‹ Elizabeth Seton et les commencements de l'église catholique aux Etats-UnisChapitre 160 sur 226 · CHAPITRE XXII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXII

nous attendons à chaque instant, le différerezvous seulement d'une heure?.,. Mais les heures et les angoisses de la pauvre Rebecca ne sont connues que de vous seul I... Ses regards résignés et doux , les cris involontaires que lui arrache son mal, son indicible détresse. — Brise-toi, abîme-toi, pauvre cœur, en rappelant de tels souvenirs !... — Tous les actes de sa piété, en ce jour des Morts si redoutable, si douloureux... Les terreurs de cœur de la pauvre mère , qui saigne tandis qu'il implore patience et résignation pour cette frêle enfant; l'échange de nos muets et longs regards ; notre peur de contrarier en quoi que ce soit les desseins de l'amour infini , éternel ; oh ! ce jour, oh! cette nuit !... Et le lendemain !

« Elle ne fait plus aucune question sur le moment de sa mort... Elle ne nous demande plus de lui dire les heures. Son cœur est abîmé dans une douleur qui se trahit sur son visage; elle semble ne plus avoir d'autre sentiment que celui-là , regardant tantôt le crucifix et tantôt sa mère. Elle a dit : « Mon amour est si faible, si imparfait!... Ma mère, j'ai été si peu fidèle. J'ai si mal prouvé mon amour ! » Son pauvre petit cœur semblait défaillir, et cependant ses yeux étaient fermement attachés sur le crucifix. — « Ma mère, baisez pour moi ce côté sacré. »

« Le petit crucifix qu'elle portait à son cou, elle le pressait à chaque instant sur ses lèvres..., ses lèvres froides et mourantes... ou elle le serrait contre son cœur. — « Mon âme délaissée se suspend à toi , » lui disait-elle. — Puis , dans un joyeux transport, entonnant son hymne de prédilection : Allons, levons nos yeux remplis d'allégresse , et je v errai le chemin de la vie. Je le verrai. Ce sera vous, vous, qui me le ferez voir. — Parfois, me souriant et me regardant comme si elle fût revenue vers moi d'un pays lointain, elle me racontait naïvement les innocentes rêveries où sa pensée s'égarait.

« Elle m'a dit en me regardant délicieusement : — « J'ai offert mon calice ! il est rempli jusqu'aux bords. Mon petit sac de voyage est rempli aussi. Seulement il y a dedans une pomme qui est tachée d'un petit point noir. J'avais défendu à Dick1 de la mettre là ; car rien de souillé ne saurait entrer au ciel... Dick, tu viendras me chercher. » Voilà ses rêveries lorsqu'elle s'assoupit.

« Encore une nuit écoulée.

« Elle inclinait tout à l'heure sa tête, où toutes ses souffrances semblaient se concentrer, pour recevoir l'eau bénite que lui présen-

1 Son frère Richard.

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