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lonf<temps avec une rigueur extraordinaire. Les eaux qui entourent la ville, et même celles de la mer, se trouvèrent couvertes d'une glace si épaisse, que Washington conçut le plan de s'en servir comme d'un chemin pour l'aire avancer son artillerie , ses bagages et toute son armée. Du côté de la terre, il intercepta tous les convois qui pouvaient approvisionner la ville. Les denrées et les autres objets qu'une population nombreuse attendait chaque jour de la libre communication par eau firent défaut en même temps. Les vivres devinrent hors de prix; la disette se fit sentir dans la place. Le bois y manqua à ce point, qu'on fut réJuit, pour en avoir, à démolir des maisons et à briser d'anciens vaisseaux de transport, qui servirent pour le chauffage *.
A la souffrance qu'amenaient ces privations, se joignait pour les habitants de New -York l'horreur des cruautés dont ils étaient les témoins. Sous leurs yeux, les prisonniers américains, entassés sur les pontons dans la rade, périssaient, par milliers, de misère et de faim; ils étaient jetés à la mer, et leurs restes infortunés, à demi submergés, battus par ks flots, rendaient l'air pestilentiel. Les nouvelles qu'on recevait du dehors offraient de sinistres images : combats sanglants, ruine, incendie, dévastation promenée par toute la contrée. Aux portes deNew-Yoïk, les Indiens, devenus les auxiliaires de l'Angleterre, commettaient des actes de férocité épouvantables. Malheur au soldat américain dont ils s'emparaient; sa tête tranchée et sa
1 Voir Vie de Washington composée sur ses Me'moires, par John Marshall, présideat de la cour suprême de justice des Etats-Lin is.
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cheveluro scalpée avaient un prix que les guerriers civilisés osaient débattre avec les sauvages. Les récits de ces horreurs glaçaient d'efFroi ceux qui les entendaient. On conçoit l'impression qu'en pouvaient ressentir de jeunes imaginations. Dans la maison de M. Bayley, où l'on n'eût entendu en tout autre temps que le bruit des jeux et le gai bourdonnement d'un essaim de joyeux enfants , on voyait régner le silence avec la frayeur.
Tant que dura cette guerre pour l'indépendance américaine, chaque jour attisa la fureur de la lutte et la violence des représailles dont on usa dans les deux camps; chaque jour creusa plus profondément l'abîme qui sépara pour toujours l'empire britannique de ses colonies.
Rien cependant de ce qui a coutume de causer les révolutions dans l'ancien monde , et d'y faire couler le sang des peuples, n'avait eu lieu dans les colonies anglaises avant cette immense crise. Rien n'y était apparu qui eût offensé ces intérêts si chers, la religion, les institutions, les usages anciens; l'ordre public n'avait point été interverti ; les principes de gouvernement étaient toujours demeurés les mêmes.
Les colonies anglaises, et ce fut une des principales causes de leur prospérité, avaient toujours joui de plus de liberté intérieure et de plus d'indépendance politique que les colonies des autres peuples. Si leurs accroissements progressifs avaient à plusieurs reprises éveillé l'attention de la métropole, celle-ci n'y avait trouvé qu'un motif pour affirmer les prérogatives de sa tutelle; jamais elle n'avait touché aux droits que les colons tenaient de leur origine, et qui étaient inhérents
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à leur qualité d'Anglais. Ainsi, le système représentatif était la base de leurs constitutions diverses; la procédure par jurés était un de leurs privilèges; ils votaient dans leurs assemblées les impôts, les lois, les règlements d'administration intérieure. La sanction royale, nécessaire à la plupart de ces actes, était généralement accordée à tous ceux qui n'avaient rien de contraire aux lois et aux droits de la métropole.
Fiers de leur origine , les colons américains n'avaient jamais cessé de regarder la constitution britannique comme le chef-d'œuvre de la sagesse humaine. Ils participaient à ses bienfaits, et s'étaient accoutumés à penser qu'en traversant la mer Atlantique, leurs ancêtres avaient emporté avec eux les franchises et les libertés que tout Anglais tient de sa naissance. L'attachement qu'ils portaient à la mère patrie s'était encore fortifié depuis la guerre de 1768, pendant laquelle le sang anglo-américain avait coulé avec le sang anglais, pour assurer à la couronne britannique la possession de cette vaste contrée qui s'étend du golfe du Mexique au pôle nord.
Quand, maîtresse du Canada, et victorieuse dans la guerre de Sept ans, l'Angleterre, écrasée sous le poids d'une dette énorme, résolut de tirer un revenu de l'Amérique septentrionale, les colons américains ne prétendirent pas être exempts de contribuer par leurs sacrifices à la prospérité de l'empire; mais ils soutinrent qu'ayant des parlements chez eux , et n'étant point d'ailleurs représentés dans le parlement de la Grande-Bretagne, ils étaient les seuls juges de ce qu'ils pouvaient et devaient donner. Ce droit d'impôt réclamé
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par les colonies, oont.'sté parla métropole, devint la première cause de leur désaccord , suscita pendant plusieurs années de violents débats, et tint les deux peuples en suspens, jusqu'au jour où la guerre civile commença, en 1775, par une rencontre qui eut lieu entre les troupes royales et quelques milices rassemblées auprès de Boston.
