CHAPITRE XVIII i
dans les bâtiments que vous allez construire, nous vous demandons de nous excuser, mais cela ne nous paraît pas chose possible.
« Le révérend M. Zocchi, qui doit vous remettre ce mot, m'excusera auprès de vous pour la brièveté de celte lettre, après un si long silence. Mais la faute en est à lui ; car la lettre qu'il m'adresse de Paris me presse et me laisse à peine assez de répit pour que je prépare mes lettres, en sorte qu'elles lui arrivent avant qu'il ne s'embarque à Brest. Si j'étais jamais assez heureux pour revoir encore votre terre de liberté et de paix, vous auriez un vrai et chrétien ami et frère auprès de vous en Amérique, pour compenser la perte de ceux qui , par leur désertion , se montrent bien peu dignes du nom de chrétiens.
« Croyez-moi sincèrement et à jamais.
« Votre, etc. etc. »
« S'il vous arrivait de voir l'évêque Cheverus et le docteur Matignon , veuillez , je vous en prie , me rappeler à eux. Qu'ils soient vos guides tous les deux, en tout. Ils sont des anges. Ils sont l'honneur de la France et la bénédiction de la Columbia'. »
' La Columbia, l'Amérique. Antonio Filicchi donne au Nouveau Monde le nom qu'il devrait porter, en honneur de celui qui en fit la découverte.
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ELIZABETH SKTON A ANTONIO FILICCHl
24 juiu 1811.
« Cher, mille fois cher Antonio,
« Vous ne pouvez vous faire une idée de ma joie en apprenant enfin de vos nouvelles, de celles de vos bienaimés, qui me sont si chers, et de notre Filippo , pour qui tant de larmes de regrets, tant de soupirs, se sont échappés vers le ciel, et tant de prières pour demander son repos ! pour qui tant de communions ont été faites, si convaincue que j'étais que vous ne l'aviez plus parmi vous ! Et non-seulement il est vivant , mais son rétablissement est assuré , et ni lui ni vous n'êtes fâché contre votre pauvre petite sœur, ni n'avez songé à l'abandonner. Ûh ! quelle immense consolation, quel profond bonheur, après tant d'actes de résignation que j'ai faits, non-seulement au sujet de votre précieuse existence, si exposée, cher Filippo, dans l'état de danger où je vous savais, mais encore à l'égard de cette amitié et de cette protection qui est ici- bas notre unique richesse.. . 0 le plus chéri et le plus généreux de tous les amis! nos cœurs, — vos trésors à vous, — ne vous manqueront jamais, jamais.
u Si vous n'avez pas reçu d'autre lettre de moi que celle dont vous me parliez, vous n'avez sans doute pas appris l'heureuse conversion de notre Henriette Seton, suivie, hélas! d'une prompte mort... La mort de Cecilia, M. Zocchi a dû vous en raconter tous les détails. Celle d'Henriette a été également accompagnée
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de grandes consolations. Je les ai là, toutes les deux, qui reposent auprès de notre demeure ; j'y vais dire mon Teûeum tous les soirs. Oh! Antonio, si vous pouviez, vous et Filippo, savoir seulement une faible partie du bien que vous nous avez procuré à elles et à moi ! Mon Anna marche sur leurs traces; elle est un modèle de beauté, d'amabilité, de grâce , au dedans comme au dehors. Elle est admirée, — il serait impossible qu'elle ne le fût pas ! — comme une merveilleuse enfant de bénédiction , non - seulement pour sa mère , mais pour bien d'autres encore. Mes deux autres petites sont excellentes. Elles n'ont de pensées ni de paroles que pour aimer notre cher Seigneur et le servir. Je ne dirai pas pour le servir dans la vie religieuse, à leur âge on ne peut pas juger de cela, mais en se donnant tout entières à lui, quelque part qu'il les veuille.
« L'espérance, même si lointaine, que vous me donnez, qu'il serait possible que vous fissiez un voyage en ce pays-ci , est comme un rayon de lumière au milieu de mes sombres pensées sur l'avenir de mes pauvres enfants. Non que je me mette en peine pour leur fortune temporelle. Notre-Seigneur sait bien que je ne m'attristerai jamais de les voir même indigents, si seulement ils demeuraient fidèles à leur foi, et s'ils y conformaient leur vie. Mais leur avenir, si la mort m'^aluvait à eux, serait aussi désolant que possible; et ne pourrait cesser d'être tel, au point de vue humain, que s'ils étaient remis entre les mains de nos anciens amis ; ce qui serait la ruine certaine de leur croyance. Je remets tout, soyez-en certain, à Celui, comme vous le dites , qui nourrit les oiseaux du ciel.
