‹ Elizabeth Seton et les commencements de l'église catholique aux Etats-UnisChapitre 178 sur 226 · CHAPITRE XXIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIII

tion, elle l'appelait (d'élection de la morte». Si nous cherchons sa pensée dans ses lettres à son fils, nous la trouvons très clairvoyante, mais soigneuse à voiler ses pressentiments sous de tendres précautions ; ce n'est plus la morte, c'est la mère qui parle. William est inquiet, il veut avoir de ses nouvelles; elle passe en les effleurant sur les détails alarmants : « Tranquillisez -vous... Je puis vivre encore... Nul ne sait le jour, nul ne sait le moment, » dit-elle. L'incertitude de nos jours , cet effroi des cœurs épris du lien mortel, c'est là ce qu'elle vient offrir, impuissante à trouver mieux, lorsqu'elle veut écarter l'inquiétude qu'on a pour elle.

Un jour arrive, jour trop prévu, où William se voit obligé de lui annoncer une émouvante nouvelle. 11 va quitter l'Independence, son premier bâtiment, et passer sur le Macedonian, une frégate destinée à une station de deux ans dans l'océan Pacifique. Le Macedonian devait partir vers la fin de septembre, ou dans les premiers jours d'octobre, afin de doubler, dans la saison la moins défavorable, le redoutable cap Horn, à l'extrémité de l'Amérique du Sud. « Avant de partir pour un si long voyage, disait le jeune officier, j'aurais une grande joie, mère chérie, si je pouvais aller passer quelques moments auprès de vous.

Je soupire après vos nouvelles; car j'espère apprendre que vous êtes parfaitement rétablie de cette dernière maladie que vous avez eue. S'il en était autrement, faites -le-moi savoir; tout ce qui sera possible pour venir près de vous, je le ferai. »

Revoir William pendant quelques moments, et s'arracher de lui aussitôt après, c'eût été trop pour Elizabeth. A la terreur que lui inspire la seule pensée d'un nouvel adieu , nous mesurons ce qu'elle pensait de l'épuisement de ses forces. Elle répondit à son fils :

« Chéri de mon âme ,

« Voici votre lettre, si désirée, qui m'arrive datée de votre Macedonian. Ne songez pas à venir, mon bien -aimé; n'y songez pas, votre départ fût-il remis même jusqu'en octobre ou novembre. La seule chose en ce monde que je serais hors d'état de supporter, serait de prendre encore une fois congé de vous. Et ce peu de temps que vous resteriez! et la crainte qu'il fût remarqué que vous êtes absent dans un moment où vous pourriez être nécessaire1!... Il faut que nous soyons fermes. Ce monde, cela est certain, n'est ni pour vous ni

1 Scrupule de la mère, quoique William fût en permission.

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