CHAPITRE XXI
et au bien-être de tous ceux qui s'y trouvaient.
Cette maison du Mont- Sainte- Marie, on pouvait vraiment l'appeler la maison de M. Dubois. Lorsqu'il la quitta, après y avoir vécu dix-sept années , il l'avait construite trois fois. La première fois en bois; la seconde fois en pierre , du fruit de ses épargnes ; et après , comme elle avait été brûlée « par un de ces accidents qu'il n'est pas donné à la prudence humaine de prévoir l », il dut la rebâtir encore. Ces sacrifices persévérants expliquent le dénuement dans lequel il se trouva le jour où il fut appelé au siège épiscopal de New-York2. L'Église dont il prenait possession n'avait rien à lui offrir que des dettes. A lui-même, tout manquait. Il dut son anneau et sa croix pastorale à la générosité de Charles Carroll de Carrollton, un des derniers héros survivants de l'Indépendance américaine, et, comme l'appelle M. Dubois, « un de ces anciens patriarches qui sont dévoués de tout leur cœur à notre sainte religion , et qui ne profitent de leur opulence que pour faire du bien. »
1 Lettre de M. Dubois, 16 mars 1830. Voir Annales de V Association de la Propagation de la Foi, n° XXII. Missions de New- York.
« A la fin de Tannée 1826.
Depuis que M. Brute était parti pour l'Europe, au printemps de Tannée 1815, M. Dubois, demeuré seul avec charge d'âmes dans la vallée d'Emmettsburg , se trouvait en présence d'une tâche immense. S'il n'y succombait pas, c'est qu'il avait en lui cette flamme du dévouement qui multiplie à l'infini le temps et les forces. La gaieté et la simplicité du pasteur d'Emmettsburg étaient égales à son oubli de lui-même. Occupé de quiconque avait besoin d'une assistance ou d'un conseil, il ignorait le poids du temps, et jusqu'à l'ombre de l'ennui ; ce fléau qui s'attache à tout désœuvrement, volontaire ou contraint. De ses instants, dont la charité et la piété disposaient, rien n'était détourné pour le repos, les aises ou l'intérêt personnel. On raconte qu'un jour il arriva au parloir de Saint -Joseph avec ses cheveux taillés très courts : — depuis quelque temps on remarquait qu'ils lui tombaient presque sur les épaules. — « Voyez mes cheveux coupés, dit-il en riant à la mère Seton; j'ai rencontré le barbier dans les bois; il m'a fait asseoir sur une pierre, et il m'a fait son opération. Je n'ai pas le temps à la maison. »
Le voyage de M. Brute ne le retint pas longtemps loin des États-Unis; dès le mois de novembre, il revenait d'Europe. Mais Emmetts-
burg ne le revoyait pas encore. Il ne reprit ses fonctions au Mont-Sainte-Marie que trois ans plus tard. Sitôt son retour à Baltimore, ses supérieurs lui confiaient la charge de diriger leur collège et séminaire de Sainte-Marie. Il était en correspondance régulière avec Elizabeth Seton. Après avoir vu de si près son fils William , pendant la traversée d'Amérique en France, il s'empressa de lui donner, à elle, une foule de détails intéressants et satisfaisants pour une mère. De son côté, Antonio Filicchi, dans ses lettres si désirées, parlait souvent du jeune homme à Elizabeth. Moins souvent pourtant qu'elle n'aurait voulu , car elle était avide de nouvelles. Quelques mots d'elle nous vont montrer comme elle avait sujet de bénir le jour où Dieu lui avait inspiré d'envoyer son enfant auprès de ses chers Filicchi.
22 avril 1816.
« Très cher Antonio,
« Vous savez ce qu'a toujours été pour vous mon pauvre cœur; mais quand William me parle de votre bor\té paternelle et des soins que prend de lui votre si chère Amabilia, comme si elle lui était une vraie mère , je sens qu'il n'y a que Dieu pour savoir la mesure de
ma joie et ma gratitude. Les premiers mots que vous m'ayez jamais dits furent de me confier en Dieu , qui nourrit les petits oiseaux, et revêt les lis. Je pourrais encore vous montrer la place, chez votre Filippo, où vous m'avez dit ces paroles, et où vous m'avez indiqué le seul chemin pour arriver au royaume éternel. 0 bon ange de votre pauvre mauvaise petite sœur, protecteur de son âme et de son corps, vous êtes maintenant le gardien de ce qui m'est plus cher, mille fois , que moi-même ! Si vous saviez quel bon et sage et respectueux enfant William a toujours été pour moi, vous ne me gronderiez pas de parler ainsi. A présent que tous deux, votre frère et vous, êtes devenus ses protecteurs, et que lui comprend si bien quelle bénédiction c'est pour lui de se trouver sous vos ailes, je puis, comme un pauvre vieux soldat usé, m'en aller en paix prendre mon repos, à côté de mon Annina; tout à fait confiante que les autres seront protégés et soutenus dans leur religion , ce qui est tout ce qui m'importe , pour eux comme pour moi.
« Ma Rebecca est entre les mains des médecins à Philadelphie, sans en avoir éprouvé de soulagement. Mais ils avaient tant insisté pour qu'elle essayât de leurs soins, que devant Dieu j'ai été obligée d'y consentir. José-