‹ Elizabeth Seton et les commencements de l'église catholique aux États-Unis (volume 2)Chapitre 62 sur 94 · CHAPITRE XVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII

bonheur de pouvoir demander au saint fondateur luimême, qu'il nous apprenne ee que fut son œuvre dans l'origine, et ce qu'elle est encore aujourd'hui.

Les règles communes des Filles de la Charité, telles qu'elles leur furent données dans les assemblées du mois d'août 1655, par saint Vincent de Paul — Monsieur Vincent, comme on l'appelait alors — sont divisées en neuf chapitres, et d'abord :

« I. — De la fin et des vertus fondamentales de leur Institut. Cette fin est d'honorer Notre -Seigneur Jésus- Christ comme la source et le modèle de toute charité ; le servant corporellement et spirituellement en la personne des pauvres, soit malades, soit enfants, soit prisonniers ou autres, qui, par honte, n'osent faire paraître leur nécessité. Pour correspondre dignement à une si sainte vocation et imiter un exemplaire si parfait, elles doivent tâcher de vivre saintement, et travailler avec grand soin à leur propre perfection; joignant les exercices intérieurs de la vie spirituelle aux emplois extérieurs de la charité chrétienne.

« Encore qu'elles ne soient pas dans une religion \ cet état n'étant pas convenable aux emplois de leur vocation, néanmoins, comme elles sont beaucoup plus exposées au dehors que les religieuses -, n'ayant ordi-

1 Dans une religion, c'est-à-dire dans un couvent, selon l'ancienne acception de ce mot.

2 11 ne faut pas se méprendre sur le sens que saint Vincent donne <à ses paroles lorsqu'il dit aux Filles de la Charité qu'elles ne sont pas des religieuses. Il s'en est expliqué lui-même dans un discours qu'il leur adressa. « Qui dit religieuse dit cloîtrée, remarque-t-il , et les Filles de la Charité doivent aller partout; vous n'êtes donc pas des re-

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nairement pour monastère que la maison des malades, pour cellule qu'une chambre de louage, pour chapelle que l'église de la paroisse , pour cloître que les rues de la ville ou les salles des hôpitaux , pour clôture que l'obéissance, pour grille que la crainte de Dieu, et pour voile que la sainte modestie, elles sont obligées, par cette considération, de mener au dehors ou au dedans une vie aussi vertueuse, aussi pure, aussi édifiante que de vraies religieuses dans leur monastère.

« Avant tout, elles feront plus d'estime du salut de leur âme que de toutes les choses de la terre; elles fuiront le péché mortel plus que la mort; et le péché véniel, de toutes leurs forces; et, pour mériter la récompense promise par Notre -Seigneur aux serviteurs des pauvres, elles s'appliqueront à acquérir les trois vertus chrétiennes d'humilité, de simplicité, et de charité, qui sont comme les trois facultés de l'âme, et comme l'esprit propre de leur Compagnie.

« D'ailleurs, horreur des maximes du monde, amour des maximes de Jésus-Christ; par conséquent, amour

ligieuses. » D'ailleurs, les Filles de la Charité, non-seulement ne font pas de vœux solennels, mais pas même de vœux simples à perpétuité. Les vœux qu'elles prononcent ne sont qu'annuels et intérieurs ; elles les renouvellent d'année eu année, après avoir demandé la i)ermission de leurs supérieurs. C'est après une épreuve de cinq années qu'elles prononcent ces vœux pour la première fois. » Elle les renouvellent le 25 mars, à l'anniversaire du jour où mademoiselle Legras prononça sa consécration. Chaque année, au 25 mars, toutes se lèvent donc libres; mais toutes s'empressent de reprendre le saint joug du service de Dieu et des pauvres; et le refus qu'on pourrait faire à quelques-unes de la permission de renouveler leurs vœux serait pour elles la plus cruelle pénitence. » — Sainf Vincent de Paul, .ta vie, son temps , ses œuvres, par l'abbé Maynard.

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de la mortification , mépris de soi - même et des choses de la terre; préférence des emplois bas et répugnants, de la dernière place et du rebut des autres ; détachement des lieux, des emplois et des personne»; disposition à tout quitter à la voix de l'obéissance ; patience amoureuse dans les incommodités, les contradictions, les moqueries et les calomnies ; grande confiance eu la Providence, abandon à elle comme d'un enfant à sa nourrice.

«il. — Servantes des pauvres, elles honoreront la pauvreté de Notre -Seigneur, en vivant elles-mêmes pauvrement. Elles mettront tout en commun, à l'exemple des premiers chrétiens ; et aucune ne pourra disposer du bien de la communauté, moins encore du bien des pauvres , sans la permission de la supérieure , en choses ordinaires; du supérieur, en choses exceptionnelles '.

« Elles ne demanderont ni ne refuseront rien pour elles, s'en remettant de leurs besoins à la sollicitude des offîcières. Au près et au loin, elles vivront et se vêtiront d'une manière uniforme et sur le modèle de la maison principale. Malades, elles se contenteront en tout de l'ordinaire des pauvres; car les servantes ne doivent pas être mieux traitées que les maîtres.

« III. — Ce chapitre traite des vertus de chasteté, de modestie, de sobriété, de mortification. 11 insiste sur le soin recommandé aux Sœurs de mettre leur pureté non-seulement à l'abri de toute atteinte, mais même

1 Les biens des familles restent aux familles ; la communauté n'a aucun droil sur le fonds ni sur les revenus.

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de tout soupçon. 11 fixe pour elles les règles de l'abstinence et des jeûnes.

« IV. — Elles obéiront avec soumission de jugement et de volonté, en toutes choses où l'on ne voit point de péché , aux évèques dans les diocèses desquels elles sont établies , au supérieur général de la Mission , supérieur de leur Compagnie, et à ses députés; à la supérieure, aux Sœurs servantes et autres offîcières, tant imparfaites et désagréables qu'agréables et parfaites, lobéissance s'adressaut moins aux personnes qu'à Jésus-Christ; aux curés, dont elles recevront la bénédiction à genoux, aux confesseurs et ecclésiastiques de leiu-s paroisses , aux administrateurs et aux médecins des hôpitaux ; à tous les points de la règle ; au premier son de la cloche, voix de Notre -Seigneur qui les appelle.

c( V et VI. — Filles de la Charité, elles aimeront Dieu et le prochain ; surtout elles s'entre-chériront et respecteront comme sœurs que Notre -Seigneur a unies ensemble pour son service. Par conséquent , ni sentiment d'aversion et d'envie, ni paroles rudes et fâcheuses; support mutuel dans les imperfections , condescendance aux humeurs et sentiments contraires, sauf la loi de

Dieu et la règle » Suivent les plus sages conseils

pour le maintien de la charité , de la paix , de l'accord entre les Sœurs.

« VII. — Leur principal emploi étant de servir les pauvres malades, elles les serviront comme Jésus- Christ même, avec autant de cordialité, de respect et de dévotion ; même les plus fâcheux et les plus répugnants. Ce service, elles le préféreront même à

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