‹ Elizabeth Seton et les commencements de l'église catholique aux États-Unis (volume 2)Chapitre 6 sur 94 · CHAPITRE I T · texte numérisé non relu

CHAPITRE I T

L'éducation d'Elizabeth , commencée par son p»nc , fut complétée presque uniquement par lui. Tout ce qu'il y a de sérieux dans le devoir paternel, M. Bayley le comprenait ; aussi s'attacha-t-il beaucoup plus à développer chez son enfant les qualités solides que les dehors qui flattent l'amour-propre. Il s'étudia à former son caractère, à perfectionner son cœur; et mit, dans les premiers temps de son éducation, autant de tact et de sagesse à modérer, plutôt qu'à exciter, l'ardeur de son intelligence. 11 savait que les dons brillants servent bien peu pour le bonheur; qu'on leur doit rarement le calme de l'esprit, et ces intimes affections qui sont les grandes jouissances de la vie. La justesse de la raison, le charme d'un aimable caractère, voilà ce qu'il voulait développer chez sa fille , afin qu'elle sût à la fois se faire aimer et se rendre heureuse.

Soumise avec amour à la direction douce et ferme qui la guidait , la docile enfant s'accoutuma de bonne heure à réprimer sa vivacité naturelle, à modérer ses fantaisies, à conserver parmi les contrariétés un caractère toujours égal. Elle apprit à nourrir dans l'oubli d'elle-même le désir, qui ne la quittait pas , d'être utile aux autres et de s'employer à quelque bien. Ce désir, insatiable besoin, nous dirions volontiers qu'il s'éveilla chez elle aux premières lueurs de sa pensée; il l'anima toute sa vie et ne laissa jamais son cœur inactif. Elle comprit bientôt que l'abnégation Talimentait et l'apaisait tout ensemble ; elle découvrit la douceur cachée dans la dure habitude du sacrifice, comme ce miel exquis que les Livres saints appellent le miel du rocher, le miel de la pierre.

Dès son enfance , elle s'était fait remarquer par sa piété. Touchée d'un précoce amour de Dieu, elle apprit, presque en même temps, à réfléchir et à aimer la prière. On la voyait assidue aux offices de son église, édifiant les assistants par son recueillement et sa ferveur. Un peu plus avancée en âge, elle fit ses délices de la lecture des Livres saints. Ces pages, toutes vivantes de l'esprit de Dieu, devinrent la nourriture de son âme ; elle v puisait les maximes qui dirigeaient ses pensées, sa conduite, ses jugements sur toute chose. Transcrire les passages qui la frappaient et la touchaient le plus, était une occupation qui la ravissait. Peu à peu, ce qu'elle avait lu, transcrit, médité avec tant de goût, se fixait dans sa mémoire ; son esprit s'enrichissait d'abondants trésors. Nous la verrons , plus tard , laisser découler de ses lèvres ou de sa plume éloijuente les citations les plus heureuses qu'elle empruntait à la sainte Ecriture, avec une grâce qui lui était naturelle.

Les desseins de Dieu se laissent entrevoir de bonne heure sur cette belle âme. Profondément pieuse, attentive et fiilèle à la grâce, du jour où elle entend ses premiers appels, elle marche d'un pas continu, elle avance, elle se perfectionne. Ou sent que ['Auteur de tout don parfait la prévient déjà de ces grâces abondantes qui l'arracheront un jour à l'erreur. Eucore séparée de nous, et fermement attachée à sa croyance, elle incline, bien qu'à son insu, vers la vrjie Eglise de Jé->us -Christ, (|ui la possédera ])lus lard. Un attrait qu'elle ne soujiçonne pas l'y attire. Elle en repousserait jusqu'à l'ombre, si seulement elle l'apercevait. Mais , élevée dans une secte protestante , empreinte

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plus qu'aucune autre secte, des vestiges (\e. la religiou que les Apôtres nous ont transmise, ce qu'elle goùle dans son culte, c'est surtout ce qu'il a gardé de nos traditions catholiques. « Le cœur a ses raisons, que la raison ne connaît pas; » celui d'Elizabeth s'éprendra d'abord de la douceur et de la beauté de notre religiqn tout aimable et toute divine. Mais ce n'est point encore assez : quand le jour viendra où elle aura compris que Dieu la veut dans le vrai bercail , elle s'instruira de nos enseignements, elle demandera qu'on la conduise à la source de nos doctrines; la vérité lui apparaîtra, et dès lors elle « mettra sa foi dans le sentiment de son cœur « , Son inclination naturelle nous l'a gagnée dès son jeune âge. Sa piété sincère l'achemine insensiblement vers les hauteurs de la vérité : nous pouvons déjà devancer l'heure heureuse oii, son esprit ayant acquis toute sa vigueur, nous verrons la foi, cette conquérante des âmes, qui de ses mains divines nous la donnera.

Dès h présent, passionnée pour la lecture, elle se plaisait singulièrement aux souvenirs et aux traditions de la sainte Église catholique; elle admirait ce que l'histoire lui apprenait de nos établissements monastiques et religieux. Son imagination se plaisait aux descriptions de nos vieux cloîtres, les récits de la vie laborieuse et mortifiée des moines; le dévouement et l'abnégation des vierges consacrées à Dieu la pTénétraient de respect. Sans cesse elle demandait à l'auteur de Vlmitalion ses conseils incomparables. Elle avait une tendre piété pour les anges gardiens ^ Fidèle, d'ailleurs,

1 Voir plus loin le journal d'Elizabeth, écrit par elle dans le lazaret de Livourne. — 4 décembre 180B.

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en re point , aux prescriptions de l'Église anglicane , elle inclinait pieusement la tête si l'on prononçait devant elle le nom de Jésus. L'image de Notre-Seigneur lui inspirait une vénération profonde; le signe de notre rédemption, le crucifix, lui était particulièrement cher. Elle portait toujours à son cou une petite croix suspendue à un ruban. On l'entendit maintes fois qui exprimait son étonnement de voir qu'on donnait si rarement autour d'elle « ce témoignage de respect et d'amour à notre cher Sauveur » .

C'était l'incessante prière d'un grand saint : Mon Dieu, donnez seulement, donnez que je vous connaisse et que je me connaisse ! Et c'était aussi la prière d'Elizabeth. EUe avait cette bienheureuse faim et soif de la justice, delà droiture et de la vérité, qui a reçu la promesse du rassasiement éterneP. Tous les soirs elle examinait sa conscience avec une attention scrupuleuse. Elle s'était tracé un plan de perfection; ses efforts soutenus tendaient à le suivre de près. D'ordinaire, elle faisait son exauien par écrit , se reprochant les moindres torts, ses négligences presque involontaires, se rendant compte des rêveries de sa pensée, des distractions de son esprit. Nous la voyons qui se reprend elle-même pour des fautes qu'une conscience moins délicate eût à peine aperçues ; presque toujours elle achève cette étude de son âme en remarquant que ses moments eussent été mieux employés si elle les eût passés dans la prière et dans la retraite. En elle, ce qui nous ravit, c'est qu'un sentiment si sévère pour soi, si pro-

' Bienheureux ceux qui ont faim et soif de la justice, car ils seront rassasiés. — Matth. v.

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