CHAPITRE XXI
de bonne heure pour Elizabeth. L'un après l'autre, que de vides s'étaient faits dans ses plus tendres affections ! Son mari , sa sœur Rebecca, Harriet , Cecilia , Anna : toutes morts prématurées. La mort de Filippo la surprenait aussi. Dans une vie telle que la sienne, que Dieu ne destinait pas à une longue durée, les avertissements se précipitaient, et devançaient l'heure, pour ne pas arriver trop tard. Déjà son cœur meurtri, son cœur blessé, avait a désengagé plusieurs de ses racines les plus profondes ». Ce n'était point encore assez. Avant de la recueillir là où toutes larmes seront essuyées, son Dieu la voulait éprouver par une dernière et immense douleur.
On a sans doute remarqué , dans plusieurs de ses lettres à Antonio Filicchi, ses cris d'alarme pour la santé de la petite Rebecca. Dans l'hiver de 1812, comme l'enfant atteignait la moitié de sa dixième année , elle s'était blessée en tombant dans un sentier couvert de glace. Depuis cet accident, elle n'avait cessé de boiter. Voyant qu'un traitement spécial était devenu nécessaire , sa mère l'avait conduite à Baltimore , afin qu'elle y pût recevoir des soins plus assidus. Au bout de plusieurs mois, le mal, loin de diminuer, semblait devenu plus grave; Elizabeth s'était déterminée à essayer d'autres moyens. Elle avait envoyé la petite
malade à Philadelphie, où se trouvait un chirurgien très renommé , qui pouvait la voir tous les jours. Rebecca fut reçue à Philadelphie dans l'asile de Saint- Joseph , que dirigeait la Sœur Rose White. Là, du matin au soir, les Sœurs veillaient tour à tour auprès d'elle, avec toute espèce de dévouement et d'affection. Hélas! rien ne put arrêter les progrès du mal. De jour en jour, Rebecca souffrait davantage. Un abcès se forma à sa jambe, et comme ses forces étaient affaiblies par un état de langueur qui durait depuis plusieurs mois , tout accident nouveau devenait une menace.
Chaque lettre qui arrivait de Philadelphie à Emmettsburg apportait à Elizabeth des nouvelles désolantes. « Chère petite enfant de mon âme, écrivait- elle à sa Rebecca, les yeux de votre mère se remplissent de larmes rien qu'en pensante vous; des larmes amères, mais aussi des larmes d'amour et de joie; car je sais que ma pauvre chérie souffre avec patience, se résigne à la volonté de notre très cher Maître, et se montre l'enfant de sa croix
. . . . 0 ma chère Rebecca, enfant de l'éternité , que la paix et l'amour soient avec vous et se mêlent à chacune de vos souffrances, pour les calmer toutes et les adoucir! Soyez bénie à jamais