‹ Elizabeth Seton et les commencements de l'église catholique aux États-Unis (volume 2)Chapitre 82 sur 94 · CHAPITRE XXIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIV

santé, au seuil de sa soixante- deuxième année. Elle seule en prévit le terme prochain. Un d^ ses fils veillait près d'elle pendant la dernière nuit qu'elle vécut. Elle voulut le préparer à la voir bientôt mourir. Comme il ne pouvait maîtriser sa douleur : « Ne vous désolez pas, lui dit -elle, votre mère meurt heureuse; ce qu'elle avait toujours demandé à Dieu, elle l'a obtenu. Je meurs assistée de tous les secours de notre sainte Église; je meurs entourée de mes enfants; et je meurs avant votre père. Voyez quelle grâce Dieu me fait, lorsqu'il m'épargne de vivre après mon mari !

Celui qui descend dans la vallée d'Emmettsburg en arrivant par la route de Frederick, après avoir traversé une des plus heureuses contrées du Maryland, s'arrête maintenant avec admiration en présence d'un site délicieux, où la charité, par sa seule impulsion, a créé une véritable petite ville. Ce pays, beau pour les yeux, Test plus encore pour l'âme et pour l'esprit. Les soins de l'homme l'ont transformé. Mais de tous les ouvrages que sa main y a construits, il n'en est pas un seul qui ne raconte la gloire de Dieu.

Sur le parcours de vingt milles environ qui sépare Frederick d'Emmettsburg, la route déroule ses contours en côtoyant l'un des versants de cette belle chaîne de montagnes qui doit son nom à sa couleur d'azur, the Blue ridges, la chaîne des montagnes Bleues. On les a toujours sur la gauche jusqu'au moment où l'on arrive au pied de la montagne d'Emmettsburg. Le premier objet qui frappe alors les yeux est l'église, de briques et de pierres, bâtie, en 1808, par M. Dubois.

6SS ELIZABKTH SETO.N

Elle se détache agréablement sur le sombre rideau des arbres de la forêt. On y monte par un frais sentier bordé de jolies maisons. Le sanctuaire où réside le Dieu caché protège les demeures des chrétiens qui se sont groupées à ses pieds. Son ombre s'étend sur le séminaire du Mont- Sainte-Marie, qui couvre avec ses dépendances nombreuses les pentes de la montagne.

Vous descendez, la route fait un détour sur la droite. Le murmure des eaux interrompt le silence de ces lieux paisibles : c'est une petite rivière à l'eau vive et profonde , un affluent du Monocacy, qui serpente dans la vallée. Vous la traversez sur un pont de bois, et vous apercevez bientôt l'établissement commencé par Elizabeth Seton, mais bien augmenté depuis.

Le porche qui sert d'entrée est un bâtiment monumental d'un caractère imposant. Il s'ouvre sur une large avenue qui mène à la maison des Sœurs. Cette avenue est destinée aux voitures. Elle court entre deux allées plus étroites, réservées aux personnes qui vont à pied. La maison mère, qui est aussi le noviciat, est le plus important des divers édifices que renferme l'enceinte de la communauté. Ses dimensions sont assez vastes pour contenir le logement d'au moins deux cents Sœurs qui y résident habituellement, soit occupées, soit sédentaires , dans la maison mère ou au noviciat. Le logis qu'on a bâti pour elles a deux cent trente pieds de long sur quarante de large, il a deux étages et un attique surmonté de parapets crénelés.

L'extérieur en briques et pierres de taille appartient au style conventuel du xiv* siècle. La toiture, à pente rapide, est dominée par un beffroi de trente pieds de

Page 1