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Mais dans l'état d'à fFaiblisse ment, d'ébranlement, où est maintenant ma santé, à peu près détruite, je ne puis les regarder tous les cinq sans éprouver les craintes et les pressentiments d'une mère qui n'a de pensée ni de désir qu'en vue de leur éternité. Notre saint Cheverus, lorsqu'il vint nous voir l'hiver dernier, a trouvé qu'ils donnaient, eux tous, de grandes espérances; et il m'a encouragée à compter qu'il ferait tout ce qu'il pourrait pour les protéger. C'est à lui, et à des cœurs tels que les cœurs des Filic.chi , que je les confie en ce monde.
« Le bonheur que nous avons de posséder la confiance de tant de familles respectables qui nous remettent entièrement leurs enfants, fait que nous sommes en état de marcher très-bien, sans dettes ni embarras. J'espère que notre adorable Maître a déjà opéré beaucoup de bien par notre établissement. Nos élèves sont au nombre de cinquante, sans compter les enfants pauvres qui n'ont pas le moyen de payer pour leur éducation.
a M. Carroll est notre protecteur, maintenant plus que jamais. Il nous est véritablement très -attaché. C'est lui-même à présent qui a pris la charge de supérieur de notre maison, qu'il avait dabord confiée à un autre. Ainsi, tout ce que je fais, tout ce que j'ai à décider, même sur les points de petite importance, est et sera réglé par lui uniquement, et par notre saint Cheverus.
«Oh! Antonio, combien la bonne œuvre que vous avez tant aimée a grandi, et s'accroît encore, dans notre sauvage pays des bois, comme vous aviez coutume de
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l'appeler! Béni, mille fois béni, soit à jamais son saint nom !
« Vous m'adressez vos lettres à Baltimore; mais nous sommes à cinquante milles au delà, au milieu des forêts et des montagnes. Ah ! si nous avions ici vos chers enfants si chrétiens, avec leur père et avec leur mère, ce serait un vrai paradis pour moi. Point de guerres parmi nous, pas même de bruits de de guerre. Des champs couverts de riches moissons, l'église de Sainte-Marie dans la montagne, l'église du village de Saint-Joseph , et notre vaste log-house, qui renferme une chapelle particulière, où réside continuellement notre adoré Seigneur : voilà nos richesses. Leur apparence modeste n'a pas empêché un des orateurs les plus éloquents et les plus élégants du barreau de New-York d'écrire autrefois à notre pauvre Henriette, qu'entre autres raisons qu'elle devait avoir pour ne pas prêter l'oreille à « la voix de sirène de sa sœur«, il fallait qu'elle sût que, d'ici à peu d'années, toute maison bâtie par un catholique serait rasée jus(ju'à terre; et que, quant à notre maison, d'ici à très-peu de temps, on la renverserait sur notre tête. Ce serait faire là , il faut en convenir, une chose assez étrange dans la terre de la liberté !
