CHAPITRE XXIII
vraiment chose malaisée que de trouver un bon moment, avec trente-quatre midshipmen autour de soi, qui tous s'ingénient, parlant, chantant, faisant tout ce qu'ils peuvent pour tromper les heures d'ennui ; car pour être prêts à tout événement , nous sommes retenus ici emprisonnés à environ cent yards 1 de la terre, où je ne suis pas encore descendu depuis mon arrivée. Dimanche prochain, pourtant, j'espère y retourner pour voir notre cher évêque Gheverus, dont la véritable affection et la tendre piété m'ont touché profondément et resteront toujours présentes à mon souvenir reconnaissant. Je n'ai pu voir sœur Rose; elle était sortie quand j'ai été la demander. J'ai vu du moins sœur Cecilia et quelques-uns des enfants de leur petite famille... Si je n'écoutais que mon cœur, il n'y aurait pas de joie sur terre capable de m'éloigner de vous. Mais nos deux destinées sont bien différentes ! Il y a des moments où ce que je sens m'oppresse si fort, que je ne puis le maîtriser! moi-même je me trahis. Heureusement, notre cabine est si sombre que l'on n'y voit pas, même à midi, sans lumière. Notre service est très doux ; le tambour nous fait lever à sept heures et demie, et nous appelle aux postes de combat à neuf
1 Le yard est d'environ un mètre.
heures. Pendant le jour, nous avons chacun notre quart, dont la durée est tantôt de deux heures, tantôt de quatre heures. 11 en est de même pondant la nuit. Mais comme nous sommes nombreux, nous n'avons un quart régulier, qu'une nuit sur trois. Maintenant, à toute heure du jour ou de la nuit, nous pouvons être commandés pour un service à terre; ce qui fait que nous ne pouvons quitter nos embarcations sous aucun prétexte. Hier a eu lieu mon second quart de nuit, de minuit à deux heures. »
ELIZABETH SETON A SON FILS WILLIAM
Mars 1818.
« Mon enfant chéri, je reçois à l'instant votre troisième lettre; et voyant que la mienne ne vous est pas encore parvenue, il me vient l'idée de vous envoyer celle-ci sous le couvert de M. de Gheverus, à qui j'écris pour une petite affaire.
« Jamais, jusqu'à présent, je ne m'étais trouvée abattue comme je le suis par ce triste départ. Je regarde cent fois le cher crucifix, et je me résigne. Mais trop souvent, c'est dans une telle agonie du cœur, que rien ne la suspend; si ce n'est la peur que ce cœur ne se