CHAPITRE XXIII
Douces joies de se revoir, consolations de l'heure du départ, espérances si souvent déçues ! Cet adieu que William Seton adressait à une mère qu'il chérissait, devait être son dernier adieu. Quand il s'était éloigné d'elle, après l'avoir si tendrement serrée contre son cœur, c'était pour la dernière fois qu'il l'embrassait. Les douleurs , les soucis , les fatigues , avaient usé, bien avant l'âge, les forces d'Elizabeth. Pour son fils, confiant dans un long avenir, qu'était-ce, malgré la douleur du moment présent , qu'une séparation de quelques années? Il avait vingt ans ; elle , avec le double, — même un peu plus , — n'était cependant pas avancée dans la vie. Que de jours n'auraient-ils pas pour être encore ensemble tous les deux ! Il pensait n'avoir rien à craindre du temps. Il ignorait que de nos ennemis l'âge est peut-être celui qui nous fait les blessures les moins profondes. Ce qui ébranle tout à coup, ce qui nous atteint au cœur, avance bien plus sûrement le travail de notre destruction. Nous avons à compter avec nos douleurs plus qu'avec le nombre de nos années.
Tels ces fruits délicats, les plus beaux souvent , si la gelée des nuits d'automne les a saisis ; ils sourient encore au soleil, laissant apercevoir, à travers le feuillage, le frais velours de leurs couleurs. Ils semblent tenir solidement à
la branche qui les a nourris : touchez-les seulement, et le frêle lien qui les soutenait va se détacher. Sous cette enveloppe dont vos yeux étaient charmés, la vie manquait ; la sève était desséchée. Ainsi la mère de William, toute vivante et jeune encore, aux yeux de son fils , était proche de son déclin , mûrie, avant la saison, pour son éternité.
ELTZABETH SETON A SON FILS WILLIAM
16 février 1818.
« Cher enfant de mon âme, vous partez donc !... Adieu, encore une fois. Ah ! ce mot, comme je le dis avec plus de courage qu'en 1815! Oui, vous devez remplir votre devoir d'état , et prendre votre part de cette vie d'épreuve , qui est notre vie. Tout ce que votre mère peut faire, c'est de prier pour que vous fassiez bonne route sous la garde du divin pilote. « La noble ancre de votre salut, » comme dit Burns, sera cette fidélité qui tiendra vos yeux fixés sur le ciel. Pour la conserver toujours , approchez-vous souvent des sacrements , dans les sentiments d'un enfant qui s'approcherait de son père ; c'est là le point essentiel. .. Vous et moi, nous avons un cœur qui se laisse trop attendrir sur ce qui touche nos affections et les choses de l'heure présente... Mais ce
sujet, nous l'avons traité à fond... Pensez à votre santé ! Soyez prudent ; ne vous exposez pas, lorsque le devoir ne sera pas en jeu. »
ELIZABETH SETON A SON FILS WILLIAM
25 février 1818.
« Je veux espérer, cher bien -aimé enfant, que vous êtes en ce moment sain et sauf dans votre cabine. Le petit navire que vous avez laissé derrière vous a eu un temps nuageux; sa marche a été à peine de trois nœuds à l'heure. Et maintenant , Dame Raison plaide sa cause, et elle insiste; elle démontre si clairement qu'une telle séparation est dans Tordre de notre devoir. Cependant, malgré tout ce qu'elle peut me dire, vous me manquez à un tel point, qu'il me semble que moi, mon propre moi , est resté là , comme une pauvre ombre ; la plus chère partie a disparu. Je me recueille en la présence de notre Dieu , ne cessant de lui demander qu'il vous bénisse ; voilà ma consolation la meilleure; et aussi, de chercher à voir en esprit en quel lieu vous pouvez être.
« Des nouvelles ici , il n'y en a point ; vous le savez bien. Nos malades se trouvent mieux. Chacun parle de vous ; un sujet d'entretien cher à votre mère ! Le petit White vint me voir l'autre jour, et me conta qu'à la montagne il
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y a un petit garçon qui dit qu'il n'y a plus de plaisir pour lui, maintenant que William est parti ; car, ce "William , il l'aimait plus que personne au monde. Vous pouvez être sûr que je le ferai venir pour me voir, sitôt que l'état de la route le permettra. Maintenant, elle est toute défoncée. — Écrivez-moi si vous avez vu le bon évêque de Boston.
« Que votre cher cœur ne manque pas de s'unir au mien dans la prière, chaque matin au moins. Ceci, je le demande instamment. Vous ne sauriez imaginer de quel secours ce vous sera en maintes rencontres qui viendront s'offrir à vous, dans votre situation. Oh ! mon William ! vous ne le savez pas , mais vous savez tout ce que je voudrais vous dire. Cher enfant de mon âme, souvenez-vous qu'il faut que nous nous retrouvions , un jour, là où nous ne nous quitterons jamais. »
WILLIAM SETON A SA MÈRE
En rade de Boston, 4 mars 1818.
«Ma mère chérie,
« Me voici de nouveau à essayer de vous écrire de cette bruyante chambrée1. C'est
1 Le poste des élèves à bord.