‹ Elizabeth Seton et les commencements de l'église catholique aux Etats-UnisChapitre 113 sur 226 · CHAPITRE XIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIX

Seigneur; mais le cœur est si accablé, si appesanti par ce vil mélange !

« Ou bien, c'est au réfectoire; mes larmes m'échappent malgré moi ; la faiblesse, — celle d'un enfant qui viendrait de naître, — s'empare de toute ma personne. Mais le cher Maître est là, qui me dit encore: « Penses -y donc, si tu étais là bien tranquille , pouvant manger toute seule ton petit morceau , et de la qualité que tu le voudrais , n'éprouvant d'ailleurs ni peine ni répugnance à te nourrir, où serait la part que j'aurais , moi , à un pareil repas? C'est ici qu'est ta place, pour maintenir le bon ordre; pour diriger celle qui fait la lecture ; pour donner l'exemple, et pour manger joyeusement le peu que tu prends , en esprit d'amour, et comme si tu étais devant mon propre tabernacle. Je ferai le reste; toi, fais-moi l'abandon de tout, l'abandon de tout. » — Oui, cher Seigneur, tout est abandonné! — Mais vous, mon père1, priez, priez continuellement pour la pauvre misérable.

« 11 est vrai, mon être, mon existence, sont une réalité, puisque je médite, puisque je prie et que je parle, et que je conduis la communauté; et tout cela avec régularité, résigna-

1 Son père spirituel, M. Brute.

tion, simplicité de cœur. Cependant ce n'est pas moi, c'est une espèce de machine, agréable sans doute au Père plein de compassion; mais c'est un être tout différent de celui dans lequel l'âme agit... Dans la méditation, dans la prière, la communion, je ne trouve point d'âme. Dans les êtres qui m'entourent, — moi les aimant si tendrement, — je ne trouve point d'âme. Dans ce tabernacle , où je sais qu'il est, je ne le vois pas, je ne le sens pas. Mille morts seraient suspendues sur ma tête pour me forcer à renier sa présence, que je les affronterais plutôt que d'hésiter un seul instant; et pourtant, il me semble qu'il n'est pas là pour moi ! « Hier, cependant, j'avais retrouvé le sentiment de sa présence ; ce ne fut que pour voir l'enfer entr'ouvert sous mes pas, et pour comprendre combien les jugements éternels sont terribles. Me voici maintenant écrivant à ma table, en face la porte de la chapelle, les yeux tournés du côté du tabernacle. Mon âme en appelle à Dieu: ce qu'elle éprouve, n'est-ce pas là un martyre continuel? »

« Je ne suis qu'un atome , et vous êtes mon Dieu ! ma misère est mon seul titre à votre miséricorde... Il en est si peu qui seront sauvés! Si nous nous perdons, la patience qui nous

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