‹ Elizabeth Seton et les commencements de l'église catholique aux Etats-UnisChapitre 105 sur 226 · CHAPITRE XIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIX

sa pauvre mère, c'est pour faire quelquefois des projets : « Si je devais vivre, dit-elle, très chère maman... » puis vient le reste; et quand elle a achevé, elle finit toujours en disant qu'elle n'est pas seulement résignée, mais heureuse de partir avant d'avoir à traverser les dangers et les épreuves des années qui semblaient être devant elle. Dans la dernière des crises qu'elle a eues, la sueur froide, la respiration étouffée, une souffrance pareille à celle de l'agonie , semblaient annoncer sa fin prochaine. Elle souffrait d'une telle douleur aux yeux, qu'elle ne pouvait plus les fixer. « Je ne puis plus te regarder, mon cher crucifix, dit-elle; mais j'entre en agonie avec mon Sauveur. Je bois mon calice avec lui. Mon maître adorable, que votre volonté soit faite; votre volonté toute seule. Je la veux aussi. Je quitte ma chère, ma bienaimée mère, parce que vous le voulez..., ma chère mère... ! »

« Pauvre mère ! direz-vous, Eliza, et pourtant heureuse mère! Vous le comprendrez pour moi, chère amie. La voir recevant les derniers sacrements avec les sentiments que j'en ai moi-même; voir son âme, pure et précieuse, aspirer de toutes ses forces vers le ciel; penser à son innocence, à cette pureté de vie extraordinaire, dont je pourrais vous donner des exem pies ravissants : tout cela s'unit à mes réflexions

sur ce triste monde pour réduire au silence la pauvre nature. »

8 mars.

« Elle m'a dit : « Voulez -vous que je dise quelque chose à toutes les chères élèves, ce matin, maman ? Il faut que mon dernier souffle soit pour Lui. » Elle a demandé d'abord les jeunes filles de son association, c'est-à-dire celles des classes supérieures; ensuite, les enfants de sa dizaine. Plus tard, toutes vinrent par groupes à la fois. C'était un spectacle digne des anges. Avec les regards de la plus douce affection , — et aux yeux d'une mère, avec un charme et une grâce plus que terrestres, — souriant à toutes avec cette expression de paix qui vient du dedans, elle a parlé à chaque groupe, en peu de paroles, mais des plus émouvantes, de l'amour de Jésus, de la paix avec Jésus. Rappelant aux jeunes filles de l'association leur commune résolution de se préparer journellement à la mort, elle leur fit remarquer sa pâleur et sa maigreur, traces de la maladie. « Voyez, a-t-elle dit, combien est vain, est insensé, tout ce qui n'est pas pour Jésus!... Comme cela passe!... Mais dans la résurrection!... » — les yeux levés au ciel, en silence. — Elles partirent avec des sanglots et

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