CHAPITRE XIV
était à Frederick, ville naissante, qui lui a dû la construction de sa première église. A cette époque, la contrée environnante n'offrait encore que de légères traces de culture , autour desquolles la forêt sauvage étendait son cercle de toutes parts. Emmettsburg n'était qu'un petit village dépourvu d'église. Une fois par mois seulement, à certains jours fixés d'avance, les catholiques se réunissaient dans la montagne, à une distance d'environ deux milles du groupe des maisons principales. 11 y avait là une sorte de chapelle qu'on avait disposée dans une des chambres d'une ferme. M. Dubois y venait célébrer la messe et donner une instruction.
A la fin de l'année 1805 , les colons d'Emmettsburg, voulant bâtir une demeure pour leur bon prêtre , demandèrent assistance à leurs frères de Frederick. Les deux congrégations se réunirent sur le versant de la montagne, et défrichèrent ensemble un espace de terrain suffisant pour y construire une log-house, — maison en bois grossier, — composée de deux ])ièces, à un seul étage. Au printemps suivant, on se réunit de nouveau, et l'on commença à bâtir non loin de la maison , sur une des pentes qui la dominent, une église en briques, qui fut achevée en 1808.
Cette même année, M. Dubois, pendant qu'il faisait sa retraite chez les prêtres Sulpiciens du séminaire de Baltimore, demanda à M. Nagot, leur vénérable supérieur, d'être agrégé à la Compagnie; précieuse faveur qu'on fut heureux de lui accorder sitôt qu'on eut reçu de France l'agrément demandé à M. Emery.
Le zèle du nouveau Sulpicien eut bientôt à s'exercer
en l'honnpur de la Compagnie. M. du Bourg, dont il était confrère maintenant, étant venu le visiter au milieu de ses montagnes, fut charmé de la beauté du pays et du calme de cette solitude. L'idée lui vint qu'on pourrait y établir un petit séminaire, où l'on formerait des professeurs, et où l'on préparerait des vocations pour la maison de Baltimore. Une prompte exécution suivit ce projet. On acheta un lot considérable de terrain, et l'on se mit à construire de vastes bâtiments au bas de la montagne, dans le voisinage de l'église et de la petite résidence de M. Dubois. Plus tard on s'étendit dans une clairière au milieu de la forêt. L*^ nouvel établissement prit le nom de séminaire du Mont- Sainte-Marie , et reçut, tout inachevé qu'il était, seize jeunes séminaristes que messieurs de la Compagnie y amenèrent au printemps de l'année 1809. Tels ont été les commencements de ce séminaire, qui devait prendre un si rapide accroissement, et devenir une pépinière si féconde pour la science et la religion aux États-Unis. jM. Dubois en fut nommé supérieur. 11 accepta de grand cœur ce fardeau, bien qu'il portât le poids déjà trèslourd de sa charge pastorale.
L'emplacement qui fut choisi dans la vallée d'Emmettsburg pour la maison d'Elizabeth Seton, se trouvait à deux milles environ des terrains sur lesquels on avait construit le séminaire du Mont- Sainte -Marie. Il y avait là une petite ferme qu'on acheta d'un colon nommé Robert Fleming, ainsi qu'une maison de pierre, qui forme aujourd'hui à peu près la moitié du lavoir de la communauté actuelle. La ferme et la maison devaient plus tard servir de dépendances pour
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l'habitation, beaucoup plus ^rand(^, qui recevrait la communauté. Pour les approprier à leur nouvelle destination, il y avait des travaux à faire qui devaient exiger d'assez longs délais. On les commença, et pendant ce temps Elizabeth, qui n'avait point quitté Baltimore, vit arriver successivement, comme aspirantes à la future communauté, M"'' Maria Murphy ^ avec Marie - Anne Butler, de Baltimore, et M"* Suzanne Clossy, de New-York. La divine bénédiction se manifestait sur son œuvre, éclatante à tous les yeux; et d'autre part, dans le secret. Dieu disposait pour la seconder et se réunir à elle , plusieurs âmes d'élite, qui la faisaient confidente de leur bonne volonté. « La perspective qui s'ouvre devant moi, écrivait-elle, est vraiment céleste. Qui pourrait dire ce que j'apprends chaque jour de la piété de ces chères âmes, dont toute la joie serait de se réunir sous ma bannière, qui n'est autre que la croix de Jésus-Christ? Je me vois partout saluée du titre de mère. Ce doux nom , je le rencontre sur des lèvres étrangères , qui ne m'avaient encore jamais adressé même un simple salut. »
Elle recevait également, et de toutes parts, les encouragements du clergé, si précieux pour elle. — « Que la Providence est admirable dans ses desseins! s'écriait M. de Cheverus ; déjà je vois le chœur des vierges nombreuses qui vous suivent à l'autel. Voici votre congrégation bénie qui se propage dans toute la région des
» Maria Murphy, d'origine irlandaise, était nièce de Matthew Garey, de Philadelphie, célèbre dans l'Union par son active philanthropie et par sa résistance contre l'oppression britannique au moment de la gueiTc de l'Indépendance.
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États-Unis; elle répand au loin le parfum de Jésus- Christ; elle enseigne, parles exemples d'une vie angéli([ue et par l'autorité d'une pieuse doctrine, comment on doit servir Dieu en toute justice et sainteté. »
L'Église d'Amérique avait sujet de se réjouir en voyant naître dans son sein cette communauté nouvelle. Jusqu'alors il n'avait existé, dans l'immense étendue des États-Unis, que trois maisons religieuses pouvant servir de retraite à de pieuses femmes , filles ou veuves. La plus ancienne de ces maisons, celle des Ursulines consacrées à l'éducation des jeunes filles, avait été fondée à la Nouvelle-Orléans en 1727, alors que la Louisiane appartenait encore à la France. Or, entre la Nouvelle-Orléans et la capitale du Maryland, la distance n'est pas moindre que d'un millier de milles C'est un intervalle à peu près égal à celui qui sépare Constantinople de Paris. Quant aux deux autres couvents , ils appartenaient aux anciennes colonies anglaises de l'Amérique septentrionale. L'un, celui de Porto-Tobacco , dans le comté de Charles, État du Maryland, servait d'asile à des Carmélites ; l'autre , celui de Georgetown , dans le district de Columbia, était occupé par des religieuses de la Yisitation , qui se dévouaient aussi à l'éducation de la jeunesse.
La famille spirituelle d'Elizabeth se composait déjà de quatre pieuses filles réunies auprès d'elle, lorsque M. Carroll voulut lui conférer solennellement la mission de conduire cette communauté naissante. Luimême il vint la bénir et la saluer du titre de mère, qu'à partir de ce moment elle ne devait plus quitter. Pour donner à cette bénédiction une solennité plus grande,