‹ Elizabeth Seton et les commencements de l'église catholique aux Etats-UnisChapitre 167 sur 226 · CHAPITRE XXIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIII

cipal objet que j'avais en vue quand je me suis séparée de vous, mon bien-aimé fils. Ce que je voulais, ce n'était pas tant vous fixer auprès d'amis opulents et vous mettre en situation de faire fortune, que vous faire prendre le loisir de vous connaître un peu vous-même, et de surmonter, s'il se pouvait, votre première et si ardente inclination pour la marine; la passion de votre cœur, encore maintenant, je le sais. Cependant je croirais être infidèle à notre mutuelle et tendre affection , si je ne vous disais pas ma pensée tout entière, à vous, qui m'avez si bien exposé toute la vôtre; et si je ne vous laissais pas voir les craintes que j'ai , non pas pour votre chère personne, mon bien-aimé, mais pour votre cher et éternel intérêt. Ah ! si vos défuntes sœurs pouvaient se faire entendre, elles se joindraient à moi et vous solliciteraient avec bien plus d'instances encore que ne le fait votre pauvre mère.

« Cher William de mon âme, est-il besoin que je vous dise de vous élever au-dessus des nuages qui vous environnent? Vous savez assez que nous devons supporter ici-bas notre part d'épreuves ; nous , comme toutes les créatures humaines. Ceux qui souffrent le moins ne sont pas les plus à envier. Pour ma part, je regarderai toutes les peines que j'ai jamais endurées comme trop récompensées par le doux et inex-

primable bonheur que j'ai éprouvé en lisant ce que vous m'avez dit dans votre dernière lettre, si remplie des témoignages de votre tendresse pour moi et de votre attachement à vos devoirs. »

Malgré l'amertume de ses derniers deuils, ce fut pour Elizabeth une douce journée que celle où elle retrouva son William. Deux années, parfaitement employées , avaient développé chez le jeune homme ces qualités et ces avantages qui font l'orgueil des cœurs maternels. Elizabeth, fière de son fils, était pénétrée de gratitude envers Dieu, qui l'avait conservé sage et bon, et le ramenait auprès d'elle. Avant qu'il ne songeât à la quitter de nouveau, elle devait jouir de sa présence pendant plusieurs mois. Elle l'établit, le plus agréablement qu'elle put, dans la petite maison de la montagne. Tous les jours , il venait passer plusieurs heures à Saint- Joseph ; heures de délicieux entretien pour cette mère et pour ce fils, qui se comprenaient si bien et qui n'avaient jamais eu l'un pour l'autre une pensée cachée.

L'arrivée de William à Emmettsburg fut le signal du départ de son frère Richard. Antonio Filicchi offrait à cet enfant la place que son frère aîné laissait vacante. L'idée défaire cette offre lui était venue au moment où il avait vu s'éloigner William. Celui-ci était chargé d'en

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