CHAPITRE XVI
Les solennités du jour où l'on transporta le saint Sacrement dans le nouveau sanctuaire furent célébrées par la communauté avec tout l'éclat qu'on leur put donner. M. Dubois officiait au milieu d'une assistance nombreuse. Les Sœurs marchaient en procession à la suite du saint Sacrement; la joie au cœur; sur les lèvres, des actions de grâces. La modeste chapelle qu'on venait de consacrer était d'une extrême simplicité au dedans et à l'extérieur; mais dès qu'on y entrait, on y respirait un parfum de piété qui devait être agréable à Dieu. «L'autel était bien pauvre, dit un témoin de cette journée. Pour tout ornement il n'avait qu'un tableau qu'on avait apporté de New- York, qui représentait l'image de notre cher Rédempteur; et avec cela, ses deux petits chandeliers d'argent. On avait mis alentour quelques lauriers sauvages; et, dans des vases tout unis, les plus simples du monde, des touffes de fleurs et d'herbes des bois. »
Dès le lendemain du jour où elles étaient venues habiter leur nouvelle demeure , le 22 février, les Sœurs ouvrirent régulièrement leur école. Tout aussitôt, une quantité d'enfants arrivèrent, soit du village, soit du pays d'alentour. C'était là ce qu'elles avaient espéré, aussi ne refusèrent-elles personne. Le 19 mars suivant, jour de la fête de saint Joseph, la mère Selon exprima le désir qu'on invoquât d'une manière toute particulière le saint protecteur de la maison. La première messe solennelle qui ait été célébrée dans la chapelle fut dite ce jour-là. Toute la communauté, les religieuses et les élèves, se recommandèrent avec une piété fervente au saint ami de l'enfance de Notre - Seigneur,
afin qu'il attirât la bénédiction de Dieu sur l'œuvre commencée.
Cecilia assista, elle aussi, à cette messe. Elle avait demandé qu'on la transportât à la chapelle. Ce fut la dernière fois qu'elle y parut. Elle ne s'était pas levée depuis plusieurs semaines; les forces, non le courage, l'abandonnaient. D'ordinaire la jeunesse et la maladie sont habiles à se décevoir elles-mêmes; mais elles avaient ici les yeux ouverts. La mourante envisageait à la lumière de la foi sa fin , qu'elle savait prochaine. Rien ne détournait son esprit de la pensée du ciel. Sa ferveur, son union avec Dieu augmentaient à mesure que la souffrance la détachait des captivités de la terre. Quelques lignes tracées de sa main, peu de semaines avant sa mort, nous feront voir à quelle hauteur de perfection elle était déjà parvenue.
1" février 1810.
(c Aujourd'hui , je suis toute remplie de l'idée que je ne verrai pas la fin de ce mois. On me dit que je vais me rétablir; mais moi je pense que le reste de mon exil sera très -court. Dieu soit béni... Et cependant, quelle chose étrange! je suis triste etabattue. Je soupire après le moment où cette enveloppe mortelle étant brisée, mon âme prendra son essor pour aller reposer sur le sein de son Dieu; et en même temps, je redoute ce moment qui s'approche... Comment en est-il ainsi? C'est que je pense au jugement qui suivra la mort. Les saints eux-mêmes } ont pensé en tremblant : moi donc que ferai-je ! Us se confiaient en la miséricorde de leur