(( Veuillez dire à votre très- cher et vénéré frère que mes prières pour lui, bien que n'allant plus le chercher au delà du tombeau, n'en seront pas moins continuelles. Les enfants s'approchent tous de la sainte table une fois par mois, excepté la petite Rebecca; Annina, une fois par semaine. Et, croyez-moi, l'exemple et l'influence de leur mère ne font pas défaut pour
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exciter en chacun d'eux toute espèce de gratitude et de vive affection pour leurs véritables et plus chers amis et meilleurs pères qui , non contents de leur avoir conservé la vie en ce monde, les ont conduits à la lumière de la vie éternelle. Notre famille tout entière , les Sœurs, les enfants, tous, s'unissent dans les mêmes sentiments que nous éprouvons. Un grand nombre de communions ont été et seront offertes pour vous deux par des âmes qui n'ont aucune espérance de vous connaître, si ce n'est dans le ciel. L'éternité! mon frère, la passerons- nous ensemble? J'ai tant reçu, moi qui non seulement ne méritais rien, mais qui avais tout fait pour contraindre la main adorable de Dieu à me tout ôter, que j'ose espérer cette faveur encore ! cette faveur, que je ne cesse de solliciter comme une des plus chères et des plus désirées. Si c'est ici la dernière fois que je m'entretiens avec vous en ce monde, continuez, je vous le recommande, à prier toujours pour moi. Si je suis écoutée en l'autre monde, oh ! Antonio, ({ue n'obtiendrai-je pas pour vous, pour votre FiKppo et pour tous les vôtres? Que les bénédictions que nous vous avons dues vous soient rendues un millier de fois !... A vous pour toujours. »
L'archevêque de Baltimore et les supérieurs ecclésiastiques de la communauté de Saint-Joseph apportaient à l'examen des Constitutions qu'ils allaient lui présenter, les sages délais qui conviennent à la prudence. Sur plusieurs points, la nécessité s'imposait de modifier les règles données par saint Vincent aux Filles de la Charité. Ces changements, quelque désir
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qu'on eût de les restreindre, donnaient lieu à un travail considérable. Les principales difficultés qu'on y rencontrait naissaient de la situation même des Sœurs, séparées de la maison mère , dépourvues des ressources qu'on eût trouvées en pays catholique , et appelées à exercer leur mission dans un pays protestant, où l'exercice public de la religion qu'elles professaient était encore interdit il y avait peu d'années.
L'éducation des jeunes filles nées au sein des familles riches n'était point entrée, on l'a vu, dans le plan général de saint Vincent de Paul, hormis les cas de nécessité; et encore est-ce à peine s'il en a parlé. Son silence est facile à expliquer. A l'époque où il avait fondé son institut, la France était largement pourvue de ce qui convenait à l'éducation des classes aisées; il n'avait donc pas eu à s'en inquiéter. D'autre part , les libéralités faites aux diverses congrégations des Filles de la Charité leur ayant épargné, dès l'origine, la nécessité de gagner leur vie par le travail , elles avaient toujours pu s'appliquer dans une liberté parfaite aux œuvres de la charité la plus désintéressée. La situation était bien différente en pays protestant , aux États-Unis. Aussi les supérieurs de la communauté estimèrent-ils, comme une condition essentielle de son existence, qu'elle pût s'occuper des jeunes filles riches, tout en se consacrant à élever les enfants pauvres. Ils pensèrent très-sagement que, tandis qu'ils se permettaient de modifier les règles de la Compagnie sur ce point particulier, ils se conformaient, même en cette apparente transgression , à l'esprit de charité dont s'était toujours inspiré le saint fondateur. Les œuvres si diverses de
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saint Vincent de Paul n'ont jamais connu d'autre objet que la gloire de Dieu et la charité envers le prochain. Or existait-il un meilleur moyen de servir les intérêts de la religion et de la société en Amérique , que d'as surer à une classe influente les bienfaits d'une éducation solide, d'une éducation religieuse?
L'archevêque de Baltimore et son conseil désiraient que la mère Seton fût conservée à la tête de la communauté. Ceci demandait encore un règlement spécial. Elizabeth, en efifet, mère et tutrice de cinq enfants, qui tous réclamaient les soins de la vigilance maternelle , ne se trouvait pas dans les conditions que la règle exige des veuves qui entrent dans la Compagnie. Or, aux yeux d'Elizabeth, aux yeux de la veuve de William- Magee Seton, après ses devoirs envers Dieu, ses devoirs envers ses enfants passaient avant tous les autres devoirs. Pour elle, rien qui ne s'éclairât aux vives lumières de la foi : veiller sur ses orphelins, travailler à assurer leur salut éternel, était bien le premier attrait, le premier besoin de son cœur; mais c'était surtout son devoir, et le plus pressant, le plus indiqué, le plus dans sa voie. C'est pourquoi , jamais elle n'eût accepté rien qui eût pu la détourner de ce soin suprême. Sa surveillance active, ses efforts continuels pouvaient seuls réussir à préserver ses enfants des influences protestantes. Le moyen lui resterait -il de veiller sur eux d'un esprit aussi attentif, si de nouveaux et plus étroits liens l'engageaient envers la communauté? A cet égard, le doute était possible, et l'extrême délicatesse de sa conscience s'en alarmait. «Vous savez, mon père très-vénéré, écrivait-elle à
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M. Carroll, vous savez tout ce qui s'est passé, à partir du moment qu'a commencé mon union à cette maison, jusqu'à ce moment présent : les tentations, les épreuves, etc. etc. J'apporte tout maintenant aux pieds de notre adoré Seigneur, et je remets entre vos mains, à vous, comme à son représentant, le soin de décider de ce que je deviendrai.
