CHAPITRE XXIII
dans la maison de Saint-Joseph. Chères âmes que nous aimons, et que nous préparons en silence, en ayant soin d'éloigner tout ce qui pourrait avoir un air de prétention, à s'en aller parmi nos villes faire l'effet du bon levain.
« Il faut que je vous dise, cher Antonio, qu'il y a assez d'apparence que votre pauvre petite sœur est sur le point de partir, et de s'en aller dans peu retrouver votre Filippo. Pourtant, en ce qui dépend de la santé, on ne peut compter sur rien de certain. Je puis encore me rétablir ; et , comme l'on dit ici , « m'en aller cassant des noix entre le nez et le menton. » Je n'en sais rien. Tout ce que je sais, c'est que nous devons tous nous tenir prêts pour l'heure où viendra ce cher, cher voleur, qui doit venir à l'heure où il sera le moins attendu. Je recois la communion presque tous les jours, — mon excellent supérieur et confesseur dit qu'il le permet, par condescendance pour ma faiblesse. — Si votre bon peuple de l'autre côté de notre Océan n'est pas très bon , ce n'est pas faute de mes prières. J'espère que je ne suis pas oubliée dans les vôtres, auxquelles je dois tellement tout ce que je possède, ma foi bienheureuse !
« La prospérité de nos asiles pour les orphelins, à New- York et à Philadelphie, promet plus encore que nous n'aurions pu l'espérer.
Une lettre arrivée dernièrement de notre bon évêque de New-York1 parle de vous très affectueusement; et de même, notre saint M. de Cheverus. William est à bord du Macedonian , prêt à se diriger vers l'océan Pacifique. Il est de plus en plus content du choix, qui nous semblait si extraordinaire, de cette carrière qu'il a embrassée.
« Dites tout ce que vous pourrez imaginer à votre excellente Amabilia de ma gratitude et de mon affection. Et vous, cher Antonio, aimez et bénissez votre pauvre petite sœur jusqu'à la fin. »
ELIZABETH SETON A ANTONIO FILICCH1
27 septembre 1818.
(( Mon très cher Antonio ,
« Je désire bien que vous puissiez recevoir promptement cette lettre; car je viens seulement d'apprendre la nouvelle que M. Harper, — le gendre du vieux M. Carroll de Ballimore %
1 M. Connolly.
2 Daniel -Charles Carroll de Carrolllon. Il vécut jusqu'à l'âge de quatre-vingt-quinze ans, dernier survivant des signataires de la déclaration d'indépendance. On le considérait comme un des plus illustres citoyens des États-Unis. Son fils unique, Daniel Carroll, était