CHAPITRE XXIII
tout autour de lui? C'est ce que je ne saurais dire. N'en parlons plus, car rien de cela ne dépend de moi. Il me semble, en effet, mon William, que vous m'êtes plus présent à moi, que ne me Test ma pauvre âme. Votre âme et sa chère éternité, c'est là vraiment ma suprême passion !
« Figurez-vous! notre pauvre petite Mary Harper1, elle a reçu les derniers sacrements ce mois de janvier dernier. Louisa m'écrit qu'elle était alors semblable à un ange; elle est un ange sans doute à présent. Son pauvre père, à ce que m'écrit M. Mac Tavish de Baltimore1, est abîmé dans une douleur que je sens profondément avec lui. Mais combien est encore plus profond ce que je sens pour les parents des deux Adams 3 ! ces deux précieuses âmes, qui , n'étant pas appelées, s'en sont allées pour paraître devant leur Dieu ! Mon fils ! mon fils ! c'est votre mère qui vous le dit , si vous agissiez ainsi , vous me donneriez à moi le coup de la mort. La pensée que ce fût possible est à
1 Mary Harper, petite-fille par sa mère de M. Garroll de Carrollton.
2 M. Mac Tavish était consul d'Angleterre à Baltimore; il avait épousé miss Gaton, petite-fille de M. Carroll de Carrollton.
3 Deux jeunes midshipmen qui venaient d'être tués en duel.
elle seule une insupportable pensée. Les mille dangers dans lesquels vous vivez , quand je les mets à côté de celui-là, ne me semblent plus rien. Priez tous les jours notre Dieu, pour qu'il daigne vous en préserver; je le demande de vous. Mettez-vous un instant à ma place, moi qui dois attacher mes regards si loin au delà de la scène présente; puisque cette scène d'ici-bas n'a rien à me réserver qu'une pénible séparation! oui, une inévitable séparation, fût-elle encore quelquefois adoucie par les moments fugitifs d'une réunion de courte durée. Mon enfant chéri , ayez pitié de mon anxiété ; jene saurais la réprimer ; pas plus que j e ne puis réprimer mes désirs pour notre éternelle réunion. »
Le mois de juillet de cette même année 1818 vit le terme du second triennat de la mère Seton. Les sœurs tinrent leurs élections, selon que leurs statuts l'exigeaient , et confirmèrent, d'une voix unanime, leur vénérée fondatrice dans l'office de mère supérieure. On se souvient que sa seconde réélection, prévue longtemps à l'avance , avait été autorisée par une exception spéciale faite aux règlements de la Compagnie. Au moment où ses supérieurs décidèrent qu'elle conserverait sa charge , elle se sentait dans le fond si malade et si affaiblie, qu'écrivant à une des Sœurs et lui parlant de son élec-