« Les règles qui nous sont proposées sont presque les mêmes que celles que nous avons dans le manuscrit original des Sœurs de France. Je n'ai jamais eu une seule pensée qui fut en désaccord avec ces règles ; je suis prête à les observer autant que mes pauvres forces pourront me le permettre. Les constitutions proposées ont été également examinées par notre révérend directeur, et je vois qu'il fait quelques observations sur ma situation relativement à elles. Assurément, il ne faut pas qu'on tienne compte d'une unique personne, là où le bien général est en question. Pour ma part, vous le savez, je ferai avec joie tel sacrifice que ce soit, que vous estimeriez compatible avec mes devoirs de mère ; ces devoirs , qui pour moi sont les premiers de tous, et dont rien au monde ne me détacherait. J'attends de la bonté de M. Dubois qu'il ne vous cache rien de ma situation et de mes dispositions telles qu'il les connaît; et si je sais me connaître moi-même, elles lui sont connues, à lui, aussi bien qu'à Dieu, w
Elle écrivait vers ce même temps à une de ses amies : « Suivant les lois de l'Église , qui me sont si chères, je ne pourrais accepter aucun engagement qui viendrait s'interposer entre moi et mes devoirs envers mes enfants. A moins que je n'eusse trouvé pour eux
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des ressources indépendantes et un tuteur. Et encore , à mon sens , le monde entier ne ferait pas qu'un tuteur fût capable de suppléer une mère. »
S'adressant à cette même amie, quelques semaines plus tard, le 5 septembre 18H : « Maintenant, dit-elle, tout est de nouveau en suspens , et je songe à me préparer pour recommencer de vivre dans le monde. Quoi qu'il arrive, nous serons toujours sous la protection du Très-Haut, du Très-Puissant. Vraiment je serais heureuse, pour ma part, si je pouvais inspirer à votre chère âme autant d'indifférence qu'il s'en trouve dans la mienne, du moment où je sais que, pendant le peu de jours que dure ce pèlerinage terrestre, l'adorable volonté de Dieu s'accomplit en moi. Je le fais, ce pèlerinage, au milieu de tant de larmes , il est semé de tant de croix, qu'assurément la joie se trouvera au bout avec le repos éternel.
« Regardez là- haut : les plus élevés au ciel ne furent-ils pas les plus abaissés sur la terre? Ce qu'ils ont ambitionné le plus , c'était la pauvreté et l'humiliation, ces compagnes fidèles de leur Maître, et de notre Maître, pendant sa vie toute de douleur. Ce n'est pas pour vous que je dis ceci, c'est pour celle en qui vous souffrez plus qu'en vous-même. Mais, chère amie, si Notre -Seigneur ne nous donnait que nos propres misères à porter, sans nous affliger en ceux que nous aimons au point d'avoir fait d'eux la meilleure partie de nous-mêmes , nous ne souffririons pas de la même manière que lui , qui n'a tant souffert qu'à cause de nous, et à cause des outrages faits à son Père... C'est maintenant que nous sommes dans la sûre et véri-
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table voie qui conduit à cette longue, longue éternité que nous avons là devant nous. Ayons seulement du courage, et nous marcherons vers le ciel avec la vitesse d'un bon coursier, au lieu de ramper et de nous traîner dans le chemin. Tout ce que je puis dire, c'est que notre Maître est trop bon pour nous s'il nous donne à finir notre vie comme il a voulu passer la sienne, sans une place où reposer sa tête. L'eau me vient à la boucha, vraiment, quand je pense qu'il m'accordera peut-être cette faveur ! Mais que tout soit fait dans l'ordre de sa providence , ne demandant rien, ne refusant rien. Béni soit, mille et mille fois, son nom saint et bien-aimé ! »
