CHAPITRE XIX
des soupirs , qu'elles étaient hors d'état de réprimer. Sa petite dizaine des enfants alors s'approcha: « Oh! oui, dit-elle, venez, mes chères petites. Combien souvent vous ai-je dit d'être bonnes, et d'aimer notre Jésus! Regardez-moi maintenant; que serais-je sans Lui? Vous voyez ma chère mère ; il sait combien je l'aime... Mais que peut-elle pour moi? Rien, excepté me fortifier dans l'amour de notre Jésus, dans lequel nous espérons être réunies à jamais. Maintenant il faut que je la quitte, elle et tout le monde, et toutes choses!... Il faut que je m'en aille toute seule. Soyez bonnes, aimez Jésus ! aimez-le. » — A une de ses petites favorites , à laquelle elle avait dit de s'agenouiller à côté d'elle, elle parla beaucoup, l'exhortant pour sa première communion , lui représentant les scrupules et les examens qu'on se fait sur la communion, quand on est au lit de mort. A quelques élèves nouvellement arrivées depuis sa maladie, elle dit avec une grande simplicité : « Je ne vous connais pas; mais je vous aime en Jésus. Soyez bonnes, aimez-le. » Quand vinrent les Sœurs, elle fondit en larmes. Au bout d'un moment , elle dit à la Sœur K... qu'elle craignait d'avoir été cause de beaucoup de fatigue pour elle ; mais qu'elle lui demandait encore de lui pardonner. Elle demanda pardon en général à toutes les Sœurs,
se recommandant avec instances à leurs prières. Quand toutes furent parties : « Seule, dit-elle, avec mon Jésus et avec ma mère ! »
Le matin du jour où elle expira, elle fît appeler près d'elle Catherine et Rebecca , ses deux petites sœurs ; elle leur demanda de chanter à genoux, au pied de son lit, ces paroles d'un cantique qu'elle aimait:
Quand toutes les puissances de l'enfer m'environneraient, Je ne craindrais aucun mal; Tant que j'aurai mon Jésus pour ami , Je ne craindrai aucun danger.
C'était une scène à fendre le cœur. Le vœu que leur exprimait une sœur mourante donna d'abord à ces pauvres enfants une sorte de courage et d'empire sur elles-mêmes. Refoulant leurs larmes, et surmontant l'émotion qui les suffoquait, elles essayèrent de chanter. Leur voix mal assurée s'éleva peu à peu, et l'on entendait distinctement leurs paroles. Mais au bout de quelques moments, n'en pouvant plus de ces efforts, elles s'interrompirent sans pouvoir après retrouver leurs forces. Elizabeth, debout au chevet du lit, comme Marie au pied de la croix, soutenait dans ses bras sa fille expirante; des larmes roulaient en silence le long de son visage, tandis qu'au faible mou-