CHAPITRE XXIII
des biens , en échanger, en acquérir ; suffire à l'entretien de leur clergé, dé leurs congrégations, de leur culte: en un mot, pourvoir à toutes leurs charges. Ces grands avantages, dus aux chartes d'incorporation, avaient été pressentis, bien avant que l'avenir les eût révélés, par le grand John Carroll , si profondément dévoué aux intérêts du catholicisme, et si passionnément attaché aux institutions américaines.
Quand on parla à la mère Seton de l'opportunité des démarches à faire pour assurer à l'association des Sœurs de la Charité son existence légale, elle demanda qu'on lui expliquât quel profit on en pourrait recueillir. Tout, dans une semblable question, était nouveau pour elle; sa pensée ne s'y était jamais arrêtée. On lui expliqua ce qu'était V incorporation; et comme on lui représentait qu'un des principaux avantages de cette mesure serait de permettre à la congrégation de plaider et d'intenter procès : « Je ne regarde pas cela comme un avantage, » répondit-elle.— Cependant, comme ceux qui là conseillaient étaient d'avis qu'on devait poursuivre cette affaire, elle y donna son assentiment. L'acte pour incorporer la congrégation fut passé par la Législature du Maryland, au mois de janvier 1817 *. Immédiatement après,
f i Voir la note 19 à la fin de ce volume.
la propriété de la ferme et de la maison , et du lot de terrain y attenant, fut transférée aux Sœurs par les possesseurs nominaux.
A peine ces formalités avaient-elles été remplies , que l'ancien propriétaire du terrain cédé à la communauté de Saint-Joseph, M. Emmett, le premier colon de cette vallée, voulut disputer aux Sœurs leur propriété, sous le faux prétexte d'une nullité dans les actes de vente. Bien décidé à leur créer au moins des embarras , il leur intenta un procès dont l'injustice était manifeste. Les Sœurs n'avaient rien à redouter de ses prétentions ; mais il leur semblait pénible d'entrer dans les contestations , les longueurs et les frais d'une affaire en justice. La discussion était entamée, quand elle prit fin tout à coup, de la manière la plus imprévue, par la mort subite de M. Emmett. Les héritiers qu'il laissa renoncèrent à poursuivre le procès qu'il avait intenté aux Sœurs.
Au printemps de l'année 1817, la congrégation catholique de la ville de New-York, touchée des résultats obtenus dans l'asile de Saint- Joseph de Philadelphie, voulut avoir aussi son orphelinat. Le diocèse de New- York commençait seulement à se constituer; la charité y avait tout à faire. M. Connolly, qui le gouvernait depuis deux ans , comprenait la grandeur de sa tâche, et s'y dévouait avec un admirable zèle.
Religieux dominicain , naguère prieur du couvent de Saint- Clément à Rome, M. Connolly avait été choisi par le Souverain Pontife, après son retour dans ses États, en 1814, pour succéder à M. Goncanen , l'évêque nommé au siège de New- York en 1808 *. Ce fut lui qui se chargea de transmettre à la mère Seton l'expression du vœu général. Il obtint d'elle tout ce qu'il sollicitait. Admirable disposition de la Providence ! dans cette ville où , dix années auparavant, la pauvre Elizabeth avait essuyé toutes les colères de l'intolérance et les douleurs de l'abandon, la voilà qui reparaissait, modeste, mais triomphante, prête à ouvrir ses bras à des misères sans nombre, et à jeter les fondements d'une grande maison religieuse , la première maison religieuse qu'eût encore vue le nord des États-Unis.
Ce fut à la Sœur Rose White qu'elle confia le soin de fonder l'orphelinat de New- York. Elle la rappela de Philadelphie, où sa piété, sa capacité, ses manières aimables et douces, en attirant sur elle la bienveillance de tous les gens de bien, avaient assuré le succès de sa tâche. Les Sœurs Cecilia O'Conway et Félicité Brady, l'élite de la communauté, lui furent
1 M. Concanen avait été également prieur du couvent de Saint- Clément aux Dominicains.
données comme auxiliaires. Ces trois servantes des pauvres arrivèrent à New-York le 20 juin 1817. Elles s'y établirent d'abord dans une petite maison située sur l'emplacement qu'elles possèdent aujourd'hui dans Prince -Street. La première année, elles n'eurent à soigner que cinq enfants. L'année d'après, elles en avaient déjà vingt-huit. Elles devaient, quelques années plus tard, en recueillir quatre cents, et en recevoir le double encore, des mains de l'État lui-même.
ELIZABETH SETON A ANTONIO FILICCHI
1er juin 1817.
(( Mon cher Antonio, toujours cher,
(( Cette lettre vous sera remise par M. Cooper, dont la conversion vous aura été racontée il y a bien longtemps, je n'en doute pas, par M. du Bourg, qui vous aura dit aussi qu'il est le fondateur de notre maison de Saint-Joseph. Selon les premières intentions de M. Cooper et mes espérances, cette maison devait être un asile seulement pour les pauvres enfants de notre Sauveur dans la campagne; mais il semble qu'elle soit destinée à former des filles de la ville à la foi et à la piété , pour faire d'elles de vraies et chrétiennes épouses et mères de fa-