‹ Elizabeth Seton et les commencements de l'église catholique aux Etats-UnisChapitre 114 sur 226 · CHAPITRE XIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIX

avait attendus en sera -t- elle moins adorable?... Mon âme se plonge dans l'abîme de ce mystère, et demeure, en ces profondeurs, tout obscurité. Mais au dehors, elle joue avec les enfants , elle se récrée avec les Sœurs , condescend à toutes les minuties , se montre attentive à tous les besoins, et agit avec la liberté de ce philosophe qui souffrait en silence, laissant complaisamment torturer la machine, pour que rien ne fût dérangé, disait-il, dans la beauté de Tordre général. Hélas ! hélas ! et en tout ceci, pas une seule étincelle de l'action surnaturelle, mais plutôt les mouvements de la nature tombée après la faute originelle. Rien que le désir d'agir, d'être aimée, de plaire... Tout cela si loin de cette simplicité qui vient de la grâce, et qui changerait en or l'œuvre de chaque moment... Et après, quand l'âme s'en revient, toute confuse, en présence du tabernacle, elle se regarde comme si elle venait de faire la folle, ou comme si elle avait agi à la manière de ces personnes qui cherchent à plaire dans le monde, et qui gardent leur mauvaise humeur pour la maison. »

a Elles sont toutes là, autour de moi, si aimantes, si attentives au moindre regard de la Mère, si vivement impressionnées par son sourire ou par l'ombre qui passe sur son

front!... Je frissonnerais du danger que ma situation intérieure pourrait avoir pour elles, s'il n'était pas aussi clair que le jour que c'est là un des moyens que Dieu prend pour faire avancer son œuvre. Ah! cette œuvre, elle est bien la sienne! j'étais tellement peu faite pour y contribuer ! Si j'écoutais la nature, je préférerais cent fois prendre le breuvage le plus amer, la médecine la plus rebutante, et, en somme, me soumettre à toute espèce de peine corporelle , plutôt que de dire seulement une parole à une créature vivante. Triste et indolente nature, ennemie de tout effort, qui voudrait n'être qu'un animal, et mourir comme lui , sans penser à rien ! 0 mon Dieu ! tout ce que je puis faire, c'est de me prosterner, et de m'abandonner à vous. Que c'est bon à vous de permettre que je puisse encore le faire ! »

« Ce n'est pas l'âme qui est coupable en tout ceci : l'esprit du mal, il est vrai, est très actif; mais le bon esprit se tient dans l'angoisse au pied de la croix, élevant ses regards par delà toute cette désolation; adorant, se soumettant, abandonnant tout à Dieu; ne voyant que lui, s'anéantissant devant lui, oubliant toutes les créatures; disant Amen aux Alléluias qui retentissent au ciel ; se sentant prêt à tout moment à se précipiter jusque dans les enfers

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