons déjà, et sous le nom de M. Jean Dubois, qui ne nous est pas encore connu. M. Dubois était un prêtre émigré français. Nous le verrons dans la suite évêque de New-York ; maintenant , chargé par M. Carroil de desservir les petites agglomérations catholiques disséminées dans la contrée dont Frederick est le centre, il avait, lui seul, le soin des âmes dans ce vaste pays. La principale résidence de M. Dubois était à Emmettsburg.
1 Emmettsburg se trouve à oaze milles — cinq lieues — au sud de la ville de Gettysburg , qui, de nos jours, au plus fort de la lutle entre les États du Nord et les États du Sud, a été le théâtre d'une bataille sanglante.
M. Dubois, pasteur de la Congrégation catholique d'Emmettsburg. — Acquisitions faites à Emmettsburg pour y établir une communauté religieuse. — De nouvelles compagnes viennent se joindre à Elizabeth. — L'archevêque de Baltimore la bénit, et la salue du titre de Mère de sa naissante famille spirituelle. — Profonde humilité de la Mère Seton. — Elle prononce ses vœux entre les mains de M. CarroU. — M. du Bourg est désigné comme supérieur ecclésiastique de l;i communauté. — Les Sœurs de Saiat-Joseph. — Cecilia et Henriette Seton à Emmettsburg. — L'église de la Montagne — La prière du soir. — Henriette Seton embrasse la foi catholique.
Nous avons déjà rencontré plusieurs de ces exilés, confesseurs de la foi, qui, chassés de leur pays, vinrent édifier l'Église d'Amérique. Chaque fois qu'ils nous sont apparus , nous nous sommes arrêtés avec respect ; nous avons rappelé le souvenir de leurs épreuves , et nous avons raconté leurs œuvres , qui toutes ont témoigné pour eux. Ne nous lassons pas de les admirer, ces œuvres apostoliques qu'ont enfantées leur zèle ; elles ont été leur seule réponse à la persécution qui les avait chassés de leur pays. Ré-
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ponse éloquente, bien que muette et lointaine, qui, pendant longtemps, n'a trouvé d'autre écho que dans les solitudes américaines, parmi les chrétientés naissantes, chez les tribus sauvages, au bord des grands fleuves, à l'entrée de la prairie indienne et de la forêt. Réponse éloquente vraiment, pour quiconque a pu l'entendre ! mais qui resta longtemps perdue en ces déserts, longtemps méconnue et comme étouffée au milieu du bruit des cités occupées par l'hérésie; jus- ([u'au jour où, haussant la voix peu à peu, elle a conquis les droits de la vérité, et proclamé son triomphe. Maintenant qu'un de ces apôtres , un de ces proscrits , se rencontre sur notre chemin, nous le saluerons à son tour ; nous suspendrons notre récit , et nous dirons avec bonheur ce que nous avons appris de lui. Aussi bien, il n'est pas possible de parler d'Emmettsburg sans parler de M. Dubois. C'est son zèle , c'est sa piété qui les premiers ont fait fleurir cette vallée déserte. Emmettsburg , célèbre maintenant dans tous les États- Unis, lui doit, non moins qu'à Elizabeth Selon, sa prospérité religieuse.
M. Dubois était né à Paris; ses parents, excellents chrétiens, appartenaient à cette bonne bourgeoisie parisienne qu'on tenait jadis en si grande estime. Ils apportèrent tous leurs soins à l'éducation de leur fils , et le firent élever sous leurs yeux au collège Louis -le- (irand, que fréquentait alors l'élite de la jeunesse française. Bien des années plus lard, M. Dubois rappelait qu'à cette époque de sa vie, il avait eu pour condisciples les hommes qui, de son temps, avaient fait le plus d'honneur à la religion , et ceux qui
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en avaient été les ennemis les plus cruels : d'un côté, les Le^^ris-Duval, les Liautard , les Mac-Carthy ; de l'autre, les Robespierre et les Camille Desmoulin.
Dès son enfance, le' jeune écolier avait eu le goût (les choses de Dieu; maintenant, élève brillant, récompensé par des succès flatteurs, il sentit s'éveiller en lui une vocation d'humilité et de sacrifice. Sa piété , jointe à ses talents, lui mérita une dispense d'âge pour recevoir les ordres sacrés : il venait d'avoir vingt- deux ans. La révolution le trouva simple prêtre , attaché à la paroisse de Saint-Sulpice.
Parmi les prêtres français qui, dans ces temps de calamités, s'éloignèrent de leur pays, les uns ne se décidèrent à le quitter que lorsqu'ils n'eurent plus d'autre choix qu'entre la prison ou l'échafaud ; les autres émigrèrent dès l'instant où l'Assemblée nationale eut voté la constitution civile du clergé. De ce nombre fut M. Dubois. Le décret qui imposait à tout prêtre ou religieux l'obligation de prêter serment à cette constitution impie , le détermina à s'expatrier. 11 passa aux États-Unis , où il débarqua dans l'été- de 1791 , à Norfolk, ville de l'État de Virginie.
Le catholicisme commençait seulement à vivre à ciel ouvert chez le peuple américain. La moissoti était grande; les ouvriers évangéiiques en très-petit nombre. La France, il est vrai, allait en envoyer plusieurs, et de ses meilleurs : mais qu'était-ce encore pour cette terre des États-Unis , aussi vaste que l'Europe entière? Le nouvel arrivant se présenta d'abord à M. Carroll, qui fut pour lui comme un père. En même temps,
grâce à des lettres de recommandation de M. de Lafayette, qu'on lai avait procurées avant son départ de France, il trouva accueil chez plusieurs personnages émiuents dans FUnion. On le reçut avec courtoisie à cause des lettres qu il apportait, puis avec empressement lorsqu'on l'eut connu; ses plus étroites relations furent avec l'illustre Monroe et avec Patrick Henry. L'intervention de ces deux hommes d'État lui servit plus encore que les lois , contre lesquelles les mœurs publiques réagissaient, pour lui faire obtenir de célébrer les saints mystères dans la capitale de la Virginie , à Richmond , où peu de temps auparavant un prêtre catholique avait été forcé de demander à un déguisement d'emprunt la sûreté de sa propre personne. Une des premières occupations de M. Dubois, dès son arrivée en Amérique, fut d'apprendre la langue du pays. Patrick Henry lui donnait des leçons ; le fougueux orateur devenait près de son élève un maître patient qui prenait plaisir à lui faciliter sa tâche. Sitôt qu'il eut acquis quelque habitude de l'anglais, M. Dubois vint prier M. Carroll de disposer de lui. Ce fut alors que l'éminent évéque lui demanda de desservir les populations qui environnent Frederick, Montgomery, Winchester, et Hagerstown. A partir de 1794 jusqu'en 1808, le nouveau pasteur fut continuellement occupé à passer d'une station à l'autre pour administrer les sacrements , prêcher la parole de Dieu , catéchiser la jeunesse. On peut juger de ses labeurs par l'étendue du champ de son activité, qui ne comprenait pas moins de cinquante milles sur soixante. Sa résidence, si l'on peut dire qu'il en eût une alors.