CHAPITRE XIX
« l'aimais pas?... Ma mère ne peut s'en aller « avec moi ; il faut que je parte seule !... Chère « mère! vous savez comme je l'aime, eh bien, « il faut que je la quitte!... Oh ! aimez-le jusce qu'à votre mort ! »
« 0 mon Anna ! vit-on jamais la beauté d'une âme se refléter comme sur cette figure mourante ! Avec quelle fidélité mon souvenir l'offre à mes yeux !... Ce qui ne se comprendra jamais, Julia, c'est que l'amour d'une mère puisse aller croissant, comme a fait le mien depuis qu'elle n'est plus ! »
Le terme d'une année, qu'on avait fixé pour l'épreuve des règles de l'institut et pour décider les vocations des Sœurs, venait d'expirer. Dixhuit Sœurs furent admises à la profession religieuse. La retraite, les solennités qui eurent lieu lorsqu'elles prononcèrent leurs vœux, donnèrent une impulsion nouvelle au zèle et à la piété qui régnaient déjà dans cette portion bénie de la vigne du Seigneur. Quelques semaines plus tard, on établit à Saint-Joseph un noviciat dans les formes. La Sœur Catherine Mullen fut nommée maîtresse des novices. Le nombre de ces dernières se montait alors à dix, dont huit étaient entrées dans la maison l'année précédente. L'admission des Sœurs à leurs saints engagements et l'ouverture du noviciat com-
plétèrent l'organisation delà congrégation, qui désormais se trouva toute prête à étendre ses pieux services au dehors et au loin , suivant que la Providence l'y appellerait.
La communauté de Saint-Joseph pendant la guerre entre les États-Unis et l'Angleterre. — L'orphelinat de Philadelphie. — Mission confiée à la sœur Rose White. -— Difficultés de voyage entre Emmettsburg et Philadelphie. — Dévastations opérées par les Anglais sur les côtes de la Chesapeake. — Incendie du Gapitole. — Résistance de Baltimore. — Journée des 13 et 14 septembre 1814. — Arrivée de Rose White à Philadelphie. — Détresse des sœurs. — Charité d'une pauvre marchande. — Événements survenus en Europe avant la chute du régime impérial. — Les maux de l'Église alarment les évêques des États-Unis. — Lettre écrite au nom de ces évêques et de leur clergé par M. de Cheverus. — Joie de l'Église des États-Unis à la nouvelle de la délivrance du Souverain Pontife. — Lettre d'Elizabeth Seton à Antonio Filicchi.
L'œuvre si chère à Elizabeth est maintenant fondée. Cette belle fleur, née du sol de notre France, voici qu'elle est acclimatée, prête à étendre ses racines et à grandir dans un monde
lointain. Rien ne viendra gêner son épanouissement dans ce pays protestant, mais libre. Ne nous lassons pas de le remarquer, à l'honneur de l'état social qui fut inauguré par les fondadeurs de l'Indépendance américaine: du jour où ces grands hommes eurent écrit dans la Constitution qu'il était permis à chacun d'exercer librement son culte, de ce jour-là, l'action du catholicisme aux États-Unis ne rencontra plus d'obstacles. Libres, non protégés, entrés dans le droit commun, les membres du clergé catholique purent désormais, selon leurs besoins, se réunir, s'associer, conférer entre eux, acquérir, posséder en paix; ouvrir des écoles, des collèges, des séminaires; bâtir des églises, des maisons d'asile , des hôpitaux. S'ils rencontrèrent parfois de rudes contradictions, elles leur vinrent des mauvais vouloirs individuels , et n'eurent moyen de s'exercer que dans un cercle restreint. Jusqu'où se peuvent porter l'intolérance et le préjugé, nous ne le décrirons pas , nous qui venons de raconter l'histoire d'Elizabeth ! Nous nous attacherons plutôt à faire remarquer qu'aux États-Unis, sous le règne de la liberté, notre sainte religion fut à l'abri des vexations légales et des entraves qu'elle a connues, trop souvent, au sein des nations catholiques. D'autre part, contre ces malveillances individuelles, qu'elle ne verra