Ainsi nulle épreuve ne le déconcertait, ce cœur de notre Elizabeth , fixé vraiment , et comme enraciné dans la volonté de Dieu. Tout lui était aimable et bon, puisque tout lui venait du Maître aimant , du Maître aimé , qui voulait , à cette heure , son perfectionnement ; et plus tard, et toujours, son salut éternel. Si éprise qu'elle fut de la divine volonté , elle ne se trompait pas pourtant sur les suites qu'aurait pour elle l'événement dont elle était menacée. Dans l'obscurité de son avenir, elle entrevoyait ce qui avait fait le repos et la sécurité de sa vie s'écroulant tout à la fois pour la laisser dénuée et seule. Allait-elle retourner au monde qu'elle avait cru fuir à jamais? Qu'iraitelle y faire , elle et ses enfants? Oii trouver appui? Où rattacher le fil brisé des tentatives abandonnées? Les protecteurs naturels de ses cinq orphelins jouissaient à la fois de considération, d'influence dans leur pays, et des biens de la fortune ; mais ils la repous-
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saient d'un commun accord. Depuis le jour de sa conversion, elle l'avait éprouvé en toute rencontre. Vers ré[)oque dont nous nous occupons : « Ils parlent de moi, disait-elle, comme d'une hypocrite, d'une fausse dévote, d'une sirène, la peste de la société.» Il est vrai qu'elle ajoutait aussitôt : « Pour une âme dont l'unique désir serait de ressembler à Celui qui fut méprisé et rejeté des hommes, tout ceci est comme une musique pleine d'harmonie. »
Toutefois, quand la nature reprenait le dessus, quand la grâce était moins sensible, cet abandon de tous les siens était amer pour un cœur aimant, menaçant pour une mère inquiète. Elizabelh, votre avenir s'éclaircira. Dieu ne demande pas de vous ce sacrifice douloureux que votre obéissance entrevoit, et qu'aussitôt elle embrasse. Ce qu'il veut de vous, c'est vous employer encore à la sainte œuvre qui sera votre gloire un jour. Vous l'achèverez. Vous en verrez les progrès heureux; il seront dès ici-bas votre récompense.
l'archevêque de BALTIMORE A ELIZABETII SETON
Baltimore, M septembre 1811.
« Très-honorée et chère Madame ,
« Vous avouerai-je que je me sens profondément confus de me voir appelé à donner ma sanction définitive à une règle de conduite et à un plan de gouvernement religieux destiné à faire naître et à entretenir
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chez un grand nombre «l'épouses bien-aimées de Jésus-Christ l'esprit d'une solide et sublime perfection? Quand je soii^e à combien de prières, déjeunes, et de veilles , les premiers fondaleurs des instituts religieux ont eu recours pour obtenir les lumières et l'assistance de l'Esprit -Saint, avant d'approprier leurs règles et constitutions aux fins que leur zèle se proposait, j'éprouve un tel sentiment de mon indignité, que je n'hésiterais pas à décliner la tâche qui m'est offerte, si je n'avais la confiance que Dieu se plaît souvent à répandre sa bénédiction sur les actes des ministres de la religion qu'il a établie lui-même; bénédiction à laquelle assurément ils n'ont aucun titre si l'on ne considère que leur mérite personnel. C'est sous l'impression de ces sentiments que je donnerai, et que je donne dès à présent, mon approbation aux constitutions qui m'ont été présentées par M. Dubois; après toutefois qu'elles auront subi les modifications qui lui seront indiquées ou qu'il pourra suggérer lui-même. Vous saurez par lui en quoi ces modifications consistent.
(( C'est pour moi une grande satisfaction d'apprendre que tous les points importants sur lesquels on croyait à une divergence d'opinion ont été réglés par MM. de Saint-Sulpice dans leur dernière délibération. Si ces points n'avaient pas été réglés, je ne pense pas que j'eusse pu approuver les constitutions telles qu'elles ont été formulées dans la copie que j'ai eue sous les yeux.
« M. Dubois ne m'a pas exposé les règles de détail qui concernent les fonctions particulières des Sœurs.
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Mais ces choses étant de celles dont vous-même et votre Père supérieur pouvez être les meilleurs juges, je vous donne tout pouvoir pour en décider, vous, votre supérieur et les Sœurs; ayant une entière confiance que l'Esprit-Saint vous guidera.