Nul n'attend que nous racontions les péripéties de cette lutte mémorable : l'indomptable énergie du congrès américain, le génie de AYashington , le concours de tout un peuple , et hâtons-nous de le rappeler, car nous évoquons ici un grand souvenir, les secours d'hommes et d'argent envoyés par la France, opérèrent des prodiges'. Sept années d'efforts inouïs et de sacrifices héroïques assurèrent aux treize colonies une indépendance glorieusement acquise. Réunies entre elles par le lien fédéral, constituées chacune en État
1 Depuis le funeste traité de 1763, la France gardait le ressentiment des échecs qu'avaient subis ses armes. Pendant les dernières années du règne de Louis XV, les projets se succédèrent pour préparer une revanche des désastres de la guerre de Sept ans. La marine françiise mit à profit les loisirs d'une longue paix; et lorsque l'insurrection des colonies anglaises de l'Amérique éclata, la France était préparée à y jouer un lôle décisif. On sait quel enthousiasme excita la cause des insurgents: Louis XVI , après quelques hésitations, bien justifiées par la grandeur des intérêts que la Fniuce devait engager dans une guerre nouvelle avec son ancienne ennemie, finit par associer son gouvernement au sentiment public. Ce fut une ère brillante, que celle où reparut sur les mers cette admirable armée navale qui fit llotter partout avec honneur notre pavillon blanc. Dans llade, le bailli de Suffren; sur l'Océan, les d'Estaing, les Guicheu, les la iVlotte-Piquet, les de Grasse, illustrèrent nos armes. Sur terre, dans l'Amérique du Nord, les Rochamheau, et toute cette jeune noblesse française accourue sous ses drapeaux , ajoutèrent de belles pages à nos annales.
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indépendant et libre, elU's formèrent désormais la république des Klals-Unis, dont l'Angleterre et les autres puissances reconnurent l'existence, en 1783, par des traités solennels.
Une année avant la conclusion de la paix, alors que les succès des Américains faisaient prévoir Tissue de la lutte, le commandement des forces britanniques avait past^é des mains de sir Henry Clinton à celles de sir Guy Carleton. La modération de son caractère, l'humanité qu'il avait montrée quand les vicissitudes de la guerre l'avaient rendu victorieux , l'estime qu'il s'était acquise dans les deux camps opposés, le désignaient entre tous pour traiter des conditions de la paix avec le général Washington. Richard Bayley, nous l'avons dit, était attaché à l'état-major de sir Guy Carleton; une étroite amitié unissait l'habile et savant chirurgien au noble chef d'armée. Le nom de Guy Carleton demeura toujours entouré de respect dans la famille de M. Bayley. Il fut donné à l'un des enfants qui naquirent à Richard de son second mariage avec M"" Barclay, Guy- Carleton Bayley, le troisième des fils de cette jeune famille, porta dignement toute sa vie ces deux noms réunis sur lui, en souvenir d'une affection si précieuse et si honorable pour son père.
Quand les troupes anglaises évacuèrent New-York , la dernière ville qui fût demeurée en leur pouvoir, Elizabeth entrait dans sa onzième année. La scène qu'elle avait eue sous les yeux depuis les jours de sa première enfance , se transforma subitement autour d'elle, comme on voit sur les théâtres ces décorations
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éphémères qui disparaissent en un instant pour donner place à des tableaux dont la nouveauté surprend.
Le départ des derniers soldats de Guy Carleton fut le signal de l'arrivée d'un détachement de l'armée américaine , qui prit possession de la ville. Des gardes ayant été postées pour la sûreté des habitants, le général Washington, suivi d'un grand nombre de citoyens et d'un brillant entourage d'olïiciers civils et militaires, fit triomphalement son entrée au milieu des acclamations d'un peuple ivre d'enthousiasme. Si les ancitns adhérents du parti anglais évitèrent de prendre part aux démonstrations de l'allégresse universelle, leur sileoce du moins ne put exclure chez eux le respect que le héros de l'indépendance inspirait à ses adversaires eux-mêmes. Washington était alors sur le point de se dépouiller du pouvoir suprême pour rentrer simplement et noblement dans la vie privée. Ce fut à New- York qu'il prit congé de ses frères d'armes. La scène de ses adieux, scène grandiose et touchante, eut lieu quelques jours après son entrée dans la ville.
New- York s'appartenait désormais; elle allait s'administrer, se défendre , se gouverner elle-même. Rien n'eût terni le triomphe des Américains si l'animosité des passions, survivant à la lutte, n'eût amené de la part des vainqueurs des persécutions aussi injustes qu'impolitiques contre les loyalistes. Richard Rayley comptait dans ce parti des amis nombreux. Il eut la douleur de voir plusieurs d'entre eux réduits à chercher dans un exil volontaire la paix et les garanties que leur pairie leur refusait. La Nouvelle-ÉcossB fut l'asile vers lequel la plupart de ces fugitifs se diri-