‹ Elizabeth Seton et les commencements de l'église catholique aux Etats-UnisChapitre 107 sur 226 · CHAPITRE XIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIX

vement de ses lèvres on pouvait voir qu'elle priait. Quand la dernière lutte commença , quand elle entendit les derniers sanglots, la respiration entrecoupée, elle se remit sans résistance entre les mains compatissantes qui cherchaient à l'entraîner loin de cette vue lamentable. Quelques-unes des Sœurs prirent sa place, et elle se retira auprès du saint Sacrement, où elle demeura prosternée jusqu'à ce que tout fût fini.

L'âme pure d'Anna fut recueillie par les anges le 12 mars 1812. Peu de jours encore, et elle eût atteint sa dix-huitième année.

Le lendemain , on conduisit ses restes mortels dans le petit cimetière de la forêt, à côté des tombes de Harriet et de Cecilia. Ses compagnes, vêtues de blanc, suivaient le cercueil. Elizabeth le suivait aussi ; plus semblable , dirent ceux qui la virent alors , à l'image de la Douleur qu'à une créature vivante. L'excès de la souffrance avait tari la source de ses larmes, et elle ne prononçait pas une parole. Elle voulut demeurer sur le bord de la fosse ouverte, jusqu'à ce lugubre moment où la terre commence à tomber, et la fosse à se remplir. Après, comme elle s'en revenait à Saint-Joseph, on la vit qui regardait le ciel, et on l'entendit qui disait lentement cette seule parole : « Mon Père , que votre volonté soit faite. »

Quelques jours plus tard, elle écrivait à la même amie : « Le départ de mon ange a laissé dans mon âme une impression si nouvelle pour moi et si profonde, que, si je n'étais pas obligée de vivre en ces chers petits qui me restent, je mourrais en elle, sans le vouloir. Certainement, sans le vouloir; car jamais, par un acte libre de ma volonté, je ne consentirais à regretter l'accomplissement de la volonté de Dieu. »

Le 3 mai suivant, c'était le jour anniversaire de la naissance de son Anna. Sa douleur semble plus découragée; elle s'attendrit davantage sur elle-même : « Le souvenir de ma pauvre chérie s'empare maintenant de moi à chaque moment. Sa modestie, sa grâce incomparable en tout ce qu'elle faisait ou disait; son air quand elle relevait tout à coup ses yeux baissés et qu'elle faisait rayonner véritablement toute son âme jusqu'au fond de mon âme, — et c'était là souvent sa seule manière d'exprimer ce qu'elle pensait et ce qu'elle désirait; — je suis si heureuse maintenant de n'avoir jamais eu à contredire un seul de ses désirs ! — ses sentiments si purs, ses façons de juger si sages, si raisonnables ; la netteté, l'ordre qu'elle avait dans tous les petits objets qui lui appartenaient ; son ingénieuse adresse à réunir l'élégance et l'économie dans sa mise, si nette et si simple ; toutes

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