‹ Elizabeth Seton et les commencements de l'église catholique aux États-Unis (volume 2)Chapitre 65 sur 94 · CHAPITRE XVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVIII

qui m'ont été soumises par le Révérend Supérieur du séminaire de Saint- Sulpice , et je les ai approuvées, les croyant inspirées par l'Esprit de Dieu , et trèspropres à conduire les Sœurs à la perfection religieuse.

<( f John , Archevêque de Baltimore. »

Baltimore, le 17 janvier 1812.

« Après avoir lu avec une grande attention les constitutions des Sœurs de Charité, et approuvé tout ce qu'elles contiennent , je les ai présentées au très-révérend Archevêque Carroll , pour obtenir son approbation. En même temps j'ai confirmé, et je confirme ici de nouveau, la nomination du révérend Jean Dubois comme Supérieur général de la Congrégation. En foi de quoi, j'ai apposé ici ma signature le 17 janvier 1812.»

« Jean Tessier. »

La première des obligations qu'avaient à remplir les Sœurs au moment où leur société se constituait , était de tenir les élections pour nommer les officières. En raison de leur petit nombre et du peu de temps qui s'était écoulé depuis qu'elles étaient dans la maison, on leur accorda dispense, pour cette fois seulement, de la plupart des règlements qui concernent l'élection des olficières principales. Du reste, autant que les circonstances le permettaient , elles procédèrent, pour faire leur choix, conformément aux statuts donnés aux Filles de Saint- Vincent de Paul. Nous

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avons dit déjà que les statuts, constitutions et règlements de l'institut sont toujours demeurés les mêmes, y compris entièrement ceux des articles qui concernent l'organisation intérieure de la Compagnie, et qui règlent par conséquent les élections qu'elle est appelée à faire.

Les Sœurs avaient donc à élife parmi elles, à la pluralité des voix, pour une durée de trois années , une supérieure, une assistante, une trésorière, et une économe. Une supérieure, pour lui confier la direction de la communauté, de concert avec le supérieur général ou avec celui qui serait député de sa part. Une assistante, pour servir de conseillère à la supérieure, et la représenter en son absence. Une trésorière pour faire la recette, garder l'argent, et fournir au courant de la dépense ; avec obligation de rendre compte tous les mois à la supérieure ; et tous les ans, au directeur, en présence de toutes les officières. Une économe enfin, pour faire la dépense et pourvoir aux nécessités communes de la Compagnie, avec obligation de rendre compte toutes les semaines à la supérieure ^

Pénétrées de l'importance du devoir qu'elles avaient à remplir, les ferventes religieuses de Saint-Joseph ne manquèrent pas de se préparer, par la prière et par l'invocation des lumières de l'Esprit -Saint, à l'élection qu'elles avaient à faire. Leur choix, est-il besoin que nous le disions , désigna à l'unanimité Elizabelh-Anna Seton pour mère supérieure. Après elle , M""* Rose

• Voir la noie il i la fiu de ce volume.

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Wliite fut nommée assistante, M"" Catherine MuUen, trésorière, et M"' Anna Gruber, économe.

Ces choix , véritablement inspirés de l'Esprit de Dieu, étaient ceux qu'on avait prévus, le premier surtout ; aussi les supérieurs de la communauté avaientils ajouté aux constitutions un règlement spécial concernant les rapports de la mère Seton avec ses enfants. On avait fait en sa faveur une exception à l'article des statuts qui exige des veuves, si elles demandent à être admises dans la société, qu'elles aient préalablement mis ordre aux affaires temporelles de leur famille, de façon à ce que l'avenir les trouve à l'abri de toute préoccupation de cette nature. Elizabeth Seton fut autorisée à veiller, même après l'émission de ses vœux, aux intérêts de ses enfaats, et à administrer ses biens et les leurs; tant pour ce qu'elle pouvait posséder alors, que pour ce qu'elle pourrait acquérir dans la suite. Il avait été décidé en outre, et ceci encore par exception, que si, ayant été réélue à l'expiration de son premier triennat, comme les statuts le permettaient, elle était réélue une seconde fois, à l'expiration de son second triennat ^ , cette élection serait maintenue , du moment que les supérieurs de la congrégation le jugeraient utile au bien général. Ces heureuses et sages exceptions faites au règlement conservèrent à la congrégation l'inappréciable avantage de demeurer sous la direction de la pieuse fondatrice, et lui assurèrent, à elle, une sécurité, un

1 D'après les règles de la Compagnie, les supérieures, élues pour l'espace de trois ans, peuvent être réélues pour un deuxième triennat , mads pas au delà.

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repos, qui, dans la pensée de tous, lui étaient l)ien dus.

Les Sœurs, afin de s'animer à pratiquer avec ferveur les règles de leur institut , firent une retraite qui s'ouvrit le 2 février. On les avertit à ce moment qu'une prolongation d'une année entière leur était accordée à toutes, pour qu'elles pussent éprouver leur vocation. Un leur fit entendre aussi qu elles conservaient une entière liberté de se retirer après ce délai. Toutes, néanmoins , furent invitées à demeurer, quelque infirmité ou incapacité qui eussent pu les atteindre depuis leur entrée dans la maison.

Pendant le cours de l'année destinée à l'essai de la règle et assignée comme terme de la seconde probation des anciennes Sœurs , on ne reçut pas moins de dix nouvelles aspirantes , dont plusieurs firent dans la suite le plus grand bonneur à leur sainte vocation. Une des admissions les plus intéressantes, ce nous semble, qu'on fit à ce moment- là, ou pour mieux dire , dans l'automne précédent , fut celle de la fille aînée d'Elizabetb, Anna -Marie Seton^ alors âgée d'un peu plus de seize ans.

