‹ Elizabeth Seton et les commencements de l'église catholique aux États-Unis (volume 2)Chapitre 58 sur 94 · CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI

mes yeux. D'où vient cela? — C'est que vous m'avez donné quelques souffrances, très -cher Seigneur; quelques souffrances avec quelques malaises, peut-être encore plus pénibles à supporter, qui me font souvenir de la fragilité du fil qui retient ma vie. Je ne m'en suis pas toujours souvenue ainsi. Vous avez vu mon oublieuse faiblesse, et vous en avez eu pitié. Vous m'avez fait sentir, ô mon cher Maître, la vanité de tout ce qui est terrestre; et maintenant je soupire après le moment qui brisera mes liens et qui me verra entrer dans mon repos. Taillez , crucifiez ce corps de péché ; qu'il subisse en ce monde la peine qui lui est due ; mais après, épargnez -moi, ô mon Jésus! A l'heure de la mort, assistez-moi, recevez-moi. »

Dans les premiers jours d'avril, on transporta Cecilia à Baltimore, pour obéir à ce que demandaient les médecins. La mère Seton , Anna et une des Sœurs de la communauté l'accompagnèrent. On aurait pu lui épargner la fatigue de ce voyage, qu'elle n'avait pas désiré, et qu'Elizabeth redoutait. La seconde semaine après son arrivée s'était à peine écoulée , qu'elle s'éteignait doucement , sans lutte ni souffrance , serrant le crucifix contre sa poitrine, et trouvant sur ses lèvres un dernier sourire pour dire adieu à sa sœur.

Elle fut portée le lendemain à la chapelle du séminaire de Sainte -Marie. Un nombreux clergé la précédait, suivi en procession par un grand concours de fidèles, qu'avaient attirés la sainte renommée de la jeune morte , et l'intérêt qu'on éprouvait pour la mère Seton. Celle-ci voulut être présente à la messe

i42 ELIZABETH SETON

qui fut célébrée solennellement pour le repos de l'àme (le Cecilia. A sa sortie de la chapelle , après la cérémonie mortuaire, elle monta en voiture pour retourner à Emmettsburg. Elle emmenait avec elle le cher cercueil qu'elle allait confier à la vallée de Saint-Joseph, et déposer à côté de la tombe d'Henriette. Un prêtre du clergé de Baltimore et la Sœur qu'elle avait emmenée furent près d'elle pendant ce funèbre voyage.

La mort prématurée de ses deux sœurs laissait un vide affreux dans l'existence d'Elizabeth. Dieu fut le confident de ce qu'elle souffrait. Elle baisa la main qui venait lui arracher les doux objets de l'affection la plus intime et la plus tendre. Elle fit effort pour se défendre contre l'égoïsme de sa douleur, en s'attachant à la pensée du bonheur dont celles qu'elle avait perdues jouissaient. L'espérance qu'il lui était permis d'avoir pour ces deux angéliques créatures, se nourrissait sans cesse du souvenir de leur sainte mort, des mérites de leurs vertus, des sacrifices dont leur courte existence avait été remplie. Toujours présentes à sa pensée, ces mortes lui parlaient encore. Tous les jours on la voyait qui partait seule de la maison de Saint-Joseph; elle s'acheminait vers les deux tombes, y demeurait longtemps, et conversait avec ses sœurs. Son âme, dans un muet entretien, s'adressait à leurs âmes saintes. Quehjues seoiaines après le plus récent de ses deuils, elle écrivait à une de ses amies, une protestante : « Ma bien-aimée Henriette , avec mon ange Cecilia, reposent dans le bois, tout à côté de moi. Les enfants et plusieurs de nos bonnes Sœurs qu'elles aimaient si tendrement, font croître des fleurs sur leurs tombes. Le

Page 1