ELIZÀBETH SETON A MADAME ELIZA
U février 1812.
« Il est bien vrai , la chère , la délicieuse , la parfaite enfant de mon cœur, est sur le point de son départ. Toute la semaine passée, elle n'a cessé d'être sur le qui-vive, s'attendant à chaque crise de toux que ce serait la dernière crise , et cela avec une paix, une résignation, un contentement d'âme!... Elle ne souffre pas qu'on verse une seule larme auprès d'elle. Elle a toujours quelque chose de consolant à dire à chacun. Elle dit à ses compagnes qui viennent en grand nombre , tantôt l'une , tantôt l'autre , autour de son lit : « Voyez pourtant comme on prut vite mourir ! Songez à ce que vous voudriez être , si vous vous trouviez sur ce lit de mort, là, comme moi. » Quand elle parle avec sa pauvre mère , c'est pour faire quelquefois des projets : « Si je devais vivre, dit-elle, très-chère maman... » puis vient le reste, et quand elle a achevé , elle finit toujours en disant qu'elle n'est pas seulement résignée , mais heureuse de partir avant d'avoir à traverser les dangers et les épreuves des années qui semblaient être devant elle. Dans la dernière des crises qu'elle a eues, la sueur froide , la respiration étouffée , une souffrance pareille à celle de l'agonie , semblaient annoncer sa fin prochaine. Elle souffrait d'une telle douleur dans les yeux , qu'elle ne pouvait plus les fixer. « Je ne puis plus te regarder, mon cher crucifix, dit-elle; mais j'entre en agonie avec mon Sauveur. Je bois mon calice avec
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lui. Mon Maître adorable , que votre volonté soit faite, votre volonté toute seule. Je la veux aussi. Je quitte ma chère, ma bien-aimée mère, parce que vous le voulez,... ma chère mère... ! »
« Pauvre mère! direz-vous , Eliza, et pourtant heureuse mère ! Vous le comprendrez pour moi, chère amie. La voir recevant les derniers sacrements avec les mêmes sentiments que j'y apporte moi-même ; voir son âme , pure et précieuse , tendre de toutes ses forces vers le ciel; penser à son innocence, à cette pureté de vie extraordinaire , dont je pourrais vous donner des exemples ravissants : tout cela s'unit à mes réflexions sur ce triste monde pour réduire au silence la pauvre nature. »
Le dimanche qui précéda sa mort, Anna, inspirée par ce courage surnaturel que donne la foi, voulut qu'on amenât près d'elle toutes les élèves du pensionnat, afin que la vue de sa beauté flétrie et de son corps prêt à tomber en ruines leur fût une leçon saisissante du néant de la vie. On les fit entrer successivement; d'abord les enfants qui avaient fait leur première communion, puis celles qui se préparaient à la faire, puis enfin celles qui composaient, dans la pieuse association dont nous avons parlé , ce qu'on appelait la dizaine d'Anna.
A mesure qu'elles se présentaient, la malade leur parlait de la manière la plus émouvante : « Mes chères amies , approchez ; regardez bien votre pauvre Anna; voyez où elle en est réduite; elle qui était, il y a quelques semaines à peine, aussi gaie , aussi ani-