CHAPITRE XX11I
mencements, un vicaire général muni des plus grands pouvoirs. Un collège à la Nouvelle- Orléans , un second collège à Opelousas , petite ville. située sur la rivière Vermillion; un orphelinat, un séminaire et un collège, à la Fourche; la maison des dames du Sacré-Cœur, à Saint- Michel : telles furent les fondations les plus importantes de ce fécond épiscopat *.
Quand nous avons parlé du voyage qu'avait fait en Italie M. du Bourg, dans l'année 1815, nous avons dit qu'il avait été sacré évêque à Rome. Le premier endroit où il se rendit, après qu'il eut quitté la ville sainte, fut Livourne, où il séjourna pendant quelque temps. Le siège épiscopal de cette ville était alors vacant, et plusieurs paroisses demandèrent à l'évêque de la Louisiane qu'il les visitât, pour donner à leurs fidèles le sacrement de confirmation. Il demeura, le temps qu'il passa à Livourne, dans la maison des Filicchi. Là, même avant qu'on l'eût vu, on le connaissait et on l'aimait. Le respect qu'on avait pour l'évêque se joignait chez tous à l'affection qu'inspirait l'ami de M. Carroll , de M. de Gheverus, et d'Elizabeth Seton. M. Patrizio Filicchi, le digne fils
i Voir les Annales de la Propagation de la Foi. — Les Prêtres français émigrés aux États-Unis. — Sketches of Kentucky, by the very Rev. DT Spalding. il. 11
d'Antonio, a fait revivre pour nous l le souvenir qu'il conserve encore, après tant d'années , de la grâce et de la dignité qui formaient comme une auréole au front du vénérable M. du Bourg*. Rempli de cette urbanité qui régnait dans l'ancien temps, bienveillant et doux à tous, on eût dit toutefois qu'il réservait pour les jeunes enfants ce qu'il avait en lui de plus aimable. Au milieu de la belle et nombreuse famille qui entourait Antonio Filicchi , l'éminent évêque , le savant docteur, se laissa voir ce qu'il était déjà quand, tout jeune prêtre, il avait été choisi par M. Émery, comme un des plus dignes, pour diriger les clercs de son école d'Issy, en se rendant maître de leurs cœurs.
Nous voici loin d'Emmettsburg. Peut-être on nous le pardonnera : nous n'étions pas loin d'Elizabeth, tandis que nous nous attachions aux pas d'un de ses amis les plus vénérés et
1 Lors du séjour que nous fîmes à Pise tout exprès pour l'y voir, en 1869. R. de B.
2 La comtesse Louise de Pages, qui, dans sa jeunesse, avait beaucoup vu, en Amérique, M. du Bourg; et, en France, l'illustre archevêque de Paris, M. de Quélen, disait que l'évêque de la Louisiane, par son aménité, son grand air, et l'ensemble de ses traits, rappelait M. de Quélen d'une manière frappante. R. de B. — Voir la note page 159.
les plus chers. Elle, vers la fin de cette année 1817, faisant abnégation d'elle-même, avait préparé le départ de son second fils, Richard, empressée qu'elle était de le voir répondre à l'appel d'Antonio Filicchi. Sous le coup d'une première séparation, à deux mois d'intervalle, elle allaitvoir s'éloigner son autre fils. William, en effet , cédant à une vocation irrésistible , entra dans la marine des États Unis, avec rang de midshipman l, son brevet signé par le président Monroe. A cette époque, il n'existait pas encore d'école navale aux États-Unis. C'était le président qui désignait les midshipmen ; d'ordinaire, sur la recommandation de quelque personne influente.
William allait s'éloigner, ignorant de la durée que pourrait avoir son absence; dans la carrière qu'il embrassait , les séparations se comptent par les années. Pour ses débuts, il était embarqué à bord de la frégate l'Independence , alors en armement au port de Boston. Son trouble, son attendrissement, quand il se vit sur le point de quitter sa mère, sont exprimés
1 Midshipman. Les Américains ont adopté chez eux ce nom qu'on donne dans la marine anglaise aux aspirants, employés à bord des vaisseaux de guerre; la plupart du temps, jeunes gens de famille et de bonne éducation, qui passent lieutenants de vaisseau, quand ils ont fait de la mer l'apprentissage nécessaire.
d'une manière touchante dans cette lettre d'adieu qu'il lui adressa :
« Voici la troisième fois que je reviens m'asseoir pour vous écrire. Je sais que votre cœur tant chéri est toujours à côté de moi. Et moi aussi, je puis bien dire véritablement qu'en mouvement ou en repos, endormi ou éveillé, j'ai toujours devant moi votre chère image. Quand je pense à ma petite chambre de la montagne et à mes visites de tous les jours à Saint-Joseph , et que je compare le temps qui vient de se passer avec ma situation présente, je ne puis m'empêcher d'être étonné de ma — j'allais dire de ma folie, — de vouloir quitter un lieu où il me semble en ce moment que je pourrais me trouver heureux toute ma vie. Mais il y a quelque chose qui me pousse en avant! Assurément, comme l'a dit un auteur, il y a un courant qui entraîne nos destinées. S'il n'en était pas ainsi, je ne concevrais pas ce qui peut m'arracher d'auprès de vous. Je me plais toutefois à regarder en avant, vers le temps où, s'il plaît à Dieu de me conserver, je vous tiendrai de nouveau dans mes bras. Jusque-là, il faut que nous nous contentions, vous et moi, de nous écrire souvent; et vous, mère bien-aimée, de lire dans toutes mes pensées. »