« J'attache une extrême importance à ce que l'on accorde aux Sœurs, non -seulement en général, mais à chacune d'elles en particulier, toutes les facilités qui peuvent contribuer à mettre leur conscience en repos; pourvu que cela se fasse sans nuire au bon ordre de la communauté. Il- y aura là, en conséquence, matière à un règlement. Je vois aussi avec plaisir qu'on a écarté la pensée d'établir d'autres liens que ceux de la charité entre les Sœurs de Saint -Joseph et la Compagnie de Saint-Sulpice. En effet, les intérêts qu'elle a, son administration, son gouvernement, ne doivent pas se confondre avec les vôtres, ou du moins ne doivent pas être placés sous le même contrôle. Par là vous vous épargnez beaucoup d'incon vénients, ainsi qu'à MM. de Saint-Sulpice. Aucun membre de cette Compagnie, si ce n'est votre supérieur immédiat, résidant près de vous, ne prendra part au gouvernement ni aux affaires des Sœurs; néanmoins, en de très-rares et exceptionnelles circonstances, le supérieur du séminaire de Baltimore pourra encore s'occuper d'elles, lui seul , mais non sa Compagnie. Ce dernier point toutefois doit être entendu de façon à ne pas exclure la surveillance essentielle et le contrôle de l'archevêque sur toutes les communautés de son diocèse.
« Votre propre position, en ce qu'elle a de particulier, demande à être prise en considération d'une
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manière toute spéciale, à cause de ce qui louche vos chers enfants. Il m'a semblé qu'en ce qui vous concerne , vous et votre famille , on ne devait se guider pour le moment que d'après des principes généraux fondés sur la justice et la gratitude. Les considérations de détail devront être réservées pour plus tard ; on y reviendra lorsque des circonstances nouvelles exigeront qu'on s'en occupt^ Actuellement il y aurait trop de personnes à consulter ; et parmi celles-ci , il en est qui ne sont pas très-compétentes pour bien juger. Et encore ceux mêmes qui seraient compétents pour juger pourraient voir leurs combinaisons les plus équitables devenir vaines par suite des changements que quelques années opèrent inévitablement.
« M. Dubois a été très- explicite en me communiquant tout ce qu'il importait, je crois, que je susse.
c( Je vous féliciterai beaucoup, vous et vos bienaimées Sœurs, lorsque vos constitutions seront adoptées ; car ce sera pour vous comme si vous étiez délivrées d'une situation où il vous était difficile de marcher bien droit, n'ayant pas de route déterminée par oià vous deviez avancer. Soyez assurée, et assurez vos Sœurs, de ma plus vive sollicitude pour votre progrès à toutes dans le service et la grâce de Dieu. Je me confie en vos prières. Les miennes ne vous feront pas défaut pour demander votre succès dans l'importante tâche de l'éducation; qui sera et devra être, d'ici longtemps , votre occupation principale , et toujours votre emploi de prédilection.
« Il se passera un siècle, pour le moins , avant que
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les besoins et les habitudes de ce pays réclament, ou seulement veuillent admettre, les offices de la charité en faveur des malades, de manière à occuper un certain nombre de Sœurs en dehors de nos grandes cités. C'est pourquoi elles doivent considérer l'affaire de l'éducation comme une fin laborieuse , charitable et permanente, proposée à leur vocation religieuse.
« Je suis avec estime et respect , très-honorée et chère Madame , votre serviteur en Jésus-Christ,
« J. , Archev. de Baltimore. »
Les constitutions et les règles que les Sœurs de Saint-Joseph avaient résolu d'adopter leur furent présentées au mois de janvier 1812. En les leur proposant, on les invita à déclarer les observations qu'elles pourraient avoir à y faire. Comme on leur avait demandé d'exprimer leur approbation en levant la main, toutes , à l'exception d'une seule , témoignèrent leur acquiescement en faisant ce signe. Elles étaient alors au nombre de vingt. Immédiatement après la séance 011 leur vœu venait de s'exprimer, on expédia les constitutions à Baltimore, afin qu'elles y reçussent la sanction de l'archevêque John CarroU, avec la sanction du supérieur du séminaire de Sainte-Marie, M. Tessier, le successeur du vénérable M. Nagot.
CONFIRMATION DES RÈGLES DONNÉES A LA CONGRÉGATION DES SŒURS DE SAINT -JOSEPH
« J'ai lu, et me suis efforcé, en présence de Dieu, d'examiner les constitutions des Sœurs de Charité