La douce et sérieuse enfant que nous avons vue , sept années auparavant, si attentive à adoucir par ses tendres soins les derniers jours de son père , n'avait pas cessé, depuis lors, d'être pour Ebzabeth, la veuve et la mère, un objet de consolation, de joie et de juste orgueil. Les grâces et la beauté qui s'étaient développées en elle avec sa jeunesse s' effaçaient devant l'éclat de son angélique vertu. Déjà du temps qu'elle n'était encore qu'élève, assujettie comme ses

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compagnes aux études du pensionnat , l'attrait de sa piété l'avait portée à demander qu'il lui fût permis d'observer les règles et usages de la communauté, du moins en partie. Tous les jours , levée à cinq heures , l'hiver comme l'été , elle se rendait à la chapelle ; là, prosternée, immobile, par les temps les plus rudes, elle passait une heure en prière en attendant la célébration de l'office divin. Plus tard, dans la matinée, elle réunissait autour d'elle de pauvres petites filles du village, auxquelles on lui avait permis de faire la classe. Elle trouvait sa joie à les instruire , à tourner vers le bien leurs jeunes esprits, et à former pour la piété leurs cœurs innocents. Tels étaient ses délassements, ses occupations préférées. Elle s'y était sentie appelée, qu'elle n'avait pas encore quinze ans. L'exemple de sa rare vertu , que son jeune âge rendait encore plus aimable et plus attrayante, avait singulièrement impressionné les élèves du pensionnat. Plusieurs d'entre elles, pressées d'imiter de loin sa conduite , et voulant s'encourager mutuellement à l'œuvre de leur sanctification , formèrent une association dont Anna fut l'âme et la vie. Cette édifiante petite société fut divisée par groupes de dix pensionnaires; elle eut ses règlements particuliers, ses pratiques de dévotion , ses réunions à la chapelle. La seule présence d'Anna au milieu de ses compagnes leur était un encouragement à la perfection. A voir les traits de sou visage, rayonnants d'intelligence et de bonté; à entendre sa conversation qui dénotait une supériorité d'esprit déjà remarquable; à suivre tous ses mouvements, guidés par la modestie et par la

piété, on comprenait l'immense ascendant qu'elle exerçait autour d'elle. Ses compagnes s'y étaient toutes assujetties. Elle seule, ignorante de son doux empire, régnait, et ne s'en apercevait pas.

Trop heureuse de laisser la grâce divine faire en secret son oeuvre, la mère Seton n'avait tenté aucun efifort pour diriger l'enfant de son cœur vers la perfection religieuse; mais lorsqu'elle vit qu'un irrésistible attrait l'y appelait, elle regarda que cette vocation lui promettait, à elle, le plus grand bonheur, et la plus haute récompense, qui put lui être accordée ici-bas comme chrétienne et comme mère.

Anna, novice dans la communauté, tombe malade. — Lettre de la mère Seton à M"" Eliza N. — Adieux et recommandations d'Anna à ses compagnes. — Aux approches de la mort, elle obtient de prononcer ses vœux religieux. — Elizabeth auprès de sa fille agonisante. — Mort d'Anna. — Lettre d'Elizabeth à M™« Eliza N. — Dévouement de M. Dubois. — Le petit séminaire du Mont-Sainte-Marie. — M. Duhamel. — M. Brute. — Dieu envoie à sa fidèle servante l'épreuve de la sécheresse et des ténèbres intérieures. — Profession religieuse de dix-huit Sœurs dans la communauté de Saint-Joseph.

Nos pressentiments nous trompent sans cesse. Serait-ce pour nous en avertir, que vous nous avez dit, ô notre Maître divin , Maître qui nous enseignez toute sagesse et toute vérité : « Ne vous tourmentez pas du lendemain. A chaque jour suffit sa peine? » Quand elle envisageait son isolement d'avec tous les siens, et sa santé ébranlée , Elizabeth , inquiète pour ses enfants, se troublait à la pensée qu'elle pourrait leur être ôtée et les laisser deux fois orphelins. Son effroi n'allait pas au-devant d'une autre séparation, bien plus déchirante : la séparation d'une mère qui assiste au départ d'un de ses enfants. C'était là le déchi-

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rement, c'était là le martyre du cœur, auquel elle était appelée : sa tille, sa sainte et sa bien-aimée, qu'une vocation religieuse semblait avoir fixée auprès d'elle à jamais, son Anna, allait être redemandée au ciel.

L'hiver avait été précoce et froid. Anna, très-dure à elle-même, mortifiée, peu soucieuse des intempéries de la saison, ne s'était pas plus ménagée que de coutume : se levant la première au son de la cloche, quittant la maison par tous les temps pour porter des secours aux malades , allant laver à la pompe par les matinées les plus rudes. Elle était souffrante déjà, quand un jour elle fut mouillée par la pluie, et saisie du froid. Elle éprouva d'abord une vive douleur à la poitrine , puis survint la fièvre , puis la toux , puis une opiniâtre douleur au côté; quelques jours après, elle s'alita. Aucun doute n'était possible; elle était atteinte d'une impitoyable maladie de poitrine.

Les progrès du mal allèrent toujours croissant jusqu'au 30 janvier, que l'état où elle se trouvait faisant pressentir une fin prochaine, on lui administra les derniers sacrements. Elle les reçut avec des sentiments de ferveur extraordinaires ; calme et sereine en face de la mort, occupée à donner du courage aux personnes qui l'entouraient, éloquente à leur persuader d'oublier la terre et d'élever leurs âmes vers les pensées éternelles. C'est à sa mère qu'il appartient de parler d'elle, à sa mère seule.

CHAIMTHK \l\ .iO.J

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