CHAPITRE XIV
et pour associer les prières de son clergé à ses propres vœux , le pieux archevêque s'était fait accompagner de plusieurs de ses prêtres et des professeurs de Sainte- Marie, (jui avaient pris une si grande part à la nouvelle œuvre.
La mère Seton, — c'est le nom que nous lui donnerons désormais, — possédait à un haut degré l'esprit de ferveur et le don d'allumer la flamme de l'amour divin tout autour d'elle. Rien n'égalait cependant le sentiment qu'elle avait de sa propre indignité. Elle se croyait tout à fait hors d'état de diriger des âmes, surtout des âmes appelées à la perfection dans l'état religieux. Le soir du jour où elle reçut de son évêque cettp haute mission de mère spirituelle, elle fut saisie à'uno sorte de transport d'humilité et de terreur. Fondant en larmes au milieu de ses compagnes , elle tomba à genoux, demeura quelques moments sans pouvoir proférer une seule parole, puis se mit à confesser à haute voix, avec une profonde contrition, les fragilités et les actions les plus humiliantes de sa vie entière. « Dieu de miséricorde, s'écria-t-elle en terminant, vous savez combien je suis incapable de la tâche qui m'est confiée ; moi , dont les péchés vous ont crucifié si souvent, moi qui dois rougir de honte et de confusion. Comment saurais -je guider les autres, moi si misérable, si imparfaite, et en même temps si ignorante de moi-même? «
Elle s'empressa de se soumettre à l'avis de ses directeurs pour toutes les règles qu'il fut possible de donner à sa communauté dans les circonstances présentes. On commença par fixer des heures pour les exercices reli-
gieux et pour l'emploi de toutes les actions de la journée. Les Sœurs consacraient leur temps aux divers soins de l'intérieur de la maison et à l'éducation des enfants de l'école, dont le nombre s'était beaucoup augmenté. Elles avaient été exhortées à pratiquer la mortification et à observer la règle du silence le plus qu'elles le pourraient Bien qu'on n'eut pas encore décidé quel institut religieux on choisirait comme modèle , on trouva convenable que la mère Seton se liât, au moins pour un temps, par un acte de consécration, à la sainte vie qu'elle adoptait. J^He fit ce vœu en particulier, en présence de M. CarrolK « L'objet que j'avais en le prononçant, dit- elle, était d'embrasser la pauvreté, au sein de laquelle je souhaitais vivre et mourir; la chasteté, si aimable et si belle, que je trouvais véritablement mes délices à la chérir; l'obéissance surtout, refuge assuré et sauvegarde de mon âme. »
Ce fut encore M. Carroll qui eut à nommer le supérieur ecclésiastique de la communauté; son choix , qui ne pouvait être mieux justifié, s'arrêta sur M. du Bourg. On proposa ensuite plusieurs noms pour désigner la nouvelle société ; mais avant qu'elle n'eût adopté une règle permanente, propre à lui donner son caractère bien distinct, on ne pouvait guère déterminer un choix de ce genre. Toutefois, à la demande de la mère Seton, il fut convenu qu'elle et ses compagnes prendraient le nom de Sœurs de Saint- Joseph. L'inclination de sa piété l'avait portée à mettre les Sœurs, les enfants de son école, les enfants de son propre sang, et aussi ellemême, sous le patronage du plus favorisé de tous les saints, celui qui fut le gardien de l'enfance du Fils de