‹ Elizabeth Seton et les commencements de l'église catholique aux États-Unis (volume 2)Chapitre 59 sur 94 · CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI

petit endos qui les renferme est l'endroit qui m'est le plus cher au monde. Je suis loin d'être ja'ivée d'elles autant que vous pouvez le penser ; car avec ce que vous appelez mes folles idées, il me semble que je les ai toujours autour de moi. D'ailleurs le temps de la séparation ne sera pas long. »

Si Dieu continuait d'éprouver par le feu des salutaires afflictions la fidélité de sa servante, il lui ménageait dans sa miséricorde de précieuses consolations. L'œuvre qu'elle avait commencée devenait de jour en jour très-florissante, et les enfants de sa tendresse, ses trois filles et ses deux garçons, lui donnaient toute espèce de contentement. William et Richard avaient été admis au petit séminaire du Mont-Sainte-Marie, où leur éducation se continuait sous la direction paternelle de l'excellent M. Dubois. Anna, Catherine- Joséphine et Rebecca étaient élevées dans la maison de Saint- Joseph. Elles s'y trouvaient entourées déjà de compagnes nombreuses. A peine l'école d'Elizabeth avaitelle été ouverte, que les élèves y étaient arrivées de toutes parts. Le 14 mai, on y recevait les cinq premières pensionnaires payantes; celles- ci venaient du comté de Frederick, dans lequel est Emmettsburg, au nord, sur les confins de la Pensylvanie '. Leur nombre, qui s'augmenta rapidement, se montait à trente avant la fin de l'année. Dès cette époque, la maison entretenait

1 Le territoire des divers États qui forment l'Union américaine est subdivisé en comtés. L'Etat du Maryland, avec une superficie de 14,000 milles carrés, — soit ttil3 lieues carrées , — et une population qui s'élève maintenant après de 700,000 âmes, comprend vingt-deux comtés.

tii ELIZABETH SETOiN

plus de quarante enfants pauvres. Les Sœurs étaient au nombre de douze. Tous les jours, la communauté avait des demandes d'admission. Quelques mois encore, et cette vallée solitaire allait voir près de quatre-vingtdix personnes réunies sous ce toit si nouveau encore. Ainsi les embarras et les épreuves des commencements n'avaient point ralenti les progrès d'une œuvre que Dieu avait lui-même préparée, et à laquelle la charité avait mis sa main , sa main tout à la fois si faible et si puissante.

Une lettre de la mère Seton , écrite à la fin de mai , cette même année, nous laisse voir ce que dès lors son attente se promettait. «Nous avons eu, écrivait- elle, la maladie sans trêve dans notre maison pendant tout l'hiver; et j'ai été obligée de faire bien des frais et de marcher à travers toutes sortes de difficultés, très-naturelles dans une œuvre telle que celle où je me suis engagée. Vous le comprenez, l'ennemi de tout bien, naturellement, fait tout son possible pour la détruire. Mais il semble que notre adoré Seigneur a dessein qu'elle obtienne un plein succès, tant il y a engagé de sujets excellents. Nous sommes douze maintenant , et autant sont dans l'attente de leur admission. J'ai une très-grande école à surveiller, avec la charge de donner l'instruction religieuse à toute la contrée environnante. Tous ont recours aux Sœurs de Charité, qui sont jour et nuit dévouées aux malades et aux ignorants. Notre saint évêque à l'intention de transférer quelques-unes d'entre nous à Baltimore, afin qu'elles y accomplissent les mêmes offices qu'ici. La maison que nous avons est très-bonne. La vieille bâtisse restera la maison mère,

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et la maison de retraite dans tous les cas ; car il faudra toujours qu'une partie des Sœurs y demeurent pour surveiller les Jileuses et celles qui tissent et qui tricotent, et tenir l'école des gens de la campagne, qui devient chaque jour plus nombreuse. Notre saint évêque aime tant notre maison, qu'on dirait que nous soyons la portion la plus chérie de son troupeau. C'est là une grande consolation pour moi au milieu de mes embarras et de ces difEcullés. Tout le clergé d'Amérique nous assiste de ses prières. Il y a grand espoir que ce qui a été commencé ici sera le germe d'un bien immense qui se fera dans l'avenir. Vous vous étonnerez que Notre-Seigneur ait pu choisir pour y présider une personne telle que je suis; mais vous savez qu'il se plaît à faire éclater sa force parmi la faiblesse , et sa sagesse parmi l'ignorance. Que son saint nom soit béni! C'est sur les humbles, c'est sur ceux que nul ne défend qu'il se plait à répandre ses plus grandes miséricordes , afin de se servir d'eux comme d'exemple pour l'encouragement des pauvres pécheurs. »

L'esprit de charité, de mutuel accord, régnait sans le moindre nuage dans la communauté de Saint-Joseph. La mère Seton ouvrait son cœur au sentiment de doux repos que lui faisait goûter une union si parfaite. Elle en rendait sans cesse grâces à Dieu. Ce qui la touchait le plus, c'est qu'elle y voyait l'accomplissement de la parole du divin Maître : C'est à cela qu'on reconjiaîtra que vous êtes mes disciples : c'est si vous vous aimez les uns les autres. Elle attendait cette année-là, avant la fin de la belle saison, la visite d'une

de SOS amies de Baltimore, une protestante. Son amitié aimait à se figurer la grande édilication , tout au moins les bonnes impressions, que l'étrangère ne pourrait pas manquer de recevoir en vivant dans un intérieur où la piété se laissait voir sous un jour si doux. Renouvelant auprès de son amie les instances qu'elle lui avait déjà faites pour hâter son arrivée : «La seule pensée de votre visite, lui disait-elle, nous cause un plaisir que vous ne sauriez imaginer. La solitude de nos montagnes, le silence des tombes d'Henriette et de Cecilia, vos petits enfants courant et sautant à travers nos bois , cueillant pour vous à chaque pas les fleurs sauvages dont la terre ici est couverte dès que le printemps a paru; le bon ensemble de notre maison, qui est très- confortable, très-vaste; tout au bout, à l'extrémité d'une des ailes, notre chère, chère chapelle, si soignée, si tranquille; — là, dans ce tabernacle, habite, comme nous le croyons, vous savez bien qui, notre cher Seigneur! — Vous parler de tout cela, n'est dire qu'une faible partie des choses d'où nous viennent les jouissances que l'on goûte ici. Il faut que vous-même en soyez témoin , pour comprendre comment, depuis le premier jusqu'au dernier jour de la semaine, tout est harmonie, tout est tranquillité ; toutes et chacune s'encourageant et se venant en aide l'une à l'autre par de bienveillants regards. 11 faut vraiment le voir pour le croire. Le monde entier n'aurait pu me persuader que ce fût possible, si moi-même je ne l'avais vu. Aussi il vous est bien permis d'être incrédule , venez seulement, et voyez. Nous n'avons aucune espèce de société , si ce n'est celle de notre pasteur de

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