CHAPITRE XXI
phine, — la petite Kitty, — enseigne maintenant dans la maison. Elle y gagne, en vérité, le pain qu'elle y a. Vous voyez combien notre Dieu est fidèle à ceux qui s'en remettent à lui. « J'ai oublié de dire à votre Filippo que nous avons fait une communion pour lui le 1er mai '. Toutes nos Sœurs ont communié; et notre supérieur, le révérend M. Dubois, a dit la messe ici; et M. Brute, sa messe à Baltimore, pour lui. Votre commémoration sera pour le 13 juin, jour de la fête de saint Antoine de Padoue, votre patron. Mais elle est chaque jour, et à chaque communion, dans le cœur de votre pauvre sœur. »
Il y a comme un accent d'adieu dans cette lettre d'Elizabeth ; un adieu d'elle à ses deux amis. Mais ce n'était pas elle, maintenant, c'était un des frères de son cœur qui s'en allait achever son pèlerinage terrestre. Si Filippo Filicchi put encore recevoir ce tendre et dernier souvenir qu'elle lui adressait, il le reçut à la veille de son départ. En quelques heures , un vaisseau sanguin rompu , une violente hémorragie, tarit en lui les sources de la vie. Il expira le 22 août 1816, à l'âge de cinquante-
1 Jour où TÉglise célèbre la fête de saint Philippe, apôtre.
trois ans. Suivant le désir qu'il avait exprimé , il fut transporté à Pise, pour reposer dans l'église des Capucins *.
Le bienfaiteur de Livourne , l'éminent citoyen , le chef illustre d'une famille aimée et honorée de tous, ne laissait d'enfants après lui que ceux qu'il regardait comme les siens, les enfants de son frère Antonio. La Providence, qui l'avait fait le père des pauvres, des affligés, des persécutés pour la justice, si nombreux à l'époque troublée où il vivait', l'avait laissé tout entier aux familles que la charité lui avait données. C'était là son unique paternité, combien belle, combien attachante! Plusieurs fois, cependant, il avait eu d'autres espérances. Plusieurs fois, sa chère signora Maria avait cousu avec amour de petits vêtements, et préparé, comme un oiseau prépare son nid, le doux berceau d'un enfant. Elle avait toujours été d'une santé très délicate. Ce lui fut un sujet de consolation quand elle perdit son mari. Le pressentiment qu'elle eut
1 Voir la note 17 à la fin de ce volume.
2 Filippo Filicchi, avec son frère Antonio, eut la gloire et le bonheur de venir en aide aux plus augustes de ces Persécutés pour la justice, les souverains Pontifes Pie VI et Pie VII. Leur premier don, offert à Pie VI, en 1797, se montait à mille écus romains. Ils offrirent au saint pape Pie VII le double de celte somme en 1809.
alors de ne pas tarder à le suivre se trouva réalisé en moins de quatre ans.
Tout ce que peuvent inspirer la douleur et l'espérance chrétienne s'émut dans le cœur de la mère Seton , lorsqu'elle apprit que son ami n'était plus. Elle fit prier pour le repos de son âme. Elle se répandit elle-même en prières continuelles. Habile toutefois, en chacune de ses douleurs , à trouver une occasion de bénir Dieu , elle rendit grâces à la divine bonté d'avoir permis que son fils William , avant d'assister aux derniers moments de Filippo, eût encore pu voir ce^rare modèle de l'honnête homme et du chrétien. « Voilà donc, écrivait-elle à William, voilà la mort de notre cher bienfaiteur! Il y a longtemps que je la redoutais , mais Dieu seul en tout ! Quel exemple il vous a laissé, mon bien -aimé! quel modèle du vrai chrétien et du vrai homme d'honneur * ! Comme je plains M. Antonio! Et la signora Maria! quelle désolation ! Ah ! faites bien , pour les satisfaire en toutes choses , tout ce qui vous est possible, mon cher fils. Je sais, je suis certaine que vous le ferez. Pensez , pensez souvent combien est étroite la voie qui conduit là où s'en sont allées toutes ces âmes que nous avons tant aimées. J'arrive de la communion.
1 « Of the true Christian and the true gentleman. »
308 EL1ZABETH SETON
Oh ! ce que dit le cœur de votre mère en priant continuellement pour vous!... Dites de ma part tout ce que vous pourrez imaginer à nos chers amis. »
Quand la vie de chacun de nous s'éloigne de son matin , bien que les ombres du soir, bien que le froid de la nuit ne nous atteigne pas encore, tout nous avertit que le temps des adieux a commencé déjà, et qu'il faut commencer à nous tenir prêts pour le départ. C'est œuvre au Maître divin de nous attirer au désir du ciel , en retirant ce petit à petit tout ce qui nous était cher ici -bas ». « Il faut dire ses « adieux au monde , il faut retirer une à une « ses affections des créatures. Les arbres que « le vent arrache ne sont pas propres pour être ce transplantés , parce qu'ils laissent leurs race cines en terre ; mais qui veut les porter en une « autre terre, il faut que dextrement il désen- « gage, petit à petit, toutes les racines l'une « après l'autre; et, puisque de cette terre mice sérable nous devons être transplantés en « celle des vivants, il faut retirer et désen- « gager nos affections, l'une après l'autre ] de ce ce monde * . »
Ce travail de détachement avait commencé
i S. François de Sales, Lettres.