‹ Elizabeth Seton et les commencements de l'église catholique aux Etats-UnisChapitre 163 sur 226 · CHAPITRE XXII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXII

j'ai perdu en elle la bien -aimée petite amie de mon cœur, qui lisait en lui toute peine et toute joie, comme en un livre ouvert. J'ai perdu l'enfant la plus chérie de mon âme, à cause de ses souffrances et de sa patience incomparable. Toutefois, en ce moment, je regarde en haut avec joie ; souffrant seulement pour vous qui êtes si loin... Elle a dit souvent que si Dieu permettait qu'elle se fît voir à vous, elle n'y manquerait pas; mais ce dont elle se tenait pour bien assurée, c'est que Notre- Seigneur ne refuserait pas à son âme la douceur de vous voir. Pour nous, vraiment, après les grâces célestes dont son Seigneur l'a favorisée en ce monde, nous pouvons bien croire qu'il ne lui refuse plus rien à cette heure.

« Il ne m'est pas possible de vous donner une idée de la perfection de Rebecca : la beauté de son âme, et même aussi sa terrestre beauté , ont été croissant chaque jour, jusque dans les bras de la mort. Votre dernière lettre nous arriva la veille du jour où nous l'avons perdue. Elle était entrée déjà dans sa longue agonie. Je pus encore lui apporter vos tendres paroles : elle leva les yeux sur le crucifix, vous bénissant avec une expression de tendresse, répandue sur tout son visage ; et en même temps une expression très vive de cette douleur qu'elle a toujours ressentie de votre absence. Ne pas

vous voir, c'était le seul regret qu'elle ait jamais exprimé en quittant ce monde. — « Dites-lui seulement qu'il vienne vers moi, » murmuraitelle, quand déjà elle n'avait plus assez de force pour supporter d'entendre parler de vous pendant plus d'un instant.

« C'est dans les bras de sa mère , c'est sur ce cœur qui l'aimait tant, qu'elle a rendu le dernier soupir... Neuf semaines, nuit et jour, je l'ai tenue entre mes bras ; bien souvent , prenant ma nourriture avec une main, derrière son oreiller, tandis qu'elle reposait, sur mes genoux. Dans ses souffrances, elle ne trouvait ni trêve ni soulagement qu'en sa mère bienaimée, en sa pauvre mère. J'étais si heureuse de souffrir avec elle! Je n'ai pas eu un seul moment conscience de fatigue ni de mal. Soyez sans crainte pour votre mère, mon bien-aimé William. »

ELIZABETH SETON A Mme JULIA SCOTT

« Je sais bien toute la compassion que

vous avez pour moi... Oh ! la mort, ma Julia... Mais qu'est-ce que la mort, auprès de cette longue, longue éternité ! Ma petite chambre a une fenêtre qui est tournée vers le bois où mes bien- aimées sont endormies. Je regarde de ce côté vingt fois par jour, et mon cœur se

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