CHAPITRE XXI
. ; . . 0 la toute chérie de mon âme, maintenant encore dans votre petit lit, votre pauvre jambe entourée de ses bandages!... encore assise, immobile sur cette terre qui
roule si vite
.-'... . . Mais les moments , les heures passent et passent, et nous emportent vers notre heureuse et glorieuse éternité. Abandonnezvous bien toute à Dieu , ma chérie. Remettez tout entre ses mains. Nous comprendrons plus tard, quand nous nous trouverons dans notre Jérusalem du ciel , combien il a été bon pour nous lorsqu'il nous a offert la couronne d'épines. »
Sur l'adresse de la lettre qui contenait ces dernières lignes, Elizabeth n'avait écrit que ces mots : A mon enfant de V éternité: sublime expression qu'elle appliquait à sa fille souffrante; tandis qu'elle la voyait, à la lumière de la foi, appartenant chaque jour de moins en moins à la terre, et s'enrichissant de nouveaux mérites pour la moisson de l'éternité.
Nous allons voir bientôt Elizabeth, se surpassant elle-même, gravir les plus âpres sommets de la voie douloureuse par laquelle Dieu l'a conduite depuis si longtemps. Elle montrera ce qu'un cœur chrétien, tout blessé, tout brisé qu'il est, peut trouver en ses profondeurs de résignation et d'énergie. Le voilà devant elle
encore, le calice amer! elle va l'accepter en baisant la main qui le lui présente. Elle ne se lassera pas de se résigner et de souffrir; c'est nous plutôt qui, moins fermes dans la foi, serions tentés de nous lasser pour elle de la continuité de ses souffrances.
Elle avait ramené de Philadelphie sa petite Rebecca, abandonnée des médecins, lorsque, ne pouvant plus douter de la perte qu'elle allait faire , elle voulut associer son fils aux sentiments qu'elle éprouvait , faire appel à sa foi , et préparer son courage. « Il est, dans la vie, des moments où le courage et la résignation ne doivent pas être regardés comme un effort. Tel est pour nous le moment présent. Tel doit - il être , même pour vous , mon fils, bien que vous soyez éloigné de la scène où elle déploie les célestes vertus dont elle nous rend témoins chaque jour, gages certains des récompenses qui l'attendent ; elle, sitôt rappelée d'un monde où tout est incertain. Si elle demeurait avec nous dans cette succession d'épreuves et de douleurs qu'aurait à traverser une plus longue existence, nous ne serions pas entièrement assurés de son éternité; tandis que, maintenant , nous la voyons qui exhale son âme vers le ciel dans toute la pureté de son innocence. Ne soyez pas égoïste, mon enfant chéri , laissez-la partir. »