‹ Elizabeth Seton et les commencements de l'église catholique aux États-Unis (volume 2)Chapitre 61 sur 94 · CHAPITRE XVII i · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII i

et de vie cachée : « Pourquoi tant de répugnance , lui dit le vénérable supérieur, pour remplir un siège dans le désert ? "Vous ne serez guère que Vévêque des bois! )> Il n'y avait plus d'ailleurs à hésiter, le commandement du vicaire de Jésus-Christ était formel ; M. Flaget courba respectueusement la tête en signe de résignation et d'obéissance. M. Emery le voyant dans cette disposition, l'embrassa tendrement, et prit à cœur de le dédommager de la sévérité qu'il lui avait d'abord témoignée.

Le séjour que M. Flaget fit en France dura environ six mois. Sur le point de s'embarquer pour se rendre à son nouveau diocèse , il vint prendre congé de M. Emery. Les adieux qu'ils se firent furent remplis d'effusion de part et d'autre. Au moment de la séparation, l'illustre supérieur général fit à Vévêque des bois deux présents d'une espèce singulière : c'était une boîte et un livre. La boite contenait des aiguilles, le livre avait pour titre : La Cuisinière bourgeoise. «Monseigneur, lui dit-il avec une agréable gaieté, ces aiguilles pourront vous être grandement utiles au milieu de vos Sauvages; et comme je me défie de leur cuisine, prenez encore le livre que voici ^ » — Dans sa vieillesse, M. Flaget se rappelait ce trait avec bonheur. Nous n'avons pas résisté au plaisir de le raconter. Il montre d'une manière touchante cette aimable simplicité de cœur qui d'ordinaire ajoute sa grâce et son charme aux vertus éclatantes des plus éminents serviteurs de Dieu.

' Voir la Vie de M. Emery.

t58 ELIZARETH SETON

Cinq prêtres français et un jeune diacre s'étaient offerts à M. Flaget pour le suivre dans son voyage et se consacrer à l'apostolat sur la terre d'Amérique ; parmi eux était M. Brute de Remur, qui devint plus tard évêque de Vincennes dans Tlndiana. Nous le retrouverons bientôt attaché comme assistant à M. Dubois , le supérieur de la maison des Sœurs de Saint- Joseph. La petite colonie s'embarqua sur un navire à voiles dans le port de Bordeaux. Sa traversée dura quatre mois, et ne fut pas sans péril. Le navire qui la portait fut arrêté deux fois par les croiseurs anglais. Deux fois il fut relâché en considération de l'évêque nommé de Bardstown. On était alors au plus fort des rigueurs du blocus continental et des représailles exercées contre la marine française par la puissante Angleterre.

La communauté de Saint -Joseph reçut ses constitutions au commencement d'août 1810; elle les adopta aussitôt en principe. Mais pour les accepter définitivement, elle dut attendre qu'on eût réglé plusieurs détails importants qui furent l'objet de conférences entre M. Carroll, l'archevêque diocésain, M. Dubois, le supérieur de Saint-Joseph, et M. Nagot, le supérieur des Sulpiciens de Baltimore.

Après quelques modifications dont l'opportunité était laissée à l'appréciation de ses supérieurs, la communauté allait se constituer entièrement sur le modèle de la Compagnie des Filles de la Charité. Comme les statuts, constitutions, règles et usages de cette admirable Compagnie sont absolument les mêmes que du temps de saint Vincent de Paul , et n'ont subi de modification à aucune époque, nous avons maintenant le

Page 1