‹ Elizabeth Seton et les commencements de l'église catholique aux États-Unis (volume 2)Chapitre 7 sur 94 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

fondement niligieux, s'allie avec une vivacité d'esprit et une gaielé remarquables; sa piété tout expansive n'a rien de ce caractère étroit et rigide qui trahit la sécheresse du cœur; tout dans cette nature charmante est sincère et communicalif.

L'ordre moral a cette beauté , qu'aucune vertu n'est opposée à une autre vertu. Les défauts de notre humanité s'excluent 'pour la plupart à un tel point, que la même personne, si imparfaite qu'elle soit, demeure dans une heureuse impossibilité d'avoir tous les défauts ensemble; tandis qu'on rencontre la réunion des qualités les plus diverses dans certains caractères voisins de la perfection. Ainsi, chez notre Elizabeth on pouvait admirer dès le premier abord les contrastes les plus heureux. Elle avait la confiante gaieté, l'enjouement , ces grâces naïves d'une âme où tout est candeur; l'ouverture du cœur, qui donne à l'amitié son prix , et aux simples relations leur grand charme ; tandis qu'elle réunissait à un haut degré les qualités solides d un esprit sérieux, mesuré, réfléchi Ces dons lui étaient naturels, et la leçon des événements n'avait pas manqué pour les faire mûrir; l'éducation aussi les avait développés en elle. Si les soins éclairés de son père avaient réglé la vivacité de son caractère et lui avaient enseigné à posséder son âme dans la douceur, des scènes venues du dehors , pleines d'émotion et de tristesse, l'avaient rendue sérieuse dès son enfance, elle qui au fond était la gaieté même.

Autour de son berceau , dans la maison paternelle , la mort de sa mère avait jeté le premier deuil ; puis étaient survenus les sombres événements de la oruerre

<|ui, |ten(iiiit sept ans, avait mis l'Angleterre aux prises avec les colonies issues de son sein. A l'âge où d'ordinaire tout est insouciance et plaisirs enfantins, Elizabelh , entourée de visages sérieux, avait vécu tour à tour effrayée et agitée par les rumeurs de la guerre , les nouvelles sinistres des combats gagnés ou perdus, les mouvements des corps d'armée, le tumulte qui remplit une ville occupée militairement. Richard Bayley faisait partie de l'armée anglaise. Il élait attaché, en qualité de chirurgien, à l'état-major de sir Guy Carleton, un des généraux en chef. Enfermée dans la ville de New- York, que cernaient du côté de la terre les troupes de ^Vashington, la petite Elizabeth avait connu de bonne heure tous les genres de privations. Quand , après la victoire de Brooklyn , lord Howe avait pénétré dans la ville, les généraux anglais y avaient établi le centre de leurs opérations militaires '. New -York comptait dans son sein un grand nombre de citoyens qui soutenaient l'autorité de la couronne d'Angleterre, en opposition avec le congrès et l'immense majorité du peuple américain. Ces loyalistes, c'est ainsi qu'on les appelait, s'étaient flattés d'obtenir pour la cité quelques concessions bienveillantes qui eussent rendu le régime de l'occupation moins insupportable. Une bonne politique eût commandé de leur accorder ce qu'ils désiraient. On ne le comprit pas. La ville fut traitée avec une dureté extrême, et les mesures acerbes qu'on y déploya aggravèrent pour les habitants les calamités inséparables de l'état de siège. Le moment où ils souffrirent le plus fut l'hiver de 1780, qui se prolongea

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