CHAPITRE XX11I
VEssex. Oh! ma bien-aimée mère, si Dieu me préserve, et permet que je vous revoie après cette campagne , quel heureux moment ce sera ! Mais, hélas ! j'en suis si loin ! La pensée de vous laisser souffrante me serre le cœur en quittant le port. Mais Lui, qui seul dirige tout, conduira ce voyage à bonne fin , et me ramènera entre vos bras chéris. Dites à Kitty qu'elle m'écrive une longue lettre avant que je ne parte. Lorsque nous aurons mis à la voile, un temps si long s'écoulera avant que j'entende parler de vous ! M. de Cheverus vous a écrit, je le pense. La dernière fois que je l'ai vu , il m'a dit qu'il allait vous écrire. Le docteur Matignon est mourant. »
ELIZABETH SETON A ANTONIO FILICCHI
8 août 1818.
a Mon cher Antonio , toujours cher,
Il y a longtemps que je ne vous ai écrit; mais j'ai eu la consolation d'apprendre souvent de vos nouvelles, et des nouvelles de tous les vôtres bien-aimés, par mon cher géant1, qui m'écrit des pages et des pages sur— ce dont je
1 Elizabeth appelait ainsi son fils Richard, qui était très grand et la force même.
ne doutais pas, — votre bonté et vos si généreux procédés envers lui, et sur l'aimable et cordial accueil qu'il reçoit dans votre ravissante famille. Que Dieu m'accorde seulement qu'il puisse réussir et persévérer dans les bonnes intentions qu'il a de vous montrer notre amour à tous et notre gratitude, comme je serai heureuse !
« Notre monde de ce côté -ci de l'Océan, je n'en sais presque pas plus que vous n'en savez, cher Antonio. Votre excellent ami M. Whitfîeld1 vous met, je le pense, au courant de ce qui peut intéresser parmi les nouvelles qui méritent d'être écoutées , si vraiment il en est. Pour moi, tout ce que je connais, c'est mon petit monde ; environ cent précieuses âmes
1 M. Jacques Whitfield était un jeune prêtre catholique qui , bien qu'Anglais de naissance , appartenait au diocèse de Lyon; y ayant commencé ses études, en 1804, au séminaire de Saint-Irénée, où il avait reçu successivement tous les ordres et la prêtrise. Les Sulpiciens dirigeaient ce séminaire; et M. Ambroise Maréchal, rappelé des États-Unis en 1803, y professait la théologie. M. Whitfield fut son élève. En 1811 , quand les Sulpiciens eurent été contraints de quitter la direction des séminaires, M. Maréchal retourna aux Etats-Unis. M. Whitfield Ty suivit. Il devint dans la suite son grand vicaire et son coadjuteur. Après sa mort, arrivée en 1828, il fat son successeur sur le siège métropolitain de Baltimore.